Né en Espagne en 1913 ( ?), mort fusillé sommaire à Badaroux (Lozère) le 29 mai 1944 ; résistant : à l’Agrupación de guerrilleros españoles (AGE) du 4 mars 1943 au 12 mai 1944 puis au maquis Bir Hakeim du 12 mai 1944 au 29 mai 1944

Dans le CDROM de l’AERI (op. cit.), les auteurs font naître Manuel Sánchez en 1923, ce qui est peu vraisemblable étant donné qu’ils indiquent qu’il s’est marié à Bilbao (Pays Basque, Espagne) et qu’il se serait engagé dans l’armée républicaine en 1939, juste avant la Retirada (février 1939) à laquelle il a participé. Il est évident qu’il aurait été beaucoup trop jeune pour suivre un tel parcours et que l’ouvrage en question comporte sans doute une erreur de frappe. Il faudrait donc admettre qu’il naquit en 1913 et non en 1923. Il aurait pu se marier à Bilbao avant 1937, date de la prise de la capitale basque par les forces franquistes et se retrouver en Catalogne avant l’offensive franquiste de décembre 1938. Celle-ci permit la conquête de la Catalogne et se termina par la Retirada, pour l’essentiel à la frontière des Pyrénées-Orientales. Par ailleurs depuis au moins 1937, la militarisation des milices et la création de l’Armée populaire, les soldats républicains étaient mobilisés sur la base de la conscription et non du volontariat, et en tout cas pas à l’âge de seize ans, même en 1938-39, comme cela aurait été le cas de Manuel Sánchez si l’on suit les indications du CDROM de l’AERI. La photographie de son cadavre prise après son exécution à Badaroux semble aussi suggérer un âge un âge supérieur à vingt-et-un ans. Le site MemorialGenWeb (op. cit.) a repris la date de naissance donnée par l’AERI.
On ne connaît rien de sa biographie entre 1939 et 1943. Il intégra la 21e brigade des guerrilleros españoles (GE) du Gard commandée par Cristino Garcia Grandas. L’AGE fut créée par la direction du PCE (Parti communiste d’Espagne) en France. Elle prit son autonomie avec la MOI (Main d’œuvre immigrée), organisation du PCF rassemblant les militants communistes étrangers et leurs sympathisants. L’AGE maintenait toutefois des relations privilégiées avec les FTPF, en préservant, grâce à l’autonomie organisationnelle, des objectifs stratégiques propres, comme la « Reconquête de l’Espagne » et la fin du franquisma après la libération de la France. Sanchez fit partie des 26 GE mis à disposition du maquis Bir Hakeim (AS) commandé par Jean Capel, alias « commandant Barot » par Cristino Garcia. Ils arrivèrent au Grand Hôtel de l’Aigoual (Valleraugue, Gard) le 16 mai (et non aux Fons, précédent cantonnement de Bir Hakeim, le 18 mai, selon l’AERI ) transportés dans deux camions. Ce détachement était commandé par Miguel López.
Mais bientôt, le cantonnement du Grand Hôtel fut repéré par un avion de reconnaissance allemand. Pendant la nuit du 25 au 26 mai, les forces vichystes, GMR et Milice, attaquèrent. Capel eut le temps d’ordonner le départ du mont Aigoual avant l’encerclement. Comme le gros des effectifs du maquis, Sánchez fit à pied le trajet vers le nouveau cantonnement choisi par Capel, La Parade, sur le causse Méjean (Lozère). Il arriva à destination le 27 mai au soir. Installé au hameau de La Borie, à, proximité du village de La Parade, il passa la nuit au « château Lapeyre », avec l’ état-major.
Au commencement de la matinée du 28 mai, les troupes d’occupation prévenues grâce à la « trahison » du chef de la brigade de gendarmerie de Meyrueis encerclèrent La Parade. Bir Hakeim, ou du moins sa formation principale, était pris au piège. Les maquisards tentèrent plusieurs sorties qui se soldèrent par des échecs et la mort de tous les chefs, à commencer par Jean Capel. Sánchez défendit, avec d’autres maquisards de toutes origines, pendant toute la durée du combat les positions de Bir Hakeim à La Borie. À 16 heures, les derniers défenseurs retranchés dans le « château » Lapeyre, à court de munitions, hissèrent le drapeau blanc, se rendant contre la promesse d’être traités comme des prisonniers de guerre. Sánchez était l’un d’eux. À 17 heures, ils montèrent sur des camions qui les conduisirent à Mende (Lozère) où ils furent livrés à la Sipo-SD. Une remarque s’impose ici à propos de la version donnée dans l’ouvrage Narcisse Falguera, (op. cit., pp. 135-137). Il déplore justement que le rôle de l’AGE ait été longtemps occulté. Mais les ouvrages d’Aimé Vielzeuf, résistant cévenol et historiographe de la résistance gardoise et lozérienne, celui d’Éveline et Yvan Brès (op.cit., 1987, le CDROM de l’AERI, op. cit., 2006, pour ne citer qu’eux ) ont réévalué son apport à la résistance et à la libération. Il tombe dans le travers inverse, donnant aux guerrilleros un rôle qui, notamment, dans le cas précis du combat de La Parade, ne correspond pas à la réalité, n’hésitant pas quelquefois à écrire des contre vérités en expliquant ainsi que le chef de la Brigade Montaigne (AS), une des composantes qui s’agrégea à Bir Hakeim en avril 1944, était un Espagnol (p. 136), alors que les Espagnols étaient peu nombreux dans cette formation commandée par le Français François Rouan* et que les Allemands antinazis constituaient la majorité de son effectif. Ils laissent entendre aussi (toujours p. 136) que, après la mort de Capel, seuls les Espagnols et les maquisards de la MOI (non celle du PCF) mais la Brigade Montaigne qui avait aussi adopté ce sigle « organisèrent la riposte et repoussèrent à plusieurs reprises les Allemands qui attaquaient. C’est oublier, que la majorité de ces défenseurs étaient de Français qu’ils fussent des cadres aguerris comma Jean Brun*, Georges Valézi* et Marcel de Roquemaurel* ou de jeunes réfractaires du STO ayant intégré les rangs de Bir Hakeim, ou encore des Allemands antinazis (venus précisément de la MOI (voir par exemple Anton Lindner). La liste des morts de La Parade et de Badaroux en témoigne.
À Mende, ils furent, pour la plupart d’entre eux, torturés de façon extrêmement brutale. Ils furent conduits, le lendemain au ravin de Tourette (commune de Badaroux, Lozère) en contrebas du talus de la voie ferrée de La Bastide-Puylaurent à Marvejols. Son corps fut inhumé à Badaroux dès le 29 mai. Il en fut extrait afin de procéder à son identification qui, dan son cas, eut lieu en novembre 1944. Il fut ré-inhumé ensuite à la nécropole nationale des maquis à Chasseneuil-sur-Bieuvre (Charente). Reconnu « mort pour la France », il fut homologué lieutenant FFI à titre posthume et avec effet rétroactif à compter du 22 mai 1944.
Son nom est inscrit sur la stèle de la Tourette (Badaroux, Lozère) érigée en la mémoire des vingt-sept exécutés du 29 juin 1944. Il est également gravé à Mourèze (Hérault) sur le grand mémorial érigé en l’honneur des maquisards de Bir Hakeim morts au combat ou exécutés entre septembre 1943 et août 1944. Il figure également sur la stèle de la Grand-Combe (Gard) érigée à la mémoire de « nos glorieux héros sans uniforme du canton de la Grand-Combe tombés pour la Libération de la France ». Il est inscrit aussi sur le monument érigé en 2004 à Portes (Gard), près du cimetière du hameau de l’Affenadou à la mémoire des Espagnols du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche (3e division de l’AGE) morts pour faits de résistance. Il est explicitement dédié « Aux 600 guérilleros espagnols de la 3e division qui ont combattu aux coté de leurs compagnons français pour la liberté de tous, dans le Gard, l’Ardèche et la Lozère de 1941 à 1944. À Cristino Garcia chef de la 3e division des Guérilleros espagnols, fusillé par les franquistes à Barcelone le 21 février 1946 (…). »
Voi Badaroux, Ravin de la Tourette (29 mai 1944)
Sources

SOURCES : Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [en particulier pp. 251-253]. — Narcisse Falguera (éd.), Guerrilleros en terre de France. Les Républicains espagnols dans la Résistance française , Pantin, Le temps des cerises, Amicale des anciens guérilleros, 2004, 316 p. [ pp. 135-137]. — Hervé Mauran, Espagnols rouges. Un maquis de républicains espagnols en Cévennes (1939-1946), Nîmes, Lacour, 1995, 255 p. [p. 141n]. — Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI), Association départementale des Anciens de la Résistance de Lozère, ANACR Lozère, La Résistance en Lozère, CDROM, accompagné d’un livret, 27 p., Paris, 2006. — Site MemorialGenWeb consulté le 21 août 2017.

André Balent

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