Né le 1er mars 1903 à Saint-Pierre-d’Exideuil (Vienne), guillotiné après condamnation à mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel (Allemagne) ; huissier à Civray (Vienne) ; résistant, réseau Renard.

Pierre Pestureau était le troisième enfant de Pierre, Gabriel, Germain Pestureau âgé de 32 ans à sa naissance, cultivateur et propriétaire, et de Marie, Françoise, Joséphine, Eugénie Thénault âgée de 32 ans, tous deux domiciliés aux Champs, commune de Saint-Pierre-d’Exideuil. Son père, propriétaire de nombreuses terres dans le canton, fut maire de Saint-Pierre-d’Exideuil et conseiller général du canton de Civray de 1920 à 1928. Pierre Pestureau fit comme son frère aîné Léo des études de droit. Il devint huissier de justice. Il se maria à Civray le 21 avril 1927 avec Sarah, Marie, Madeleine Bernard. Le couple s’installa à Civray, dans la maison des Bernard, au 17 rue des Arts, Pierre Pestureau y exerçant son métier, dans l’étude de son beau-père, Pierre Bernard, lui-même huissier de justice. Ils eurent deux enfants, Yvonne, née le 25 janvier 1929, et Gilbert, né le 8 février 1933. Pierre Pestureau, sous-officier d’artillerie de réserve à l’issue de son service militaire fut mobilisé en 1939.
Il fut rapidement animé après la défaite de 1940 par l’esprit de Résistance (il en fut de même pour son frère Léo, notaire, et sa femme Marguerite, qui, de leur côté, participèrent activement à un réseau de résistance à Saint Maur, en région parisienne). Il fut contacté en octobre 1941 par maître Louis Renard, avoué à Poitiers, officier durant la guerre 1914-1918. Ce dernier, dès août 1940, avait écrit au général de Gaulle pour l’assurer de son désir de poursuivre le combat contre l’envahisseur allemand. Il mit peu à peu en place un réseau d’inspiration gaulliste, actif sur le secteur de Poitiers dans les domaines de la propagande (« Le Libre Poitou » dont le premier numéro sortit le 11 novembre 1940), de la collecte de renseignements sur l’occupant et des filières de passage de la ligne de démarcation. C’est la volonté d’étendre son action à des secteurs plus larges de la région, qui amena Louis Renard à prendre contact avec Pierre Pestureau. Celui-ci accepta de se mettre à la disposition du réseau au début de 1942, et de recruter des résistants dans son secteur géographique. « Dans ce but, il organisa chez lui, le 12 juillet 1942, une réunion au cours de laquelle Louis Renard, accompagné de Louis Toussaint, fit part de son projet » (Jean Henri Calmon op. cit.).
À la suite d’excès de zèle manifestes tant de l’administration des PTT que de la police française et du préfet, tous désireux au moment de la signature des accords Oberg/Bousquet de prouver leur pleine collaboration avec l’Allemagne, le réseau fut démantelé à la fin de l’été 1942. Les premières arrestations et les renseignements obtenus permirent à la police française d’arrêter Pierre Pestureau le 1 septembre 1942 à Civray. Il fut incarcéré avec tout le groupe Renard, dans la section allemande de la prison de Pierre-Levée à Poitiers. Il fut avec 28 de ses compagnons transféré à la prison de Fresnes le 12 février 1943.
Ils furent ensuite déportés vers Trêves le jeudi 18 février dans un transport NN parti de la gare de l’Est ; les déportés furent placés dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires, accrochés au train Paris-Berlin. Sur les 39 hommes déportés dans ce transport, se trouvaient les 29 membres du réseau Renard. Après une journée de voyage, le transport parvint en gare de Trêves. Le lendemain ils prirent un autre train en direction de Reinsfeld, à 7 kilomètres du SS-Sonderlager Hinzert où ils durent se rendre à pied. Le 19 avril 1943, les rescapés du réseau Renard furent transférés à la « prison de prévention » de Wolfenbüttel (Basse-Saxe, Allemagne) pour être jugés. Fin mai, onze d’entre eux dont Pierre Pestureau avaient reçu notification écrite d’une accusation portée contre eux pour complot contre l’Allemagne et devant conduire à un procès devant le tribunal du peuple (Volksgericht). Le tribunal du peuple était divisé en 6 sénats ou chambres. L’un d’entre eux vint siéger les 12 et 13 octobre 1940 à Wolfenbüttel. A l’issue d’une procédure uniquement à charge, les dix accusés restant après la mort de Georges Duret en prison, et Pierre Pestureau parmi eux (considéré comme le responsable de la zone sud), furent condamnés à mort le 13 octobre 1943 pour le motif suivant : « membre d’un groupement gaulliste en relation avec l’ennemi et portant atteinte à la sûreté des troupes d’occupation ». Ils furent décapités le 3 décembre 1943 entre 18 heures 30 et 18 heures 40 dans un bâtiment de la prison.
Pierre Pestureau obtint la mention mort pour la France et mort en déportation. Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Civray où une rue porte son nom et sur le monument commémoratif du réseau Renard au cimetière de Chilvert à Poitiers qui comprend 11 plaques, celles des dix condamnés à mort et celle de Georges Duret.
Ma femme chérie, mes chers enfants
 
C’est vers vous, vers mes parents et mes beaux-parents que vont mes dernières pensées.
Depuis que j’ai quitté Poitiers nous avons tous bien souffert et je ne pensais pas que l’on eut attendu un an pour nous condamner à mort, ainsi que cela a été fait le 13 novembre dernier.
C’est aujourd’hui seulement, 3 décembre, que l’on m’informe que je dois être exécuté à 18h50. Je meurs en Français ou tout au moins je vais essayer de bien me comporter. J’ai communié ce matin et Dieu je pense me donnera la force de mourir dignement. Portejoie et Grillas vous donneront des détails. Mon avocat Me Kahn de Brunswik vous dira comment nous avons été jugés. Voici mes dernières volontés et désirs : Reçois ma chère femme mes derniers baisers et pardonne moi tous les chagrins que j’ai pu te causer, fais dire des prières pour moi et nous nous retrouverons près de Dieu un jour. Que mon Yvonne chérie soit une bonne mère de famille et pense à moi dans les moments difficiles de sa vie. Quant à mon Gilbert chéri qu’il travaille bien et soit un bon Français, je le guiderai de là-haut, qu’il ne pense pas à la vengeance de ma mort, tout imméritée qu’elle soit ! Je voudrais qu’il ait la Chevrolière et la maison Jozeau si possible et qu’il prenne une situation près de vous. Que Belle maman me pardonne les ennuis que je lui ai causés ainsi que mon cher vieux Beau-père.
J’espère que vous vivrez longtemps et que vous verrez la Victoire que je ne puis voir hélas !!
Adieu à tous ! Adieu !!
Je vais être guillotiné comme un simple assassin ! Votre mari et père qui vous aime Pierre
Rajouté à gauche dans la marge :
VIVE LA FRANCE !!
Fais mes adieux à ma vieille mère et à mon père, frère et sœur.
 
Chère femme
 
Pour la 1ère fois depuis 1 an je puis presque manger à ma faim et fumer quelques cigarettes en pensant à vous et en priant Dieu de me permettre de mourir dignement.
Si nos Cousins Lebeau que j’oubliais dans ma première lettre mais qui sont et étaient aussi ainsi que la famille Berjonneau dans ma pensée ne prennent pas la propriété de Savigné, vendez la, sauf le Bois Montagne, cela paiera la dot à Yvonne et les études de Gilbert.
Vends aussi la voiture que j’ai achetée et qui est à Aurillac sous la garde du mari de la Receveuse des postes son nom m’échappe. Les papiers sont chez Goulat Notaire à Usson
Adieu on vient me chercher et te dis un dernier adieu ainsi qu’à mes chers petits.
Je suis vêtu seulement d’un pantalon percé d’un bourgeron et Adieu !!
Adieu
Pierre (+ sa signature)
on a même pas le temps de mourir
Sources

SOURCES : Jean Henri Calmon La chute du réseau Renard Poitiers 1942. Le S.S., le préfet et le résistant, Geste éditions, 2015 — site internet VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation), documents fournis par Charlotte Pestureau-Perelman (petite fille de Pierre Pestureau) — Mémoire des Hommes — Mémorial genweb.

Michel Thébault

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