Né le 23 septembre à 1903 Soudeilles (Corrèze), arrêté le 19 août 1944 à Taizé-Aizie (Charente), exécuté sommairement à une date imprécise entre le 19 août et le 21 août 1944 en un lieu inconnu (Angoulême ?), porté disparu ; employé SNCF, sémaphoriste ; résistant FTPF de la Vienne, maquis « Le Docteur ».

Antoine Mangane était marié avec Berthe Mangane, et père de sept enfants âgés en 1944 de 13 mois à 16 ans. La famille était domiciliée sur la commune de Taizé-Aizie (Charente) où Berthe Mangane était garde barrière, au passage à niveau 261, au lieu-dit Chantemerle. Lui-même était employé de la SNCF, sémaphoriste à Voulême (Vienne) commune proche de Taizé-Aizie mais de l’autre côté de la limite départementale, également sur la voie ferrée Angoulême – Poitiers.
Il s’engagea dans la Résistance, au sein des FTPF, rejoignant un maquis installé dans le sud de la Vienne au sud-ouest de Civray et au nord de la Charente, autour de Ruffec, le maquis FTPF « Le Docteur » (Tabourdeau). Selon l’expression propre au mouvement FTPF, il fut manifestement un FTP « légal », engagé dans la Résistance mais resté dans la légalité (contrairement aux « illégaux » passés à la clandestinité), sans doute en fonction des services qu’il pouvait rendre en restant à son poste à la SNCF. Diverses sources indiquent qu’il aida au sabotage de la voie ferrée et surtout qu’il incita à la désertion les garde-voies, supplétifs enrôlés de force par la Wehrmacht pour surveiller les voies ferrées menacées par les sabotages de la Résistance, procurant même des vêtements civils à certains.
Un témoignage de son fils recueilli par le site rail et mémoire (op. cit.) précise les circonstances de son arrestation et de sa disparition : « Le 19 août 1944, je revenais du bourg de Taizé Aizie avec mon frère Michel âgé de 8 ans et moi j’avais 10 ans ; à ce moment un véritable régiment d’Allemands et d’Hindous traversait au passage à niveau, ils venaient de Ruffec par la nationale 10, les Adjots (Charente) et repartaient vers Chauffour (Vienne). En même temps des gardes-voie allemands se trouvaient sur la voie ferrée, plusieurs d’entre eux sont entrés dans la maison et ont demandé à ma mère où était mon père, cela sans doute sur l’ordre des officiers du régiment qui passait… Les Allemands, ne le voyant, ont fouillé la maison de fond en comble, menaçant ma mère et affirmant que mon père était un « terroriste », ils le croyaient complice des maquisards qui venaient de plastiquer la ligne dans la courbe près de la maison. Les soldats du régiment ont continué leur chemin vers Chauffour. Ils ont alors arrêté beaucoup de gens, ils les ont fait mettre à genoux, les mains en l’air. Prévenu par un collègue de travail, M. Augier, résistant également, mon père craignant pour sa famille, s’est décidé à revenir par la route, au lieu de prendre la fuite. Bien sûr, il est tombé sur les soldats du régiment et leurs prisonniers. Quelqu’un parmi les soldats a crié « Voilà Mangane ! », et cela en français. Il a été immédiatement arrêté, et alors, les gens retenus ont été relâchés. Cerné par des soldats l’arme prête, mon père est reparti vers Ruffec à pied, avec son sac à provisions et poussant sa bicyclette ».
Vu pour la dernière fois le jour même à Ruffec, il est ensuite porté disparu, exécuté sommairement à une date et un lieu qui ne purent jamais être précisés. Le récit de son fils se termine par cette conclusion : « Quelques jours après l’arrestation de mon père, un autre train a été bombardé. Il s’est arrêté au passage à niveau 261 de Chantemerle. Les Allemands sont entrés dans la maison, et ils ont tout cassé, éventré les meubles et la literie, pillé tout ce qui était possible et empoisonné le puits ».
Antoine Mangane obtint la mention mort pour la France et fut homologué FFI et Interné Résistant. Son nom figure sur le monument aux morts de Taizé-Aizie (Charente).
Sources

SOURCES : SHD GR 16 P 389231 —Cheminots victimes de la répression, 1940-1945, sous la direction de Thomas Fontaine coédité par les Éditions Perrin et SNCF, Rail et histoire, 2017 — site internet rail et Histoire — mémorial genweb.

Michel Thébault

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