Lairière (Aude) est un village des Corbières dont la population était de 103 habitants au recensement de 1936. Il se situait au cœur d’un massif pré-pyrénéen favorable au cantonnement de maquis. Au printemps de 1944, un maquis de l’Armée secrète (AS), s’était installé dans les Corbières, près de Villebazy ; 26 juillet les deux chefs du maquis « Vincent-Faïta » des FTPF audois, accompagnés par trois autres maquisards firent une reconnaissance automobile dans les Corbières afin de repérer un lieu favorable afin d’y installer le maquis, repéré et menacé par les Allemands dans le Kercorb, sur la rive occidentale de l’Aude. Les cinq hommes se heurtèrent à un convoi allemand près du village de Lairière. À l’issue d’un combat inégal, trois d’entre eux furent tués ; un autre, mortellement blessé, périt trois jours plus tard ; le cinquième fut fait prisonnier.

Lairière (Aude). Fouroubado, sur le bord de la RD 40. Monument aux victimes du combat du 26 juillet 1944 opposant des maquisards FTPF à des Allemands.
Lairière (Aude). Fouroubado, sur le bord de la RD 40. Monument aux victimes du combat du 26 juillet 1944 opposant des maquisards FTPF à des Allemands.
Vue générale du monument.
Cliché André Balent, 11 novembre 2018.
Lairière (Aude). Fouroubado, sur le bord de la RD 40. Monument aux victimes du combat du 26 juillet 1944 opposant des maquisards FTPF à des Allemands.
Lairière (Aude). Fouroubado, sur le bord de la RD 40. Monument aux victimes du combat du 26 juillet 1944 opposant des maquisards FTPF à des Allemands.
Détail (1)
Cliché André Balent, 11 novembre 2018
Lairière (Aude). Fouroubado, sur le bord de la RD 40. Monument aux victimes du combat du 26 juillet 1944 opposant des maquisards FTPF à des Allemands.
Lairière (Aude). Fouroubado, sur le bord de la RD 40. Monument aux victimes du combat du 26 juillet 1944 opposant des maquisards FTPF à des Allemands.
Détail (2)
Cliché André Balent, 11 novembre 2018
Lairière (Aude). Monument initialement érigé près de la Fouroubado le long de la RD 40, remplcé par le précédent et transféré contre le mur méridional de l'église de Lairière
Lairière (Aude). Monument initialement érigé près de la Fouroubado le long de la RD 40, remplcé par le précédent et transféré contre le mur méridional de l’église de Lairière
Cliché André Balent, 11 novembre 2018.
Les FTPF de l’Aude et le maquis « Vincent-Faïta » :
Ce fut Joseph Loupia alias « Blucher » qui impulsa la formation des FTPF de l’Aude, rattachés à l’Interrégion de Montpellier (Hérault) des FTPF, regroupant plusieurs « régions » dont la « région A », c’est-à-dire l’Hérault et l’Aude. Le premier maquis des FTPF créé dans la « haute vallée de l’Aude » (dans le département de l’Aude, car la très haute vallée de ce fleuve, le Capcir, fait partie des Pyrénées-Orientales et une autre partie de la « haute vallée », sur la rive gauche, le Donezan, est rattachée à l’Ariège). Ce maquis fut rapidement subdivisé en deux groupes, l’un dans le Quercorb (ou Kercorb) autour de Montjardin (Aude), l’autre dans les environs du village de Mijanès dans le Donezan (Ariège). Plus tard, un troisième maquis des FTPF fut créé dans l’Aude, près de Gaja-la-Selve, dans le Lauragais. Le groupe de Mijanès se déplaça ensuite au Bousquet (Aude) et devint autonome sous le nom de maquis « Jean-Robert ».
Le groupe du Kercorb devint le maquis « Vincent-Faïta » qui fut initialement dirigé par Loupia. Lorsque ce dernier put s’évader de la prison de Limoux et prit en octobre 1943, le commandement de l’Interrégion FTPF de l’Aveyron-Tarn, ce fut Joseph Alcantara, en dépit de son jeune âge et de son peu d’expérience militaire qui, « commissaire aux effectifs » prit la direction de ce maquis, avec comme adjoint André Riffaud alias « Michel Gabin », « commissaire technique » encore plus jeune que lui. Pour accéder à de telles responsabilités, ces deux jeunes étaient forcément membres du PC clandestin et avaient la confiance de militants plus âgés et de la hiérarchie régionale du parti. Se trouvant dans le Kercorb, autour de Chalabre, le maquis « Vincent-Faïta » finit par se stabiliser à la ferme des Roudiès, dans la commune de Montjardin (Aude). Mais, après une attaque (23 mai 1944) d’Allemands amenés à pied d’œuvre par des miliciens (René Bach, l’interprète alsacien de la Sipo-SD de Carcassonne, tortionnaire redouté, était présent), le maquis « Faïta » fut sauvé grâce au jeune Auguste Cathala, de la ferme de Vinsous, qui, invité à conduire la colonne jusqu’à la ferme des Roudiès, préféra être torturé et périr d’une balle dans le dos.
Alcantara, Riffaud et leurs hommes parvinrent à déjouer le piège qui leur était tendu et s’implantèrent dans le secteur de Courtauly. Mais leur situation devenait précaire dans le Kercorb. Alcantara et Riffaut décidèrent de transférer le cantonnement du maquis sur l’autre rive de l’Aude, dans les Corbières.
Reconnaissance dans les Corbières et combat de Lairière (26 juillet 1944 :
Les 26 et 27 juillet 1944, le maquis « Vincent-Faïta » fut décapité (mais non entièrement détruit) par les Allemands. Dénoncée, sa présence à Courtauly était connue, sans doute initialement, par la Milice. Le général Johannes Blaskowitz chef du groupe d’armées G dont l’état-major installé à Rouffiac-Tolosan (Haute-Garonne), donna l’ordre, après le 6 juin 1944, d’attaquer tous les maquis susceptibles d’entraver les communications militaires le long de l’axe Toulouse-Nîmes. L’anéantissement de « Vincent-Faïta », comme celui d’autres maquis indépendamment de leur affiliation, était désormais le principal objectuf allemand dans l’attente d’un débarquement sur les côtes méditerranéennes.
Dans la perspective d’un déplacement du maquis Vincent-Faïta dans les Corbières. Un groupe de cinq FTPF de ce maquis — Joseph Alcantara, André Riffaud qui conduisait l’automobile du maquis, une puissante Ford V8, Gaston Prat, Attilio Donati et Bourges — franchit donc l’Aude afin d’effectuer une reconnaissance dans les Corbières, sur l’autre rive de l’Aude, dans la vallée de l’un de ses principaux affluents, l’Orbieu. Ils prospectèrent d’abord le secteur de Villebazy (Aude), puis se dirigèrent vers l’est, à Mouthoumet (Aude) où ils envisageaient implanter leur cantonnement. Mais les Allemands parcouraient cette partie des Corbières, à la recherche du maquis de Villebazy, de l’AS (le corps franc « Lorraine » commandé par Arnaud). Ils tombèrent inopinément sur la Ford des FTPF du maquis « Vincent-Faïta ». L’accrochage eut lieu vers 11 heures/11 heures 30, sur les lacets du col de la Loubière au lieu-dit Founroubado à 1 kilomètre au-dessus du village de Lairière qu’ils venaient de traverser. Les villageois de Lairière qui venaient d’assister à un enterrement à l’église entendirent les coups de feu. Le véhicule des FTPF fut surpris par un détachement motorisé allemand d’environ quarante hommes.
Les victimes du combat du 26 juillet 1944 :
Donati et Prat furent immédiatement fauchés par les balles allemandes. Riffaud, grièvement blessé à la jambe fut capturé. Il resta trois jours sans soins à Carcassonne et fut finalement amené à la clinique du docteur Delteil de cette ville où le chirurgien Pierre Roueylou ne put juguler la gangrène qui l’a terrassé. Bourges, caché sous la voiture, fut aussi amené à Carcassonne. Il parla sous la torture et, incarcéré à la maison d’arrêt de Carcassonne, il ne trouva la liberté que grâce à la Libération de la ville, le 19 août 1944. Quant à Joseph Alcantara, il tint tête aux Allemands pendant une dizaine de minutes : depuis un ravin, il ne cessa de tirer contre les Allemands ; blessé, il finit par recevoir une balle qui le tua. Les Allemands s’acharnèrent contre lui. On retrouva son cadavre avec la mâchoire écrasée, le corps percé de coups de baïonnette, une balle dans la poitrine et une autre dans la jambe. Ses dents en or lui furent dérobées. Le lendemain, le 27 juillet, à la recherche de « Vincent-Faïta », dans la région de Chalabre, trois-cents Allemands avaient été dépêchés avec quinze camions depuis Foix (Ariège) afin d’accrocher et d’anéantir le maquis « Vincent-Faïta » dont le gros des effectifs se trouvait encore dans le secteur avant de s’installer dans le nouveau cantonnement des Corbières. Finalement le maquis réussit à gagner Salvezines où ses effectifs vinrent renforcer ceux du maquis Jean-Robert commandé par Victor Meyer. Cinq maquisards furent toutefois tués (Voir Helmut Thomas).
Les monuments commémoratifs de Lairière :
Il y a à Lairière deux monuments rappelant les combats du 26 juillet 1944. Peu après la Libération, une première stèle fut érigée près le Founroubado, sur les lieux mêmes de l’affrontement mortifère entre les maquisards et les Allemands. Cette stèle porte l’inscription suivante : « Les amis des FTP de Limoux à leurs camarades [suivent les quatre noms] assassinés par les Boches le 25 (sic) juillet 1944. Ils sont morts pour la France ». La municipalité de Lairière n’admit pas l’inscription « Assassinés par les Boches ». En effet, membre du maquis « Faïta », Thomas Helmut un Allemand anti-nazi, déserteur du Heer, fut abattu le lendemain par ses compatriotes sous uniforme allemand à Courtauly (Aude). Cette stèle dut donc transférée au pied de l’église du village où elle se trouve toujours. Gaston Prat y est nommé « Georges Pratz ». Elle fut remplacée, sur le lieu du combat, par un monument où figurent les noms des quatre victimes, dont Joseph Alacantara. Ce monument porte les inscriptions suivantes : « Les amis des FTP de Limoux à leurs camarades assassinés par les nazis et la milice française le 26/7/1944 » ; « Passant va dire au monde qu’ils sont morts pour la liberté ». Sur ce monument sont scellées quatre plaques avec le nom des quatre morts. Sur les deux monuments de Lairière, le nom de Riffaud est orthographié "Riffaut" et non "Riffaud" comme à l’état civil.
Maquisards morts en action de combat le 26 juillet 1944 :
ALCANTARA Joseph
DONATI Attilio
PRAT Gaston
Maquisard mort à Carcassonne le 30 juillet 1944 des suites des blessures reçues le 26 juillet 1944 à Lairière :
RIFFAUD André
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Sources

SOURCES : Sources particulières aux biographies des résistants mortsdans le combat ou des suites des blessures. — Julien Allaux, La 2e Guerre mondiale dans l’Aude, Épinal, Le Sapin d’or, 1986, 254 p. [pp ; 158-159 ; pp. 179-181]. — Serge Fournié, « Maquis du Kercorb », site chalabremetaitconte.pagesperso-orange.fr, consulté le 11 août 2018. — Lucien Maury, La Résistance audoise (1940-1944), tome II, Carcassonne, Comité de l’histoire de la Résistance audoise, Carcassonne, 1980, 441 p. [pp. 255-259, p. 395].

André Balent

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