A Saint-Antonin-sur-Bayon, un maquis FTP constitué en juin 1944, fut attaqué le 16 juin 1944 par les troupes allemandes. Treize résistants y furent tués, tombés au combat ou exécutés.

Mémorial de Saint-Antonin-sur-Bayon, stèle
Mémorial de Saint-Antonin-sur-Bayon, stèle
Cliché Robert Mencherini
Mémorial de Saint-Antonin-sur-Bayon, vue d'ensemble
Mémorial de Saint-Antonin-sur-Bayon, vue d’ensemble
Cliché Robert Mencherini
La commune de Saint-Antonin-sur-Bayon se situe au pied du versant sud du massif de la Sainte-Victoire. Surplombée par la montagne chère à Paul Cézanne, parcourue par la petite rivière du Bayon, elle s’étend des escarpements de la Sainte-Victoire jusqu’à la grande barre rocheuse qui ferme le plateau du Cengle et domine la vallée de l’Arc. Ce territoire, d’accès malaisée et peu peuplé (52 habitants en 1936), est le domaine des garrigues, de la forêt méditerranéenne et de quelques fermes avec vignobles et oliveraies. Située à une quinzaine de kilomètres d’Aix-en-Provence et à une quarantaine de Marseille, il est très proche du bassin minier de Provence, tous lieux, où, en 1944, la Résistance recrutait.
Le maquis de Saint-Antonin-sur-Bayon se constitua en plusieurs temps. Les premiers maquisards provinrent d’un autre regroupement effectué sur le flanc nord de la Sainte-Victoire, dans la commune de Vauvenargues, au nord-est du village, à la ferme dite de Lambruisse. Il était composé de résistants libérés de la maison d’arrêt d’Aix-en-Provence par une évasion collective. Celle-ci eut lieu dans la nuit du 23 au 24 avril 1944, organisée par les FTP d’Aix-en-Provence, sous la direction du responsable militaire du secteur, André Claverie, Jean-Paul. Cette nuit-là, avec la complicité d’un gardien et d’un détenu de droit commun, un groupe de FTP ouvrit les portes des cellules pour près d’une trentaine de prisonniers politiques. Ils empruntèrent le souterrain qui conduit de la prison au Palais de justice, traversèrent la ville d’Aix, sous la protection de FTP armés, et gravirent les chemins, qui, au milieu de la garrigue, conduisent à la Sainte-Victoire. Épuisés, les hommes arrivèrent à Lambruisse dans la soirée du 24 avril, après une marche de vingt-cinq kilomètres. Des abris provisoires furent construits dans les collines au dessus de la ferme, tenue par un couple d’anarchistes italiens sympathisants. Les évadés, au bout de quelque temps, furent ventilés en fonction des nécessités et de leurs compétences, en lien avec un responsable aux cadres, dépêché tout exprès, Jules Jolivet, Oscar . Le gardien de prison, le détenu de droit commun et trois anarchistes quittèrent le maquis. Quelques résistants furent affectés à d’autres tâches et lieux. Des raisons de santé jouèrent également : Raphaël Montarello*, durement torturé par la police, fut mis au vert dans les Basses-Alpes où il reprit ensuite du service, Garabed Azarian*, blessé lors de l’évasion fut caché à Aix. Le groupe, réduit à une douzaine d’hommes, fut transféré, par sécurité, le 8 ou 9 juin 1944, sur l’autre versant de la montagne Sainte-Victoire.
Le maquis s’installa à Saint-Antonin-sur-Bayon, à proximité de la ferme de Bayle et d’un point d’eau, dans le Cengle. André Claverie*, Jean-Paul , en était le responsable extérieur assisté d’Albert Wintzer, Vosges. Le ravitaillement était organisé à partir d’Aix. De jeunes gens de la région vinrent rapidement le renforcer. Et, le 13 juin 1944, guidés par des résistants aixois, une demi-douzaine de rescapés du maquis de Sainte-Anne à Lambesc, attaqué la veille par les Allemands, rallièrent Saint-Antonin. Au sein du maquis dont les effectifs fluctuants s’élevèrent jusqu’à vingt-cinq hommes, les responsabilités furent réparties. Pierre Gandolfo en fut nommé responsable militaire, Gilbert Charmasson*, commissaire aux effectifs et Amédée Perier*, instructeur militaire et responsable à l’armement.
Le lieu de stationnement du maquis était, semble-t-il, provisoire et celui-ci était appelé à déménager de nouveau ou même à se morceler. Mais une intervention allemande en décida autrement.
Le 16 juin 1944, à 6 heures du matin, des troupes allemandes, lourdement armées, investirent le plateau du Cengle et attaquèrent le maquis. Les maquisards firent face et menèrent le combat, mais treize d’entre eux furent massacrés, certains fusillés après avoir été capturés. D’autres, comme Denis Ardevol, Raymond Camus, Maurice Mérindol, Jacques Stanislas, purent échapper à la tuerie. Les Allemands saisirent l’armement qu’ils trouvèrent et fouillèrent toutes les fermes du plateau du Cengle.
Avisés à 11 heures, les gendarmes d’Aix-en-Provence se rendirent sur les lieux, accompagnés par deux médecins. Ils découvrirent des corps dispersés près du château de Saint-Antonin, du lieu-dit « Les Masques, ou dans le bois du Cafard. Pierre Gandolfo, grièvement blessé et laissé pour mort par les Allemands, fut soigné et transporté à l’hôpital d’Aix-en-Provence où il fut opéré avec succès. Des résistants aixois, informés du drame, se rendirent également à Saint-Antonin et participèrent à l’inhumation de la plupart des victimes dans le cimetière du château de Saint-Antonin. Par la suite, les corps furent exhumés et remis aux familles qui organisèrent leur transfert dans d’autres cimetières. Pierre Gandolfo fut sauvé par André Claverie qui, employé à l’hôpital d’Aix, organisa son évasion. Soigné clandestinement dans une clinique de Gémenos, il survécut.
Treize victimes furent décomptées : Michel Audibert*, Antoine Caria*, Gilbert Charmasson*, Jean de Bernardy*, Élie Eymard*, Marc Gautier*, Francis Jues*, Adrien Lèbre*, Amédée Perier*, Laurent Piazzetti*, Armel Puppo*, Marius Serponti*, Roger Zemiro*. Leurs noms figurent sur le mémorial édifié sur le plateau de saint-Antonin-sur-Bayon et sur une plaque apposée dans le carré militaire du cimetière.
Les résistants s’interrogèrent sur les circonstances qui amenèrent les Allemands à intervenir contre le maquis de Saint-Antonin. Pour certains d’entre eux, les occupants avaient été renseignés par des individus suspects interpellés la veille, à proximité du camp, par les maquisards qui les relâchèrent. On mit également en cause le traître Seignon de Possel, Noel ou Érik, qui avait vendu le maquis de Sainte-Anne (voir ce lieu de d’exécutions et de massacres) et les autres maquis du 6 juin 1944. La parution des mémoires de Robert Burdett, Firmin, agent du SOE (Special operations executive) et dirigeant de la semission Gardener, sous forme d’un récit rédigé par Evelyn Le Chêne – mentionné en sources - apporta un élément nouveau. Le 11 juin 1944, Robert Burdett avait organisé, avec une autre équipe de résistants, deux parachutages dans le secteur sud de la Sainte-Victoire. Ces opérations attirèrent l’attention des Allemands. Plusieurs appareils de la Luftwaffe survolèrent la zone pendant la nuit et lancèrent de nombreuses fusées éclairantes. Le détachement allemand qui intervint le 12 juin au matin était peut-être à la recherche du matériel parachuté et des résistants préposés à l’accueil du parachutage, par ailleurs manqué, qui devait avoir lieu sur le plateau du Cengle (que Robert Burdett nomme « Sanglier »). Ce serait donc un peu par hasard que les occupants découvrirent le maquis de Saint-Antonin.
Quoiqu’il en soit, le maquis de Saint-Antonin-sur-Bayon se distinguait des maquis constitués au moment du débarquement de Normandie, qui étaient, dans les Bouches-du-Rhône, de sensibilité Mouvement de Libération nationale (MLN) ou ORA (Organisation de Résistance de l’armée). On sait que les FTP, d’une part, n’étaient pas favorables à des concentrations importantes et permanentes de résistants et, de l’autre, privilégiaient l’action au sein des entreprises et des villes. L’histoire de ce maquis montre que c’est d’abord par nécessité que les FTP d’Aix-en-Provence, le créérent : il fallait mettre hors d’atteinte, provisoirement, les résistants évadés de la prison d’Aix, comme il était indispensable, en d’autres lieux, de prendre en charge les réfractaires au STO (Service travail obligatoire).
Tous les ans, une cérémonie a lieu au mémorial et au cimetière de Saint-Antonin pour honorer les résistants tombés le 12 juin 1944.
Sources

SOURCES : AVCC Caen 21P divers dossiers de morts pour la France. — Arch. Dep. Bouches-du-Rhône, 76W129, rapport du commandant de la section de gendarmerie d’Aix sur une opération de nettoyage entreprise par les troupes allemandes contre les groupes de résistants de la région de Saint-Antonin, 17 juin 1944. — AD BdR 76 W 129, rapport du commandant de la section de gendarmerie d’Aix sur les mesures prises par les troupes allemande contre les groupes de résistance sur le territoire de la section de gendarmerie d’Aix-en-Provence, 19 juin 1944. — Arch. Dep. Bouches-du-Rhône, 8W67. — Arch. Dep. Bouches-du-Rhône, 2159W, dossiers CVR. — Arch. Mun. Saint-Antonin-sur Bayon, dossier concernant les FFI morts pour la France, décès 1944. —Arch. Mun. Aix-en-Provence, 6H57, 6H58, 6H61. — Arch. ANACR Aix-en-Provence. — Entretiens avec André Claverie et Raymond Camus. — Marcel-Pierre Bernard, « Les communistes dans la Résistance. Marseille et sa région », thèse de doctorat de 3e cycle, sous la dir. Émile Temime, Université de Provence Aix-Marseille 1, 1982. — Jean-Maurice Claverie, La Résistance, notre combat, Histoire des FTPF du pays d’Aix , Beaurecueil, Ed Au seuil de la vie, 1991. — Evelyn Le Chêne, Watch for me by Moonlight. A British agent with the French Resistance , London, Gorgi Book, 1974. — Robert Mencherini, Résistance et Occupation, 1940-1944, Midi rouge, Ombres et lumières. Histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône, 1930 - 1950 , tome 3, Paris, Syllepse, 2011. — Jean-Claude Pouzet, La Résistance mosaïque , Marseille, Jeanne Laffitte, 1990. — État civil.

Robert Mencherini

Version imprimable