Né le 9 février 1898 à Jarville (Meurthe-et-Moselle), mort au combat le 24 juillet 1944 à Polisy (Aube) ; chauffeur mécanicien ; résistant des Forces françaises de l’Intérieur (FFI).

Charles WALTER était le fils de Joseph, manœuvre et de Anna Haas, journalière. Il se maria le 8 novembre 1924 à Saint-Julien-les-Villas (Aube) avec Marie Eugénie Koechler, Charles et Marie eurent 2 enfants : Solange décédée en bas âge (1923) et René (1925-2014). .
il connut l’occupation allemande pendant toute sa jeunesse. Il parlait très bien l’allemand et fut témoin de la Première guerre et de ses ravages.
Lorsque la guerre éclata en 1939, il vivait avec sa famille à Troyes et était chauffeur mécanicien. Mobilisé, il se trouvait à Auxerre lors de la capitulation en juin 1940. Il tua un soldat allemand qui voulait le faire prisonnier puis s’enfuit en zone libre. Sur sa route, il fit sauter un canal et une péniche contenant de l’essence.
En juin 1941, il retourna chercher sa femme Marie et son fils René qui venait de recevoir une convocation TODT pour partir en Allemagne. Tous trois franchiront la ligne de démarcation à Moulins. La famille Walter sera accueillie par le couple Dirat à Escabeaux.
En août 1942, la famille était de retour à Troyes. Le père et le fils nouèrent des contacts avec le commandant Alagiraude, alias Montcalm pour lequel ils exécutèrent plusieurs missions.
En 1943, Charles s’engagea dans une expédition de transport allemand à destination de la Pologne, comme chauffeur de camion et interprète. Au retour, il ramena un prisonnier de guerre français évadé qu’il avait aidé à franchir les frontières. Fin août 1943, Charles et son fils René incendièrent avec l’aide de Robat, une voiture allemande aux alentours de Moussey. Dénoncés, le père et le fils furent arrêtés en mars 1944 par la Gestapo. Ils étaient accusés de détention d’armes et furent emmenés à la prison de la rue Hannequin. Le domicile des Walter fut perquisitionné, mais la Gestapo ne trouva rien. En effet, aidée d’André Prelier, résistant à Saint-Julien-les-Villas, Marie Walter avait eu soin de faire disparaître plastic, grenades et révolvers
Incarcéré pendant 39 jours, Charles et René vont subir des interrogatoires.
Aussitôt libérés, ils partirent se cacher à Pougy chez une tante, et le 9 juin 1944, ils décidèrent de rejoindre le maquis de Beaumont
Charles devint adjudant, chef de la section franche, à Mussy-sur-Seine (Aube). Le commando était chargé des sabotages. Des faits d’arme remarquables sont à signaler :
- Réquisition en juin 1944 aux établissements Gombeau d’un camion plein de denrées pour le maquis
- Le 21 juin 1944, subtilisation à l’ennemi dans son dépôt de l’usine Clément Marot à Troyes, d’un camion chargé de chaussures, d’imperméables et de linge de corps pour ravitailler le maquis
- Dans la nuit du 26 au 27 juin 1944, au dépôt Desmarais à Saint-Julien, aidé de son fils René et de 8 hommes, ils récupèrent une citerne allemande contenant 5000 litres d’essence. Le dépôt avec le reliquat de carburant et d’huile est incendié grâce à du plastic réglé sur détonateur.
- En juillet 1944, Charles, son fils et 6 autres résistants rencontrent une trentaine de GMR, transportés dans 2 fourgonnettes. La riposte est si vive que les gardes mobiles se sauvent et abandonnent leur matériel et leurs véhicules. Charles récupère le matériel et fait sauter les voitures avec des grenades
- toujours en juillet 1944, apprenant qu’à l’état-major au maquis, une ligne téléphonique serait chose utile, Charles partit en repérage à Bar-sur-Aube où il savait que des appareils téléphoniques de campagne étaient entreposés (près de l’ennemi). Il partit avec son fils René en camionnette et se présenta à la sentinelle. Dans un allemand parfait, Charles adressa quelques mots au soldat de faction, haussant le ton et la sentinelle les laissa passer. Se faisant passer pour des ouvriers en service commandé, il réussit à faire entrer la camionnette dans la cour sans se faire repérer. Le père et le fils subtilisèrent un standard téléphonique et 35 km de ligne
Grâce à leur action, le maquis du Val-Du-Puits se trouva dans une situation unique dans l’histoire des grands maquis : ses différentes unités furent toutes reliées par le téléphone au PC
Le 20 juillet, Marie WALTER et sa tante furent arrêtés par les GMR. Charles hors de lui, menaça de mettre à feu et à sang la caserne des GMR si elles n’étaient pas relâchées dans les 48h.
Le 24 juillet, Charles et son fils ainsi que 10 hommes de la section franche partirent fortement armés dans une camionnette et une traction à la caserne GMR. Heureusement, la tâche va leur être facilitée par la libération des deux femmes, intervenue en raison des menaces proférées par Charles WALTER au commissaire de police de Troyes.
Sa tante rejoignit son domicile. Mme Walter monta à l’arrière de la traction à côté du maquisard José Da Silva, Charles au volant, René à sa droite. La camionnette suivit derrière avec 7 hommes. Le convoi se rendit chez un policier, Armand MARIE, pour l’arrêter car il aurait tiré sur les FFI. Les mains attachées, MARIE monta dans la traction à côté de Marie Walter, Da Silva le tenant en respect. Le chemin du retour de nuit passait par Saint-Julien-les-Villas. A la sortie de la commune les deux véhicules s’engagèrent sur la route de Verrières. La barrière était baissée au passage à niveau. Charles descendit de la voiture pour la relever. Les Allemands attendaient en embuscade. Ils tirèrent sur les résistants qui ripostèrent. La camionnette doubla la traction et dépassa le passage à niveau. Dans le feu de l’action René perdit son père. Il le chercha en vain et il dut se résoudre à prendre les commandes de la voiture criblée de balles. René suivit la camionnette qui n’avait plus de lumière. Juste avant de rentrer dans la commune de Villemoyenne (Aube), René perdit le contrôle du véhicule et percuta un poteau électrique. Le prisonnier Armand MARIE en profita pour s’éclipser. Le groupe dut alors marcher jusqu’à Saint-Parès-lès-Vaudes où René réquisitionna une camionnette chez un garagiste pour rejoindre le maquis.
Il était 5h00 du matin lorsqu’il arriva au maquis et le commandant Montcalm l’informa que son père avait été mortellement blessé dans l’embuscade de Saint-Julien, après avoir vidé les 2 chargeurs de sa mitraillette sur l’ennemi, route de Verrières, à côté du pont du canal de restitution du lac d’Orient à la Seine comme l’indique la stèle érigée à Bréviandes (Aube). Il décéda à trois heures du matin à Polisy (Aube) au domicile de Mr et Mme Alicot à Virey-sous-Bar. Son corps fut entreposé dans la chapelle du château de Mme Carsignol, à Polisy. Mme Walter veilla son mari défunt. Une cérémonie clandestine réunissant une poignée de camarades de combat se tint le lendemain et la dépouille de Charles sera ensevelie en toute simplicité.
À la libération, la sépulture provisoire sera relevée, le corps de Charles transféré à Troyes où un officiel et vibrant hommage lui sera rendu dans la cathédrale avant d’être inhumé au cimetière de la ville.
René se cacha avec sa mère au domicile du couple Monteil à Polisy. Il participera à la libération de Troyes.
L’acte de décès fut dressé le 4 novembre 1944 sur la déclaration de José Montiel, viticulteur.
Il obtint la mention « Mort pour la France », transcrite sur l’acte de décès le 6 août 1945 et fut homologué au grade d’adjudant aux Forces françaises de l’Intérieur (FFI).
Il était décoré de la Médaille militaire.
Son nom figure sur la plaque commémorative du musée de la Résistance, à Mussy-sur-Seine et sur la stèle commémorative 1939-1945, à Bréviandes (Aube).
Sources

SOURCES : Service historique de la Défense, Caen, Cote AC 21 P 174732 (nc) et SHD Vincennes, GR 16 P 600648 (nc).— Musée de la Résistance 1940-1945 en ligne. — Mémorial Genweb. — État civil (naissance et décès).— Notes importantes transmises par Florine Fontaine.

Jean-Louis Ponnavoy

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