Né le 21 février 1908 à Aldeire (province de Grenade, Andalousie, Espagne), fusillé sommaire à Badaroux (Lozère) le 29 mai 1944 ; résistant de l’Agrupación de guerrilleros españoles (AGE) détaché ensuite au maquis Bir Hakeim, Armée secrète (AS)

Eloy Montes naquit dans un village andalou de la province de Grenade, au pied du versant nord de la Sierra Nevada. Il se maria avant la guerre civile espagnole. Il participa à cette dernière dans les rangs républicains. Il combattit dans l’Armée populaire. Il rentra en France, sans doute lors de la Retirada, en février 1939. On peut penser qu’il fut détenu dans un camp de la côte des Pyrénées-Orientales avant d’intégrer un Groupement de travailleurs étrangers (GTE), peut-être le 805e GTE de Rochebelle, près d’Alès, dont les membres étaient affectés aux mines de charbon. Ce fut sans doute à ce titre qu’il se retrouva à la Grand-Combe, commune du bassin minier d’Alès (Gard).
Le 4 mars 1943, il intégra la 21e brigade (Gard) des guérilleros espagnols (AGE) : cette formation militaire était l’émanation de l’UNE (Union nationale espagnole) créée par la direction de la délégation du Parti communiste d’Espagne (PCE) en France animée par Jesús Monzón, ancien gouverneur civil [préfet] républicain de la province d’Albacete, puis de celles d’Alicante et de Cuenca. Elle regroupa, de façon autonome quoique en maintenant des liens privilégiés avec les FTPF, les Espagnols qui se trouvaient déjà dans la MOI, organisation du PC français pour les travailleurs étrangers. L’UNE et l’AGE entendaient prolonger la libération du territoire français par une hypothétique « reconquête de l’Espagne » sous l’égide d’une vaste coalition politique impulsée de façon hégémonique par le PCE.
Toutefois, le chef de la 3e division de l’AGE, Cristino Garcia Grandas regroupant les brigades du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche, décida le détachement d’un groupe de guerrilleros au maquis Bir Hakeim, formation auréolée d’un grand prestige pour sa combativité et dotée d’un armement important qui faisait défaut à l’AGE. Miguel López commandant la 15e brigade l’AGE (Lozère) prit le commandement du groupe de l’AGE détaché à Bir Hakeim. Eloy Montes qui en faisait partie arriva avec lui, le 18 mai 1944, au château de Fons où se trouvait alors le cantonnement du maquis Bir Hakeim. Désormais ce groupe de guérilleros partagea le sort du groupe principal de Bir Hakeim, commandé par Capel. La formation armée se retrouva ensuite au grand hôtel du Fangas au mont Aigoual (Gard) avant de gagner le 27 mai le village de La Parade (Lozère) sur la causse Méjean.
Montes prit position au château (en fait une grosse ferme caussenarde) Lapeyre, dans le hameau de la Borie, à proximité immédiate de La Parade. Dans ce vaste bâtiment s’installa l’état-major de Bir Hakeim. Le 28 mai, au matin, les forces d’occupation venues de Mende (Lozère) attaquèrent le maquis, encerclant La Parade et la Borie. Montes participa, pendant la plus grande partie de la journée, à la défense de la Borie et du « château » Lapeyre. À court de munitions, il fit partie du groupe qui se rendit avec la promesse d’avoir la vie sauve, en étant traités comme des prisonniers de guerre. Embarqués dans des camions ils furent amenés à Mende et remis à la Sipo-SD qui les torturèrent durement dans les caves de la maison Lyonnet, son siège départemental. Le lendemain, le 29 mai 1944, ils furent amenés au ravin de la Tourette à Badaroux (Lozère). Ils furent fusillés sommairement.
Son corps fut reconnu, comme la plupart de ceux des victimes de la tuerie de Badaroux. López fut inhumé le 29 mai près du village de Badaroux. Son acte de décès a été dressé en mairie de Badaroux le 16 juin 1945. Il porte en marge la mention de « mort pour la France ». Émile Peytavin un des principaux chefs de la Résistance lozérienne, obtint sa promotion, à titre posthume au grade de lieutenant FFI avec effet rétroactif du 22 mai 1944 (la date de son incorporation effective à Bir Hakeim). Le corps d’Eloy Montes d’abord enterré à La Parade, avec les autres victimes des combats du 28 mai, fut ré-inhumé à la nécropole nationale des maquis de Chasseneuil-sur-Bieuvre (Charente).
Son nom figure sur le monument de La Parade, construit en mémoire des morts de Bir Hakeim, les 28 et 29 mai 1944. Il est inscrit sur les deux stèles de la Tourette (Badaroux, Lozère) érigées en la mémoire des vingt-sept exécutés du 29 juin 1944. Il est également gravé à Mourèze (Hérault) sur le grand mémorial érigé en l’honneur des maquisards de Bir Hakeim morts au combat ou exécutés entre septembre 1943 et août 1944. Il figure également sur la stèle de la Grand-Combe (Gard) érigée à la mémoire de « nos glorieux héros sans uniforme du canton de la Grand-Combe tombés pour la Libération de la France ». Il est inscrit aussi sur le monument érigé en 2004 à Portes (Gard), dans le cimetière du hameau de l’Affenadou à la mémoire des Espagnols du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche (3e division de l’AGE) morts pour faits de résistance. Il est explicitement dédié « Aux 600 guérilleros espagnols de la 3e division qui ont combattu aux coté de leurs compagnons français pour la liberté de tous, dans le Gard, l’Ardèche et la Lozère de 1941 à 1944. À Cristino Garcia chef de la 3e division des Guérilleros espagnols, fusillé par les franquistes à Barcelone le 21 février 1946. Le monument a été érigé à l’initiative des anciens guérilleros espagnols FFI et leurs amis en juin 2004. Conçu et réalisé par Yann Liebard, sculpteur ».
Voir Badaroux, Ravin de la Tourette ( 29 mai 1944 )
Sources

.SOURCES : Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI), Association départementale des Anciens de la Résistance de Lozère, ANACR Lozère, La Résistance en Lozère, CDROM , accompagné d’un livret, 27 p., Paris, 2006. — Les notices de Cristino Garcia Grandas et de Miguel López. — MemorialGenWeb, site consulté le 1er août 2017.

André Balent

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