En représailles à une action de la Résistance, un détachement de la division Brehmer composé d’hommes de la Brigade nord-africaine exécuta 25 otages amenés de Limoges, des résistants et une majorité de victimes d’origine juive exécutées comme telles. Il y eut deux rescapés.

Stèle commémorative du massacre du 27 mars 1944
Stèle commémorative du massacre du 27 mars 1944
Crédit : MémorialGenWeb
Le 25 mars 1944, deux officiers allemands furent abattus près de Brantôme par un groupe de Résistants FTPF et cette attaque était la dernière d’une série d’actions de la Résistance qui montait largement en puissance en Dordogne depuis la seconde moitié de 1943 avec, en particulier, la mise en place de nombreux maquis. A Paris, le haut commandement allemand décida d’envoyer dans le département une puissante division blindée punitive, commandée par le général Walter Brehmer, capable de mater la Résistance et de dissuader la population, par la terreur, de lui porter assistance. A partir du 26 mars, et durant une dizaine de jours, les unités de cette division et ses auxiliaires organisèrent de vastes et sanglantes opérations de représailles associant des éléments de la division Brehmer, des soldats du 95e régiment de sécurité, des éléments du 799e bataillon de Géorgiens cantonnés à Périgueux ainsi que des membres de la redoutable brigade nord-africaine. De nombreux membres de la Sipo-SD de Limoges et du SD Périgueux étaient présents auxquels s’ajoutaient deux fonctionnaires de la Sipo-SD de Paris et un de Lyon, détaché auprès de la division Brehmer. Sur décision des plus hautes instances militaires de Paris fut décidée, en représailles de la mort des deux officiers allemands, l’exécution de 50 otages. Les responsables de la Sipo-SD de Limoges firent la sélection des otages, qui furent pris dans la partie allemande de la prison de Limoges. Furent choisis les Résistants, dont un nombre important de Juifs, qui avaient été arrêtés au cours des rafles des mois précédents. Henri Dunayer et Albert Dreyfuss-See, entre autres, en faisaient partie. Les exécutions furent confiées aux hommes de la brigade nord-africaine. Les 50 otages furent exécutés sur deux jours. Vingt-sept victimes furent exécutées à Brantôme le 26 mars et vingt-trois à Sainte-Marie-de-Chignac le 27 mars. On oublie trop souvent, par méconnaissance des faits, de lier ces deux massacres. Ces deux lieux n’avaient pas été choisis au hasard. Ils étaient liés par la même logique de représailles. Sainte-Marie-de-Chignac avait sans doute été choisie car c’était sur cette commune que, le 14 février 1944, un groupe FTP avait attaqué un convoi allemand dans lequel Hambrecht, chef du Sd de Périgueux, et plusieurs de ses hommes avaient été blessés. L’exécution de Sainte-Marie-de-Chignac se fit au lieu-dit Rivières Basses, lieu de l’attaque.
Tania Tennenbaum et Joseph Camosetti, seulement blessés, échappèrent aux coups de grâce et parvinrent à se relever après le départ des bourreaux, à s’enfuir et à survivre à leurs blessures. Un détachement revint le 1er avril et fit deux nouvelles victimes, qui ne figurent pas non plus sur le monument aux morts. L’acharnement contre les Juifs, qui fut la particularité de la division Brehmer, est à nouveau avéré dans ces événements et dans la mémoire des témoins.
La stèle dite des « Rivières Basses » à Sainte-Marie-de-Chignac porte les noms, ainsi transcrits, des 23 victimes :
Stern M., Blaustein L., Granat H., Katz N., Granat I., Burstein O., Chaminade A., Galinat J., Gelcman A., Bloch G., Dreyfus-Sée A., Coste J., Falk A., Sveida H., Debernard J., Manoukian B., Guir R., Bussière P., 5 inconnus.
Les recherches conduites par Bernard Reviriego ont permis d’établir l’identité des cinq victimes inconnues et rattacher pour deux d’entre eux cette identification au numéro d’acte de décès, ce qui a permis de procéder à la modification de l’état civil ainsi que de la stèle :
Henri Dunayer, Gerhard Joachim, Mendel Sikove, Johan Trojanowski et Simon Wolfgang.
La nouvelle plaque a été inaugurée dimanche 10 mars 2019.


Liste des victimes du massacre du 27 mars 1944 :
BLAUSTEIN Laja, Louis, 29 ans
BLOCH Gérard, 32 ans
BURSTIN Osias, 51 ans
BUSSIÈRE Pierre, 31 ans
CHAMINADE Albert, 21 ans
COSTE Jean, 23 ans
DEBERNARD Jean, 21 ans
DREYFUSS-SÉE Albert, 43 ans
DUNAYER Henri, 44 ans
FALK Arno, Rodolphe, 40 ans
GALINAT Jean, 34 ans
GELCMAN Abraham, 19 ans
GRANAT Heyman, 50 ans
GRANAT Isaac, 20 ans
GUIR René, Louis, 41 ans
JOACHIM Gerhard, 34 ans
KATZ Nachmann, 48 ans
MANOUKIAN Bognos, 46 ans
RUTTNER Mendel, 50 ans
STERN Mendel, 64 ans
SVEJDA ou SWERDA Hermann, 40 ans
TROJANOWSKI Johan, 42 ans
WOLFGANG Simon, 44 ans


Il y eut deux survivants à la fusillade :
CAMOSETTI Joseph
TENNENBAUM Tania, 40 ans
Sources

SOURCES : Sources primaires : Arch. dép. Dordogne, 1 W 1901-2, Rapport de gendarmerie, établi d’après le témoignage de Tania Tennenbaum, n° 230/2 du 8 novembre 1944. — Arch. dép. Dordogne, 1573 W 8, Relation de septembre 1944 signé Bousquet. — Arch. dép. Dordogne, 5 H 3, Note n° 2543 des Renseignements généraux (non datée) adressée le 31 mai 1945 par le maire de Périgueux au service de recherches des crimes de guerre à Limoges. E-dépôt Périgueux. — Arch. dép. Dordogne, 1573 W 8, Récit de Mme Mialhe, institutrice de Sainte-Marie-de-Chignac, sans date. — Arch. dép. Dordogne, 1573 W 6, Note des Renseignements généraux du 27 décembre 1944. Crimes de guerre commis en Dordogne par les troupes allemandes et leurs auxiliaires. — Pour Joseph Camosetti : rapport rédigé par M. Micheletti annexé à la relation envoyée en octobre 1944 par la mairie de Montrem au préfet. Arch. dép. Dordogne, 1573 W 8. — Pour Tania Tenenbaum : témoignage de Mme Rachel Goldfeder Tennenbaum, Arch. dép. Dordogne, 7 AV 59.
Autres sources : Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne, 1939-1944, Périgueux, Éditions Fanlac-Archives départementales de la Dordogne, 2003, p. 240-242. — Guy Penaud, Les crimes de la division Brehmer, La traque des résistants et des juifs en Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944), Périgueux, Éditions La Lauze, 2004, p. 143-163, 401. — ANACR Dordogne, Mémorial de la Résistance en Dordogne… Sous la terreur nazie, Périgueux, Copédit, 1985, p. 195. — Article de Valérie Dejean (6 mars 2019) sur le site de France bleue Périgord

Bernard Reviriego, Dominique Tantin

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