Né le 27 décembre 1920 à Sainte-Cécile (Vendée), guillotiné après condamnation à mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel (Allemagne) ; étudiant en philosophie à Poitiers (Vienne) ; résistant, réseau Renard.

Jacques Moreau vécut son enfance à l’Aiguillon-sur-Mer(Vendée) où son père, ancien combattant de la guerre 1914-1918 et grand mutilé, était installé comme marchand de cycles. Sa mère y était institutrice et directrice de l’école communale de filles. Après sa scolarité à l’école élémentaire, il entra en 1931 au collège de Luçon (Vendée) en 1931 d’où il sortit bachelier en 1938.
Brillant élève, il partit alors pour Poitiers (Vienne) afin d’y suivre les classes préparatoires en Lettres, au lycée Henri IV, afin de présenter le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure. La défaite de la France mit fin à ce projet et Jacques Moreau devint à la faculté des Lettres de Poitiers, étudiant en philosophie. Animé dès 1940 par l’esprit de Résistance, il fut rapidement contacté par maître Louis Renard, avoué à Poitiers, officier durant la guerre 1914-1918. Ce dernier, dès août 1940, écrivit au général de Gaulle pour l’assurer de son désir de poursuivre le combat contre l’envahisseur allemand. Plusieurs personnes, désireuses de lutter contre l’occupant, se regroupèrent alors autour de Louis Renard. Jacques Moreau, que Louis Renard avait rencontré et apprécié lorsqu’il était avant-guerre président de l’association des anciens élèves du lycée Henri IV, intégra ce petit groupe. Louis Renard séduit par son intelligence et son sens de l’organisation en fit le leader du groupe des jeunes, qu’il réunissait fréquemment chez lui pour débattre des évènements et écouter la BBC. Un réseau d’inspiration gaulliste, se mit peu à peu en place, actif sur le secteur de Poitiers dans les domaines de la propagande (« Le Libre Poitou » dont le premier numéro sortit le 11 novembre 1940), de la collecte de renseignements sur l’occupant et des filières de passage de la ligne de démarcation. D’autres vendéens adhérèrent par la suite à ce petit groupe dont André Péchereau dont le père tenait à La Roche-sur-Yon, le Café de la Paix et qui devint un lieu de rencontre de la résistance yonnaise. Une difficulté majeure de Louis Renard était d’établir un contact avec Londres et la direction du mouvement gaulliste. Cette liaison fut obtenue par l’intermédiaire de Jacques Moreau et d’André Péchereau qui à l’été 1941 parvinrent à entrer en contact avec un assureur de La Roche-sur-Yon (Vendée) membre du réseau de renseignements, l’A.V. (Armée des Volontaires), rattachée au BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action) de la France Libre. Cette initiative et l’entremise de l’AV permit à Louis Renard d’entrer en rapport avec un représentant de la France Libre qui fit à plusieurs reprises le voyage de Poitiers. Progressivement, le réseau Renard se transforma en un réseau de résistance à part entière : communication à Londres de renseignements sur l’implantation des troupes militaires allemandes en Poitou-Charentes, Jacques Moreau, assurant par ses séjours vendéens la surveillance des fortifications côtières. Chargé d’en relever les plans, il transmit, notamment en janvier 1942, un plan détaillé d’un terrain d’aviation aménagé par la Luftwaffe dans le secteur Niort-La Rochelle.
À la suite d’excès de zèle manifestes tant de l’administration des PTT que de la police française et du préfet, tous désireux au moment de la signature des accords Oberg/Bousquet de prouver leur pleine collaboration avec l’Allemagne, le réseau fut démantelé à la fin de l’été 1942. Les premières arrestations et les renseignements obtenus permirent à la SIPO-SD d’Angers d’arrêter Jacques Moreau le 3 septembre 1942 alors qu’il était en vacances chez ses parents à L’Aiguillon-sur-Mer. D’abord incarcéré à la prison d’Angers il fut transféré, par la suite, avec tout le groupe Renard, dans la section allemande de la prison de Pierre-Levée à Poitiers. Il fut avec 28 de ses compagnons transféré à la prison de Fresnes le 12 février 1943.
Ils furent ensuite déportés vers Trèves le jeudi 18 février dans un transport NN parti de la gare de l’Est ; les déportés furent placés dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires, accrochés au train Paris-Berlin. Sur les 39 hommes déportés dans ce transport, se trouvaient les 29 membres du réseau Renard. Après une journée de voyage, le transport parvint en gare de Trêves. Le lendemain ils prirent un autre train en direction de Reinsfeld, à 7 kilomètres du SS-Sonderlager Hinzert où ils durent se rendre à pied. Le 19 avril 1943, les rescapés du réseau Renard furent transférés à la « prison de prévention » de Wolfenbüttel (Basse-Saxe, Allemagne) pour être jugés. Atteint d’une scarlatine compliquée en diphtérie, Jacques Moreau dut entre temps être soigné à l’hôpital de Trêves (où grâce à un prisonnier français il put faire parvenir et recevoir des courriers de sa famille). Le 30 juillet 1943 il rejoignit ses camarades du réseau déportés N.N. à la prison forteresse de Wolfenbüttel. Fin mai, onze d’entre eux dont Jacques Moreau avaient reçu notification écrite d’une accusation portée contre eux pour complot contre l’Allemagne et devant conduire à un procès devant le tribunal du peuple (Volksgericht). Le tribunal du peuple était divisé en 6 sénats ou chambres. L’un d’entre eux vint siéger les 12 et 13 octobre 1940 à Wolfenbüttel. A l’issue d’une procédure uniquement à charge, les dix accusés restant après la mort de Georges Duret en prison, et Jacques Moreau parmi eux, furent condamnés à mort le 13 octobre 1943 pour le motif suivant : « membre d’un groupement gaulliste en relation avec l’ennemi et portant atteinte à la sûreté des troupes d’occupation ». Ils furent décapités le 3 décembre 1943 entre 18 heures 30 et 18 heures 40 dans un bâtiment de la prison.
Jacques Moreau obtint la mention mort pour la France et mort en déportation. Il fut fait à titre posthume Chevalier de la légion d’honneur, obtint la Croix de guerre avec palme et la médaille de la Résistance. Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Sainte-Cécile sa commune natale et sur celui de l’Aiguillon-sur-Mer. Son nom figure également sur le monument commémoratif du réseau Renard au cimetière de Chilvert à Poitiers qui comprend 11 plaques, celles des dix condamnés à mort et celle de Georges Duret.
Sources

SOURCES : Jean Henri Calmon La chute du réseau Renard Poitiers 1942. Le S.S., le préfet et le résistant, Geste éditions, 2015 — ONAC de la Vendée Mémoire de déportés, Jacques Moreau — site internet VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation) — Mémoire des Hommes — Mémorial genweb.

Michel Thébault

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