Né le 24 juillet 1899 à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), massacré le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; industriel ; victime civile.

Isaac, Robert Pinède
Isaac, Robert Pinède
crédit : MémorialGenWeb
plaque des réfugiés Juifs, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque des réfugiés Juifs, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga
plaque famille Pinède, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque famille Pinède, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga
Giratoire Robert et Carmen Pinède, à Bayonne
Giratoire Robert et Carmen Pinède, à Bayonne
source : Bayonne
Chemin Pinède, à Bayonne
Chemin Pinède, à Bayonne
source : Bayonne
Lieu de supplice Forge Beaulieu, Oradour-sur-Glane
Lieu de supplice Forge Beaulieu, Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga
Robert (son prénom usuel) Pinède était le fils de Jacob Émile (né le 24 juin 1862, à Oloron-Sainte-Marie et décédé avant 1940), employé de commerce, et de son épouse Sarah, Élodie, Rachel, Gabrielle née Delvaille* (née le 27 novembre 1877, à Bayonne). Ses parents s’étaient mariés le 26 février 1896 à Bayonne.
Lors de son recrutement pour l’armée en avril 1918, il était employé de commerce, domicilié à Bayonne, boulevard Jean d’Amou. Il fut incorporé le 21 avril 1918 dans le 8ème régiment du génie et participa aux combats de la fin de la première guerre mondiale jusqu’au 11 novembre 1918. Nommé caporal en juin 1920, il fut démobilisé en mars 1921 avec le grade de sergent.
Il revint s’installer à Bayonne où il devint dans l’entre-deux-guerres le dirigeant d’une entreprise de tannerie-mégisserie. Il fut reçu le 22 mars 1922 à la loge maçonnique de Bayonne du Grand Orient de France, La Zélée.
Le 15 janvier 1924 à la mairie de Bayonne, il épousa Yvonne Carmen Silva* (née le 7 août 1904 à Bilbao, Espagne). De cette union naquirent trois enfants, Jacqueline Francine Sarah (née le 23 février 1925), Francine (née le 4 novembre 1926), et Émile André Jacob (né le 12 janvier 1935), nés à Bayonne.
A la fin des années 30, Robert Pinède était à Bayonne un notable de la ville, industriel, ancien combattant, franc-maçon, « honorablement connu à Bayonne... noté comme radical socialiste à tendances socialistes » (rapport de 1941 du commissaire de police de Bayonne. Arch. Dép. des Landes cote 283 W 80). La défaite de la France en 1940, la politique du gouvernement de Vichy et l’occupation de la région de Bayonne par les troupes allemandes le placèrent dans une situation complexe. Visé par la politique de Vichy à l’encontre des Francs-maçons, il fut en 1941 suspecté de « reconstitution de ligue dissoute » et astreint à résidence forcée dans la commune de Bayonne. Mais dans le même temps, membre de la communauté juive de la ville, et membre du Bureau de Bienfaisance Israélite, il fut désigné après la défaite de 1940 par le siège parisien comme responsable régional. Et fin novembre 1941 à la suite de la création de l’UGIF (Union générale des israélites de France) par Vichy, il devint le responsable régional de cette organisation, chargé de la représentation et de la défense de la communauté juive de la ville auprès des autorités allemandes et françaises.
Son entreprise de tannerie-mégisserie fut saisie en 1942 en application de la politique de spoliation dite d’aryanisation par Vichy et l’occupant. Au début 1943 lorsque les autorités allemandes décidèrent l’expulsion de tous les juifs des départements côtiers. Robert Pinède, représentant de l’UGIF pour la région de Bayonne, parvint en avril - mai 1943 à négocier avec la Kommandatur locale et avec l’aide du maire de Bayonne, les conditions d’évacuation de la communauté bayonnaise vers l’ancienne zone libre.
Une décision du sous-préfet de Bayonne du 15 mai 1943, leur enjoignit de « quitter obligatoirement la zone côtière interdite des Basses-Pyrénées avant le 29 mai 1943, dernier délai » avec la possibilité d’emporter des fonds, meubles et objets personnels (Bayonne fut ainsi une des seules villes de France à autoriser les juifs à partir librement). Tandis que de nombreuses familles juives gagnaient la région de Pau (dans la partie du département en ex zone-libre), Robert Pinède utilisant ses liens avec les établissements de mégisserie de Saint-Junien (Haute-Vienne), gagna le Limousin avec toute sa famille. La famille Pinède et sa mère devenue veuve, trouvèrent à s’installer à Oradour-sur-Glane, dans une maison située entre l’Hôtel Avril et la gare des tramways.
Robert Pinède poursuivit son activité : il est permanent de l’UGIF pour les bureaux de Brive et de Limoges. Il est ainsi chargé d’apporter des secours à des juifs sans ressource internés dans des camps ou intégrés à des groupements de travailleurs étrangers (GTE).
La famille s’intègre très bien à la communauté d’Oradour, les jeunes sœurs participent à la vie locale et se font de nombreux amis. Peu avant le drame, inquiet par la fermeture du bureau de l’UGIF de limoges, Robert Pinède loue un petit appartement en face de sa maison, pour abriter ses enfants et séparer la famille en cas d’arrestation.
Ses enfants échappèrent au massacre, ayant pu se cacher.
« 10 juin 1944, vers 14 heures — Nous avons depuis peu terminé notre repas ; et nous achevons de ’’faire la vaisselle’’. Soudain, nous entendons monter une colonne allemande. Papa aperçoit bientôt une auto-mitrailleuse, non loin de nôtre maison. Comme nous sommes juifs, il pense ’’qu’on vient le chercher’’, pour l’appréhender et l’emmener... Ma sœur Francine, mon petit frère André et moi, nous nous cachons sous un escalier qui donne accès au jardin. Et nous restons là, serrés l’un contre l’autre. Longtemps. Durant plusieurs heures. A maintes reprises, nous entendons des soldats qui montent et descendent ledit escalier... Nous ne comprenons pas ce qui se passe vraiment à l’intérieur et à l’extérieur de la maison. Vers 18 heures 30, nous sommes toujours là, immobiles et muets, terrés dans notre cachette. C’est alors que nous parvient le crépitement caractéristique du feu. Le feu... Il est ici, et partout, alentour. Nous nous décidons à abandonner notre cachette. Le plus naturellement, le plus calmement possible, nous traversons le pré voisin. De nombreux bruits de tirs d’armes nous parviennent. Chemin faisant, nous rencontrons trois soldats allemands. Nous leur parlons ; du moins, nous essayons de nous faire comprendre... L’un d’eux nous fait signe du bras, qui signifie : ’’Partez ! Partez !’’. Nous ne nous rendons toujours compte de rien. Nous passons devant le cimetière. En vérité, nous errons. Nous marchons ainsi jusqu’au soir. Vers 21 heures 30, nous arrivons au château de la Martinières. Là, nous constatons que les gens se préparent, avec une certaine hâte, à évacuer le lieu. Cependant, ils prennent le temps de nous apporter un peu de réconfort, et de nous offrir à manger ; alors que de partout, aux environs, les tirs se multiplient. Et soudain, voici qu’arrive Robert Hébras ; il est couvert de brûlures, et en sang. Il a des balles dans le corps. Il nous raconte la terrible épreuve que lui et ses compagnons viennent de vivre, dans la grange Laudy... A cette heure, Oradour est en flammes. Tous ici, pétrifiés, angoissés et impuissants, nous le constatons en effet de visu. Nus demeurons ainsi, ensemble, à discuter, jusqu’au lever du jour. Ma sœur, mon frère et moi, nous ignorons où se trouvent, maintenant, nos parents ; nous sommes affreusement inquiets. Robert Hébras nous propose : ’’Venez donc avec moi, chez ma sœur et mon beau-frère André’’. Nous partons. A travers champs et prés, nos parcourons, à pied, plusieurs kilomètres. Nous arrivons enfin au Pouyol, donc, chez la sœur de Robert. C’est là que nous retrouvons ’’tous les rescapés, les jeunes’’. Céans, nous passons, ensemble, plusieurs jours. Mais chacun de nous reste en alerte permanente... Ma sœur, mon frère et moi, nous sommes recueillis par des cousins. Et finalement, nous resterons à Oradour jusqu’au 25 septembre 1944. En ce jour de juin 1944, j’ai tout perdu... Tout. »
Il fut victime du massacre perpétré par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich, mitraillé puis brûlé dans la grange Beaulieu dans laquelle des hommes furent massacrés. Son épouse et sa mère furent brûlées dans l’église avec l’ensemble des femmes et des enfants d’Oradour-sur-Glane.
Il fait partie des 52 corps identifiés pour lequel un acte de décès put être établi.
Robert Pinède obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945.
Son nom figure sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane, sur le monument aux morts de Bayonne, et sur le Mémorial du grand Orient de France, 16, rue Cadet à Paris (IXème arr.).
Il existe à Bayonne, un Chemin Pinède « Souvenir des martyrs d’Oradour-sur-Glane ».
Sa fille Jacqueline sera témoin au procès de Bordeaux de 1953.
De retour à Bayonne, ils s’installèrent avec leur grande tante dans l’appartement de leurs parents. Jacqueline épousera en 1945, son fiancé Mr Claverie, lors de son retour du STO et Francine, trois mois après sa sœur avec un Américain Herbert Harwood. Cette dernière part alors vivre aux États-Unis où elle décède le 26 janvier 1966, la même semaine que le mari de Jacqueline. Celle-ci part à son tour aux États-Unis, mais ne s’y sentant pas bien revient rapidement en France s’occuper de son frère jusqu’à son décès le 18 février 1992 à Bayonne. Jacqueline décède le 14 février 2017 à Jurançon, inhumée à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques).
Voir Oradour-sur-Glane
Sources

SOURCES : Liste des victimes, Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane. — Guy Pauchou, Dr Pierre Masfrand, Oradour-sur-Glane, vision d’épouvante, Limoges, Lavauzelle, 1967, liste des victimes, pp. 138-194. — MémorialGenWeb. — Archives État civil des Pyrénées-Atlantiques, actes de naissances, mariages, décès, registre de matricule militaire. — Jean Crouzet, Loges et Francs-Maçons Côte basque et Bas-Adour (1740-1940), Ed. Atlantica. — Site internet Retour vers les Basses-Pyrénées, Partage d’archives publiques et privées liées au département des Basses-Pyrénées, 1790-1969. — Série Destin Isaac Robert Pinède, Centre de Mémoire, Oradour-sur-Glane. — Louys Riclafe et Henri Demay, Paroles de miraculés, témoignage de Jacqueline Pinède, éditions L’Harmattan (p98 à 100).

Michel Thébault, Isabel Val Viga

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