Né le 15 juin 1872 à Rosnadovne [?] (Empire russe, Pologne), massacré le 30 mars 1944 à La Bachellerie (Dordogne) ; de nationalité polonaise ; victime civile d’origine juive.

Rubin Gold fut l’une des nombreuses victimes de la division Brehmer en Dordogne.
Du 26 mars au 2 avril 1944, la division Brehmer, ou division B de l’initiale du patronyme de son chef, le général Brehmer, accompagnée par des éléments de la Sipo-SD et de la Brigade nord-africaine et bénéficiant de renseignements collectés par des délateurs, collaborationnistes ou non, et par l’administration de Vichy, traversa le département de la Dordogne, traquant les maquisards et massacrant des civils en représailles dans le cadre d’opérations de répression, mais aussi en conduisant une politique génocidaire à l’encontre des nombreux Juifs réfugiés dans le département ; les hommes furent abattus parce que juifs et, à plusieurs reprises, tandis que, bien souvent, les femmes et les enfants furent arrêtés, transférés à Drancy puis déportés vers les centres de mise à mort, Auschwitz-Birkenau principalement.
En zone dite libre puis zone sud, les Juifs avaient été recensés en application d’une loi de Vichy du 2 juin 1941, le jour même de la promulgation du second statut des Juifs ; un recensement spécifique des Juifs étrangers intervint en janvier 1942 ; enfin, une loi de Vichy du 11 décembre 1942 imposa en zone sud la mention « juif » sur la carte d’alimentation et sur la carte d’identité des Juifs français et étrangers.
Le 30 mars au matin, un détachement composé de 300 à 400 hommes est envoyé à La Bachellerie. Il était en possession de listes établies en concertation avec la Milice : communistes ou supposés tels, ressortissants anglais, personnes soupçonnées d’aider le Maquis, et, enfin, les Juifs. A l’issue des opérations de police et de la sélection qui en résulte, 16 hommes, dont 10 Juifs, furent arrêtés et massacrés les 30 mars et 1er avril. Leurs noms figurent sur la stèle de La Genèbre. Tandis que les hommes, et même deux enfants de quatorze et quinze ans, étaient fusillés, les autres membres des familles juives, c’est-à-dire les femmes, les vieillards et les enfants, furent transférés au 35e Régiment d’infanterie de Périgueux. Mis à l’écart des autres détenus, ils furent mal nourris, maltraités, et les femmes contraintes à des taches humiliantes. Après quelques jours, ces 33 personnes furent transférées à Drancy, puis au camp d’Auschwitz, par le convoi n° 71 du 13 avril 1944. La plus jeune des victimes, Liliane Gerst, avait deux ans, mais 16 autres enfants l’accompagnaient. La plupart d’entre elles furent dirigées vers les chambres à gaz et les fours crématoires. C’est donc 43 Juifs de La Bachellerie qui ont été ce jour-là fusillés ou déportés. Cinq seulement de ces déportés purent revenir.
Rubin Gold avait épousé Myrla née Bielfeld, née le 12 mars 1876 à Kolbuchowa (Pologne). Le couple eut quatre filles et un garçon. Entrés en France en octobre 1921, ils s’étaient installés à Strasbourg (Bas-Rhin). Réfugiés en Dordogne, ils étaient domiciliés à La Bachellerie. Le 30 mars 1944, Rubin Gold fut arrêté et il fit partie des dix victimes fusillées à la Genèbre. Son épouse fut arrêtée, transférée à Drancy puis déportée sans retour à Auschwitz-Birkenau par le convoi n° 71 parti de la gare de Bobigny le 13 avril 1944. Ce même jour furent arrêtés et déportés par le même convoi n° 71, ses quatre filles, Sarah, Chana, Régine, Ida, ses petites-filles, Rosette (9 ans) et Colette (5 ans) Krieger, Liliane Gerst (2 ans), ses petits-fils, Maurice Lichtensztejn (7 ans) et Paul Schupak (9 ans). Son gendre, Maurice Gerst, fut aussi fusillé dans la commune, ce jour.
Son nom apparaît sur le Monument aux morts de la commune de La Bachellerie ainsi que sur le monument commémoratif dédié aux fusillés de la commune (stèle de La Genèbre).
Les noms des déportés juifs sont inscrits sur le monument commémoratif inauguré dans la commune le 18 mai 2008.
Voir La Bachellerie et ses environs (30 mars -1er avril 1944)
Sources

SOURCES : Rubin Gold : Registre d’état civil de La Bachellerie. Arch. dép. Dordogne, 1573 W 6, 1 W 1809, 1 W 1901, 42 W 6, 60 W 14 et CDJC DCXXVI-12. Photo dans Klarsfeld, Mémorial des enfants, p. 1038. Myrla Gold : Arch. dép. Dordogne, 14 J 20 ; 42 W 6 ; 60 W 14. Photo dans Klarsfeld, Mémorial des enfants, p. 1038. — Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne, 1939-1944, Périgueux, Éditions Fanlac-Archives départementales de la Dordogne, 2003, p. 243-245, 337. — Guy Penaud, Les crimes de la division Brehmer, La traque des résistants et des juifs en Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944), Périgueux, Éditions La Lauze, 2004, p. 211-217, 404. — Paul Mons, La folie meurtrière de la division Brehmer, mars-avril 1944, Dordogne-Corrèze, Haute-Vienne, Brive-la-Gaillarde, Éditions Les Monédières, 2016, p. 127-130. — Martial Faucon, Les enfants martyrs de la Bachellerie ou l’un des plus odieux crimes nazis en Périgord, Memoria-Edition, 2009. — Jean-Paul Bedoin-Anacr Dordogne, Chemins de la mémoire… Dordogne. Volume 1, Conseil général de la Dordogne, 2011, p. 43-48. — Jean-Marc Parisis, Les inoubliables, récit, Paris, Flammarion, 2014.

Bernard Reviriego, Dominique Tantin

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