Né le 19 décembre 1909 à Paris XV° arr. (Seine), guillotiné après condamnation à mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel (Allemagne) ; professeur à l’Université de Poitiers (Vienne) ; résistant réseau Renard.

Louis Cartan
Louis Cartan
La famille d'Elie Cartan dans les années 20, Louis Cartan est assis à droite.
La famille d’Elie Cartan dans les années 20, Louis Cartan est assis à droite.
Louis Cartan était le fils de Joseph, Élie Cartan âgé de 40 ans à sa naissance, alors maître de conférences à la Sorbonne et d’Angèle Marie Louise Bianconi sans profession âgée de 29 ans, tous deux domiciliés à Paris 174, rue de Vaugirard. Il était le troisième de leurs quatre enfants. Son père Élie Cartan (1869 – 1951) fut un mathématicien et un physicien de renom dans la première moitié du XX° siècle. Dans son enfance, la famille de Louis Cartan vint habiter au Chesnay (Seine-et-Oise, aujourd’hui Yvelines), et Louis fit ses études secondaires au lycée Hoche de Versailles, commune limitrophe du Chesnay. Élève en classe préparatoire aux Grandes Écoles, il fut atteint d’une maladie cardiaque qui le contraignit à arrêter temporairement ses études. Reprenant ses études à l’Université il obtint une licence ès sciences, choisissant le domaine de la physique. En 1932, son frère Jean (son aîné immédiat), né en 1906, jeune musicien de talent décéda de la tuberculose, l’année même où Louis entrait au laboratoire de physique atomique de Louis de Broglie à la faculté des sciences de l’université de Paris (Institut Henri-Poincaré) pour y poursuivre ses études et y préparer sa thèse. Lors de son mariage à Paris XVI° arr. le 20 juillet 1935 avec Marie Annette Purtschet (née à Tunis en 1909), il se déclara boursier de recherches. Il soutint en 1937 sa thèse intitulée : « l’optique des rayons positifs et ses applications à la spectrographie de masse ». S’en suivirent plusieurs articles fondamentaux, dont en particulier « Quelques techniques actuelles en physique nucléaire », paru en 1938.
Nommé Chargé de recherches en 1938, il fut l’année suivante nommé Maître de conférences de Physique mathématique à la Faculté des sciences de Poitiers (Vienne). Il partagea alors son temps entre ses enseignements à Poitiers et la recherche à Paris (où il continuait de résider) dans le laboratoire de Louis de Broglie et à L’École Polytechnique. En octobre 1939 il reçut de l’Académie des Sciences le prix Hébert. Lors de l’armistice de juin 1940, après avoir envisagé de rejoindre la Grande-Bretagne pour répondre à l’appel du général De Gaulle, il choisit finalement de rester auprès de sa femme enceinte de leur troisième enfant. La famille s’installa alors à Poitiers, résidant avenue de Bordeaux. Il fut rapidement nommé professeur sans chaire.
Toujours animé par l’esprit de Résistance, il entra en mars 1941 dans le réseau de Louis Renard, avoué à Poitiers, un réseau d’inspiration gaulliste, actif sur le secteur de Poitiers dans les domaines de la propagande (« Le Libre Poitou »), de la collecte de renseignements sur l’occupant et des filières de passage de la ligne de démarcation. Le réseau était en 1941 et début 1942 en cours de constitution et d’organisation, Louis Cartan fut chargé par Louis Renard et son adjoint Louis Toussaint de coder (à l’aide de formules chimiques) et de cacher dans son laboratoire, la liste des membres du réseau. À la suite d’excès de zèle manifestes tant de l’administration des PTT que de la police française et du préfet, tous désireux au moment de la signature des accords Oberg/Bousquet de prouver leur pleine collaboration avec l’Allemagne, le réseau fut démantelé à la fin de l’été 1942. Les premières arrestations et les renseignements obtenus permirent à la police française d’arrêter Louis Cartan le 3 septembre 1942 à Mortagne-sur-Sèvre (Vendée) où il passait ses vacances en famille. Conduit dans un premier temps à Angers (Maine-et-Loire) pour un premier interrogatoire, il fut transféré à Poitiers. Les interrogatoires et les perquisitions permirent aux policiers français de retrouver la liste des 97 membres du réseau et de la décrypter, entraînant un grand nombre d’arrestations. Les services de sécurité allemands s’emparèrent bientôt du dossier, autour de la mi-septembre 1942. Louis Cartan fut alors incarcéré dans la section allemande de la prison de la Pierre Levée à Poitiers.
Il fut avec 28 de ses compagnons transféré à la prison de Fresnes le 12 février 1943. Ils furent ensuite déportés vers Trêves le jeudi 18 février dans un transport NN parti de la gare de l’Est ; les déportés furent placés dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires, accrochés au train Paris-Berlin. Sur les 39 hommes déportés dans ce transport, se trouvaient les 29 membres du réseau Renard. Après une journée de voyage, le transport parvint en gare de Trêves. Le lendemain ils prirent un autre train en direction de Reinsfeld, à 7 kilomètres du SS-Sonderlager Hinzert où ils durent se rendre à pied. Le 19 avril 1943, les rescapés du réseau Renard furent transférés à la « prison de prévention » de Wolfenbüttel (Basse-Saxe, Allemagne) pour être jugés. Fin mai, onze d’entre eux dont Louis Cartan reçurent notification écrite d’une accusation portée contre eux pour complot contre l’Allemagne et devant conduire à un procès devant le tribunal du peuple (Volksgericht). Le tribunal du peuple était divisé en 6 sénats ou chambres. L’un d’entre eux vint siéger les 12 et 13 octobre 1940 à Wolfenbüttel. A l’issue d’une procédure uniquement à charge, les dix accusés restant après la mort de Georges Duret en prison et Louis Cartan parmi eux furent condamnés à mort le 13 octobre 1943 et guillotinés le 3 décembre 1943 entre 18 heures 30 et 18 heures 40 dans un bâtiment de la prison.
Louis Cartan obtint la mention mort pour la France et mort en déportation. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Dolomieu (Isère), commune natale de son père Élie Cartan. Il y figure aux côtés de son cousin François Cuzin, responsable FFI, fusillé à Signes (Var) le 19 juillet 1944. Il fut fait à titre posthume Chevalier de la Légion d’honneur, obtint la Croix de guerre avec palme et la médaille de la Résistance avec la citation suivante : « Patriote ardent entré dans la Résistance en mars 1941 à Poitiers. Inscrit au réseau « Louis Renard », s’est dépensé sans compter dans la lutte contre l’envahisseur. Arrêté par la Gestapo en août 1942 et déporté en Allemagne le 19 février 1943, a trouvé la mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel. A servi avec la plus parfaite abnégation la cause de la Libération pour laquelle il a fait le sacrifice de sa vie ». Son nom figure également sur le monument commémoratif du réseau Renard au cimetière de Chilvert à Poitiers qui comprend 11 plaques, celles des dix condamnés à mort et celle de Georges Duret. Il figure enfin à Paris, au Panthéon, sur la plaque commémorative des écrivains morts pour la France et sur la plaque commémorative du lycée Hoche à Versailles.
Sources

SOURCES : Jean Henri Calmon La chute du réseau Renard Poitiers 1942. Le S.S., le préfet et le résistant, Geste éditions, 2015 — site internet VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation) — Collectif Anthologie des écrivains morts à la guerre 1939 – 1945 Éditions Albin Michel 1960 — Joël Dalançon Dictionnaire de l’université de Poitiers Geste Éditions 2012 — site Wikipedia, biographie de Louis Cartan — Mémorial genweb — État civil de Paris.

Michel Thébault

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