Né le 1er janvier 1912 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), fusillé comme otage le 30 avril 1942 à Vannes (Morbihan) ; cheminot ; syndicaliste et communiste domicilié à Auray (Morbihan) ; FFC.

Henri Conan
Henri Conan
SOURCE : ANACR-56
Sur le mémorial des fusillés à Saint-Avé
Sur le mémorial des fusillés à Saint-Avé
Dans le hall de la gare d'Auray
Dans le hall de la gare d’Auray
Place de la gare à Auray
Place de la gare à Auray
Sur le monument aux morts d'Auray
Sur le monument aux morts d’Auray
SOURCE :
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson
Henri Conan était le fils d’Armand Conan, cheminot mécanicien, décédé, et de Maggiorina Masotti, d’origine italienne, qui fut buraliste à Lorient de 1930 à 1942. Il avait épousé Anne-Marie Morlaix. Élève de l’école d’ajustage d’Auray (Morbihan), il obtint son diplôme de mécanicien mais, au retour du service militaire, il ne fut pas repris, sans doute en raison de ses opinions communistes. Il travailla alors au chantier de la Seyne (Var) avant d’être repris comme « aide-ouvrier » aux chemins de fer, à Auray, à l’époque du Front populaire. Il était un militant syndicaliste de la CGTU, puis de la CGT dans les années 1930. Il aurait participé à des réunions du comité régional communiste Finistère-Morbihan.

À la suite de la découverte dans le vestiaire de Jean Marca d’un paquet de tracts du Parti communiste, Henri Conan fut arrêté le 28 janvier 1942 en gare d’Auray par la police allemande. Accusé d’être membre du Parti communiste clandestin et d’avoir mis Jean Marca en relation avec un membre de l’organisation, incarcéré à la prison de Vannes, il comparut le 1er mars 1942 en compagnie de Jean Marca devant le tribunal militaire de Vannes, et fut condamné à quatre ans de travaux forcés.
Un train de permissionnaires allemands reliait régulièrement Maastricht (Allemagne), à Cherbourg (Manche) en passant par Caen. Le 16 avril 1942 vers trois heures du matin, des résistants communistes le firent dérailler, à la hauteur d’Airan, près de Moult-Argences (Calvados). Vingt-huit marins furent tués, dix-neuf autres blessés. Un nouvel attentat eut lieu au même endroit dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Dix soldats allemands perdirent la vie, et il y eut vingt-deux blessés. Dès le 21 avril 1942, le commandant en chef des forces d’occupation en France et chef de l’administration militaire Karl Heinrich von Stülpnagel dressa une première liste de trente otages juifs et communistes à fusiller en représailles à l’attentat contre le « SF-Zug 906 » (le train 906).
Henri Conan et Jean Marca, désignés comme otages, furent passés par les armes le 30 avril 1942 dans la prison de Vannes (Morbihan), place Nazareth, Henri Conan à 16 heures. Il a été enterré au cimetière d’Auray en présence de mille à deux mille personnes.

L’acte de décès numéro 253, dressé en mairie de Vannes le le 4 mai 1942 sur la déclaration de Jules Nicollic, chef de Bureau de l’état civil, le déclare « décédé le 30 avril 1942 à 16 heures 2, place Nazareth », et porte la mention marginale « Fusillé » ajoutée au crayon. [L’adresse de la prison de Vannes en 2019 est 12, place Nazareth].
Dernière lettre adressée par Henri Conan à sa famille :
Très chers tous, (Armand, maman, Madeleine et tous ceux que j’aimais, tous, parents et amis)
Je vais mourir, certes, mais sachez que je serai brave. Certes, un léger tremblement agite ma main en vous écrivant, mais même ce léger tremblement sera dominé tout à l’heure.
À vous Armand et Madeleine revient de droit la tutelle de Jacqueline... Je vous confie
l’éducation morale de Jacqueline. Je pense qu’avec vous et surtout avec toi, mon cher Armand, tu lui feras oublier qu’elle n’a plus de papa.
À toi, ma chère maman, je te fais une peine de plus. Toi surtout qui ne m’as jamais compris, sache que je meurs pour une cause qui m’est chère entre toutes.
J’en suis seul responsable, n’accuse pas de tierces personnes. Je t’ai fait de la peine, je t’en demande pardon.
Je vais terminer en disant que tout ce que je possède ( pas grand chose malheureusement) doit aller à ma femme adorée et à ma petite Jacqueline chérie.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur.
Je n’oublie pas Monsieur et Madame Raude et Georges à qui je souhaite un brillant succès pour son examen. Embrassez bien aussi tous mes amis d’Auray et d’ailleurs ainsi que leur famille.
Je vous quitte définitivement en vous assurant que je vous ai toujours aimé.
 
Votre cher Henri

Son épouse, « veuve de Fusillé, Auray-Gare », fut candidate sur la liste d’Union républicaine, résistante et antifasciste d’Auray, aux élections municipales de mai 1945.
Son frère Armand Conan, né le 12 octobre 1920 à Brech (Morbihan), adhéra au Parti communiste après la mort d’Henri et représenta le Parti communiste au comité départemental de Libération. Instituteur à Auray, rédacteur en chef de l’Espoir du Morbihan (organe de la région du Morbihan du PCF) et membre du bureau régional communiste, il fut membre du comité départemental de confiscation des profits illicites, et syndicaliste du Syndicat national des instituteurs (SNI). Nommé dans le Var, il fut maire communiste de Carqueiranne de 1971 à 1983.

Henri Conan a obtenu la mention « Mort pour la France » le 21 février 1945, comme il est indiqué en marge de son acte de décès, où figure aussi une mention additive datée du 3 juin 1947, qui indique qu’il était « soldat des Forces française de l’intérieur ». Les FFI n’étaient pas encore en place lorsqu’il a été fusillé et, selon son dossier au Service historique de la Défense, il a été homologue FFC (Forces françaises combattantes).

À Saint-Avé, le nom d’Henri Conan est inscrit sur le mémorial des fusillés.
À Auray, il figure sous l’orthographe « Connan » sur la plaque commémorative apposée à l’intérieur de la gare SNCF ainsi que sur la stèle « À la mémoire des cheminots tués pour fait de guerre » érigée place de la Gare, et sous l’orthographe « Conan » sur la plaque « Guerre 1939-1945 » du monument aux morts de la ville apposée par le Souvenir français.
Sources

SOURCES : Arch. Nat. F60/1525 (communiqué par M. Moreau). – AVCC B VIII, dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – SHD, Vincennes, 140021 et GR 16 P 140021. — Arch. Dép. Loire-Atlantique, 305 J. — Article de Roger Le Hyaric dans Les Cahiers de l’Institut CGT d’histoire sociale de Bretagne, numéro spécial 1895-1995, le centenaire de la CGT. – L’Espoir du Morbihan, 1945. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur éditeur à Mayenne, 1978. – Renseignements communiqués par Armand Conan, Eugène Kerbaul et l’Institut CGT d’histoire sociale de Bretagne. — " Il y a 70 ans la répression nazie frappait les cheminots d’Auray " (article reproduisant la dernière lettre d’Henri Conan), Ami entends-tu..., n° 157, 3e trimestre 2012. — Site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan. — Mémorial GenWeb. — État civil, Vannes (acte de décès) ; Auray (transcription de l’acte de décès).

Claude Pennetier ; Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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