Né le 8 avril 1904 à Besançon (Doubs), exécuté sommairement le 11 juin 1940 à Cressonsacq (Oise) ; militaire de carrière, capitaine au 16e Régiment de Tirailleurs sénégalais (RTS).

Jean Speckel était le fils de Jean Charles Speckel, Capitaine du Génie, officier d’ordonnance du Général commandant le Génie de la 7e Région, Chevalier de la Légion d’Honneur, alors âgé de 41 ans, né à Barr (Bas-Rhin), et de Marthe Suzanne Élisabeth Antoinette Martineau, âgée de 35 ans, née à Tonneins (Lot-et-Garonne). Il fit des études secondaires à Montauban et intégra Saint-Cyr (promotion du Rif, 1924-1926). Il épousa Odile Kastler le 4 décembre 1935 à Paris (VIIIe arr.).
En 1940, Jean Speckel était affecté au 16e RTS. Créé en 1919, ce régiment était cantonné à Montauban (Tarn-et-Garonne) entre les deux guerres. En mars 1939, il fut affecté à la surveillance du camp de Septfonds où étaient internés des réfugiés républicains espagnols. Le 5 avril 1940, cette unité rejoignit la 4e Division d’Infanterie coloniale (DIC) sur la ligne Maginot.
Engagée au sud de la Somme sur la ligne Weygand, la 4e DIC commandée par le général Maurice de Bazelaire de Ruppierre participa à la bataille d’Amiens et subit de lourdes pertes lors de l’offensive allemande déclenchée le 5 juin 1940. « Dans la nuit du 9 au 10 juin, cette division tente de percer en direction de l’Oise, de Pont Sainte Maxence. Au matin, il ne reste plus que 200 à 300 hommes au 2e RIC, 300 à 400 au 16e RTS, et 100 au 24e RTS. » (Les combattants de l’honneur ; cf. sources).
Le 10 juin 1940 en fin d’après-midi, ce groupe de soldats et d’officiers des 16e et 24e Régiments de Tirailleurs sénégalais se rendit aux Allemands. Le 11 juin, ces derniers – un détachement du régiment Grossdeutschland – séparèrent les officiers et les soldats métropolitains d’une part, et les soldats d’origine coloniale d’autre part. La vie de ces derniers étant menacée, le commandant Bouquet tenta de les protéger. Il déclara que les tirailleurs s’étaient rendus sur son ordre, qu’ils avaient combattu loyalement et il exigea qu’ils soient traités en soldats. Le capitaine Speckel prit ensuite la parole en allemand pour dire sa fierté d‘avoir commandé des soldats tels que les Sénégalais.
En représailles, les Allemands conduisirent à l’écart le capitaine Jean Speckel et sept autres officiers puis les abattirent d’une balle dans la nuque à la lisière nord du bois d’Eraine, sur la commune de Cressonsacq. Les corps furent jetés dans une fosse commune creusée par deux soldats noirs qui furent ensuite abattus.
En juin 1941, la fosse fut ouverte et les corps furent inhumés dans le cimetière communal de Cressonsacq. Après la Libération, leurs dépouilles furent transférées à la nécropole nationale de Cambronne-lès-Ribécourt (Oise) ou rendus à leurs familles. Le capitaine Speckel repose dans la nécropole nationale, tombe n° 361. Son nom est inscrit avec ceux des autres victimes sur la stèle commémorative du bois d’Eraine, ainsi qu’à Montauban sur le monument aux Morts et sur une plaque commémorative au collège Ingres.
Il obtint la mention Mort pour la France. Il fut nommé Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume et reçu la Croix de Guerre 1939-1945, décorations accompagnées de la citation suivante : "Officier de grande valeur, qui par sa haute autorité, la droiture de son caractère et son exemple de chaque instant a su faire de son bataillon une unité manœuvrière de premier ordre et lui imprimer un bel esprit offensif. Galvanisant des unités par son énergie personnelle, a obtenu d’elles pendant la période du 23 mai au 9 juin 1940, au cours des combats de Fouillot et de Villers-Bretonneux, de magnifiques efforts. Le 9 juin 1940, se trouvant encerclé par un ennemi très supérieur en nombre, a combattu jusqu’à son dernier souffle et est tombé mortellement blessé pour la France, faisant le sacrifice de sa vie pour sauver ses tirailleurs".
De nombreux soldats africains de la 4e DIC furent massacrés par les Allemands. Leur nombre et leur identité restent à déterminer.
Voir Cressonsacq, bois d’Eraine (10-11 juin 1940)
Sources

SOURCES : SHD-PAVCC Caen, AC 21 P 157624 (à consulter). — MémorialGenWeb. — Mémoire des Hommes. — Les combattants de l’honneur. — Site (non officiel) consacré aux troupes de marine. — AM Besançon, état civil.

Dominique Tantin

Version imprimable