Né à Paris (14e arrondissement) le 24 février 1926, mort fusillé sommaire le 29 mai 1944 à Badaroux (Lozère) ; domicilié depuis 1943 à Meyrueis (Lozère) ; résistant membre du maquis (AS) Bir Hakeim à partir du 21 mai 1944

Fils de Jean Noguès et d’Hélène Nazon originaire de Meyrueis (Lozère), Claude Noguès habita jusqu’en 1943 12 passage du Plateau à Paris (19 e arrondissement). Ses parents étaient impliqués dans la Résistance parisienne. Son frère aîné, « évadé de France » avait rejoint les FFL en Afrique du Nord. Ses parents pensaient qu’il serait protégé et aurait de meilleures conditions de vie en allant habiter chez sa grand-mère à Meyrueis un petit bourg situé dans les gorges de la Jonte, entre le massif de l’Aigoual et le causse Méjean. À Meyrueis, il se lia d’amitié avec un agriculteur de la localité, René Fages, alias « Bataille » dans la clandestinité (Meyrueis, 28 juin 1906-4 septembre 1986).
Le 21 mai 1944, un détachement du maquis Bir Hakeim de l’Armée secrète (Voir Capel Jean alias « commandant Barot ») se rendit à Meyrueis afin de procéder à des réquisitions de vivres et de matériel dans les locaux du groupement n°19 de Chantiers de jeunesse. Sensibles au discours de Capel, quatre jeunes du chantier (Albert Cyprien alias « Tony » (1924-2002), Georges Constantinou, Marcel Liotard, André Picon, ces trois derniers ayant trouvé la mort à La Parade ou à Badaroux) se joignirent aux hommes de Bir Hakeim. À 17 heures, alors que le groupe de Bir Hakeim regagnait son cantonnement du Grand Hôtel du Fangas au mont Aigoual, René Fages et Claude Noguès demandèrent à être intégrés dans le maquis. Ils restèrent peu de temps à l’Aigoual car la maquis fut attaqué par les GMR et la Milice. Aussi Capel décida-t-il de quitter les lieux et de planter le maquis sur la causse Méjean, à la Parade (Lozère).
Noguès arriva à La Parade le 27 mai au soir, après deux jours d’une harassante marche à pied. Il alla, à son arrivée, s’installer dans la ferme principale du hameau de la Borie, proche du village de La Parade. Dans celle-ci, pompeusement affublée du nom de « château » Lapeyre (du nom de son propriétaire, un professeur de la faculté de médecine de Montpellier). Capel avait au préalable installé son état-major et fait préparer depuis la veille les cantonnements de la plupart des hommes du maquis par le groupe motorisé arrivé la veille (Voir Johann Karl Heinz). Le lendemain matin les forces d’occupation averties de la présence de Bir Hakeim sur le causse arrivèrent de Mende (Lozère) et encerclèrent ses positions à La Parade et à la Borie. Le « château » repéré par les Allemands comme étant le poste de commandement subit un siège en règle. Les « biraquins » (sobriquet désignant les maquisards de Bir Hakeim) tentèrent plusieurs sorties afin de briser l’étreinte des assaillants. Noguès fut affecté au service d’un fusil-mitrailleur. Vers 11 heures, il participa à la seconde d’entre elles conduite par Georges Valézi* alias « capitaine Brun » et Marcel de Roquemaurel*, cadres du maquis, lieutenants de Capel. Ce fut un échec et les « biraquins » eurent beaucoup de pertes, à commencer par le capitaine Brun qui trouva la mort, ainsi qu’un autre membre de l’état-major, Jean Rousseau*. Il fut l’un des rares rescapés de cette tentative, réussissant à se protéger derrière un mur en pierres sèches. Avec d’autres combattants du maquis, il réussit à se réfugier dans l’une des granges de la Borie. À court de munitions, cinq d’entre eux se rendirent — à 15 heures 15 minutes, d’après François Rouan alias « Montaigne »*, troisième chef du maquis Bir Hakeim, après Capel et Demarne qui relatait les faits dans un discours en hommage à Noguès en octobre 1944 — , en brandissant un drapeau blanc, au capitaine Lange, commandant des forces d’occupation (Allemands et Arméniens de l’Ost Legion), parmi lesquels Jean Bardet alias « Jules » d’Avèze (Gard) et Noguès qui furent formellement reconnus — ils étaient en effet des « gars » du pays — par le cantonnier Mempontel, de Meyrueis, qui assistait à la scène. Ils furent chargés par Lange, avec trois autres prisonniers, de rassembler les cadavres des soldats des troupes d’occupation tués pendant les combats. Vers 16 heures, les défenseurs du « château » Lapeyre se rendirent à leur tour. À 17 heures, les prisonniers se hissèrent dans des camions qui les conduisirent à Mende où ils furent remis à Sipo-Sd du chef-lieu de la Lozère. Enfermés dans les caves de la villa Lyonnet, siège de la police allemande, ils furent très durement torturés pendant la nuit.
Au petit matin, le 29 mai 1944, ils furent conduits en camion au ravin de la Tourette (commune de Badaroux) en contrebas de ligne de chemin de fer Marvejols – Mende — Labastide-Puylaurent où ils furent fusillés sommairement. Les habitants des maisons les plus proches purent constater avec horreur les sévices dont ils avaient été victimes dans les caves de la Sipo-SD.
Il fut inhumé, avec les autres victimes de la tuerie au cimetière de Badaroux.
Son nom fut inscrit sur le monument aux morts de Meyrueis (Lozère) et sur le monument érigé à Mourèze (Hérault) en l’honneur des membres du maquis Bir Hakeim morts au combat ou fusillés. Il figure également sur le monument érigé à La Parade (commune de Hures-la Parade, Lozère) pour commémorer les morts du combat de La Parade et les prisonniers exécutés sommairement à Badaroux. Une plaque commémorant le combat et la mort de Claude Noguès a été apposée sur la maison familiale Nazon à Meyrueis.
René Fages alias « Bataille », son grand ami de Meyrueis, quoique blessé, fut l’un des rares survivants du combat de La Parade et du massacre des prisonniers à la Tourette. Son témoignage, avec ceux de Pierre Damiani alias « Popeye » de Paris et Lunel (Hérault), André John alias « Pince » de Nîmes et de Max Dankner maquisard allemand ancien des Brigades internationales, a permis de retracer les grandes lignes des événements tragiques du 28 mai 1944. Des habitants de La Parade ont aussi apporté le leur. Fages, après sa convalescence, put gagner le rocher des Deux Vierges, dans l’Hérault sur les contreforts méridionaux du causse du Larzac où Paul Demarne rassembla ce qui restait de Bir Hakeim et, avec persévérance, en fit à nouveau une force importante. Fages participa, avec Bir Hakeim, à la Libération de Montpellier (26 août 1944).
Voir Badaroux, Ravin de la Tourette ( 29 mai 1944 )
Sources

SOURCES : Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [pp. 223, 243, 246]. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis « Bir Hakeim », 2e édition, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. [en particulier, pp. 124, 154,158].— Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI), Association départementale des Anciens de la Résistance de Lozère, ANACR Lozère, La Résistance en Lozère, CDROM accompagné d’un livret, 27 p., Paris, 2006. — Site MemorialGenWeb consulté le 2 août 2017.

André Balent

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