Né en 1918 à Koitenkro [?] (Côte-d’Ivoire), exécuté sommairement le 11 juin 1940 à Cressonsacq (Oise) ; soldat au 5e Régiment de tirailleurs sénégalais (RTS).

Ce soldat fut l’une des très nombreuses victimes des massacres de soldats coloniaux perpétrés par des unités allemandes au cours de la campagne de mai-juin 1940.
C’est ce qui se produisit à proximité du bois d’Eraine, sur la commune de Cressonsacq, le 10 ou le 11 juin 1940 (la chronologie exacte est difficile à restituer, mais il semble exclu que le massacre ait eu lieu le 9 juin bien que ce soit la date retenue par l’état civil de Cressonsacq - lors de l’ouverture de la fosse, un an après les faits - et par les sites MémorilaGenWeb et Mémoire des Hommes), à l’encontre de soldats et d’officiers des 5e, 16e et 24e Régiments de Tirailleurs sénégalais (RTS), de la 4e Division d’Infanterie coloniale (DIC). Cette grande unité avait mené de durs combats d’arrière-garde dans la Somme et l’Oise sur le flanc gauche de l’armée en retraite face à la 10e Panzer Division dont faisait partie le régiment Grossdeutschland.
Des éléments de la 4e DIC furent encerclés et abattus après s’être rendus. Ce fut le cas à Erquinvillers et à Cressonsacq. Dans cette commune, des soldats des 16e et 24e RTS se cachaient dans le bois d’Eraine au sud de la ferme d’Éloges-les-Bois. Ayant épuisé leurs munitions et leur ravitaillement, ils se rendirent dans la soirée du 10 juin à la 15e compagnie du régiment Grossdeutschland. Peu avant la reddition, l’aspirant Méchet fut abattu après avoir esquissé un geste de résistance. Les Allemands séparèrent les soldats africains et métropolitains. Les seconds furent emmenés en captivité. Les premiers furent assassinés, ainsi que des officiers français qui avaient pris la défense de leurs soldats.
« C’est alors, écrit le Colonel H. Dutailly dans son étude sur ce massacre (cf. sources), que se situe un fait que le sergent Long du 24ème RTS rapporte ainsi : “l’officier commandant les forces ennemies n’était pas content des nôtres parce que ces derniers commandaient des Sénégalais. (Il) disait, tenant un coupe-coupe, l’arme individuelle des tirailleurs : “C’est ça votre guerre, salauds” en bon francais. » [La suite est reconstituée à partir du témoignage du Sergent Caravecchia]." Les Allemands séparent les Africains des Européens et, parmi ces derniers, les officiers des sous-officiers et des hommes de troupe. Le Commandant Bouquet réagit aux propos de l’officier allemand. Il déclare que les tirailleurs se sont rendus sur son ordre, qu’ils ont combattu loyalement et il exige qu’ils soient traités en soldats. Le capitaine Speckel prend ensuite la parole en allemand pour dire sa fierté d‘avoir commandé des soldats tels que les Sénégalais. Après ces interventions, les deux groupes de blancs sont emmenés vers les bâtiments de la ferme et les Africains dans une autre direction. Le sergent Caravecchia déclare avoir entendu au moins un coup de feu ce que les autres témoins ne confirment pas. Quoi qu’il en soit, ils n’ont jamais été revus vivants ou morts. En dépit des propos lénifiants des Allemands, ils ont été exécutés dans un lieu non identifié.
Pour les officiers allemands, les propos tenus par le commandant Bouquet et le capitaine Speckel constituent des arrêts de mort. En proclamant qu’ils commandent (et même avec fierté) ces Sénégalais coupables, selon l’ennemi, de crimes de guerre, ces officiers portent la responsabilité des crimes dont leurs subordonnés sont accusés. Ils méritent la mort comme le suggère une opinion notée dans “Kriegschronik der 15 Kompanie des I.R. Grossdeutschland” : “C’est une vieille chanson : un officier blanc à la tête des “porteurs de culture” noirs. Un soldat énergique et compétent s’indigne et prend une décision ferme, la seule qui soit juste à l’égard de telles bêtes.”
Plus personne ne reverra vivants ces officiers : ils vont mourir pour leurs tirailleurs. Avec eux ils sont mis à part. Le 10 [ou plus probablement] le 11 juin 1940, ces officiers furent abattus d’une balle dans la nuque à la lisière nord du bois d’Eraine puis enterrés dans une fosse commune creusée [peut-être] par deux soldats africains, un Guinéen, Faya Leno et un Ivoirien,Tano Aka, qui furent ensuite exécutés. » (D’après le Colonel (cr) H.Dutailly 02/12/2009, op.cit.).
Son corps dut être exhumé en juin 1941 et inhumé dans un premier temps dans le cimetière communal de Cressonsacq. Après-guerre, il fut transféré dans la nécropole nationale de Cambronne-lès-Ribécourt où il repose dans la tombe n° 428.
Il obtint la mention Mort pour la France.
Dans un article publié le 17 juin 2010 sur le site de RFI et intitulé Hommage aux tirailleurs sénégalais massacrés au bois d’Eraine, le Lieutenant-Colonel Antoine Champeaux, Docteur en histoire et conservateur du musée des troupes de Marine de Fréjus, explique la découverte des corps, leur exhumation et leur transfert et le travail de mémoire autour ce massacre.
« En 1941, Valère Guizelin, un agriculteur de la région, ayant entendu parler d’un massacre, se rend sur place et découvre les huit corps plus ceux de deux Africains, Aka Tano et Faya Leno sans doute chargés de creuser la fosse commune avant d’être exécutés à leur tour et d’y être enterrés. Les habitants de Cressonsacq les exhument et les enterrent dans le cimetière du village. Une cérémonie a lieu en 1947, puis c’est l’oubli jusqu’à ce qu’un neveu d’Aka Tano ne vienne d’Afrique sur place pour retrouver la tombe de son parent.
Entre temps les corps ont été transférés à la nécropole nationale de Cambronne-lès-Ribécourt créée en 1950 pour regrouper les exhumés de l’Eure, de l’Oise, de la Seine Maritime et de la Somme (2 025 corps pour la guerre 1939-1945 et 128 pour la guerre de 1914-1918).
Le neveu d’Aka Tano y retrouva son oncle, avec l’aide de Jacques Potelle, maire de Cressonsacq. Ce dernier, enseignant en retraite, s’efforça dès lors de tirer ce drame de l’oubli.
Une stèle, élevée en 1992, commémore le souvenir du massacre du bois d’Eraine.
 » Une commémoration nationale y fut organisée en juin 2010, avant une cérémonie à la nécropole de Cambronne-lès-Ribécourt.
De nombreux soldats africains de la 4e DIC furent massacrés par les Allemands. Leur nombre et leur identité restent à établir.
Voir Cressonsacq, bois d’Eraine (10-11 juin 1940)
Sources

SOURCES : MémorialGenWeb. — Les combattants de l’honneur.

Dominique Tantin

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