En 1944, Dun-les-Places est un petit village de la Nièvre, de 800 habitants environ, vivant essentiellement dans des hameaux. Le village compte 47 prisonniers de guerre, accueille des réfugiés et souffre des réquisitions agricoles de plus en plus importantes. A partir de 1943, de jeunes réfractaires au Service du Travail obligatoire (STO) se cachent dans la région, profitant du refuge qu’offrent le Morvan et ses forêts. Au printemps 1944, des maquis s’installent dans les bois avoisinants, comme le maquis Bernard ou le maquis Camille, dont l’hôpital est installé dans le château de Vermot.
Le 26 juin 1944, vers 14h30, une première vague de soldats allemands arrive. Environ 400 Allemands et « Russes blancs » (Ukrainiens enrôlés dans l’armée allemande) envahissent le village à la recherche de « terroristes », en vain. La troupe exerce son « droit » de vainqueur, montrant sa force et faisant peur à la population. N’ayant rien découvert au bourg, l’ennemi repart en direction de Brassy. Vers 17h30, ils sont attaqués par des combattants du maquis Camille, situé près du château transformé en hôpital. Ce maquis est épaulé par des troupes parachutistes britanniques, les SAS. La bataille de Vermot commence. Le combat cesse à la nuit. Le manque de munitions amène les maquisards à décrocher. Le château est alors incendié par l’ennemi. Après avoir subi des revers importants (80 à 90 victimes dont une trentaine de blessés), les troupes allemandes s’en prennent aux habitants du hameau de Vermot, déjà victimes de l’invasion et du combat.
En fin de soirée, vers 19h30, une nouvelle colonne allemande arrive dans le bourg. Sont présents des officiers de la Wehrmacht de Dijon, des officiers venus d’Autun, ainsi que des miliciens et surtout les chefs du Sipo-SD (police de sûreté et service de renseignements). Le village est encerclé et bouclé. La troupe envahit les maisons, trois canons de 77 sont installés, ainsi que des tireurs aux fenêtres proches de l’église. Peu après, les Allemands font croire à une attaque de partisans, à laquelle réplique l’arrivée d’une dernière colonne de renforts. Au total, après trois vagues d’arrivées de troupes, près de 3 000 hommes sont présents à Dun-les-Places. Entre temps, entre 20h et 22h, les hommes arrêtés subissent un brutal interrogatoire. L’ennemi cherche à connaître la localisation des maquis proches, leurs voies d’accès, le nom des chefs et la situation du camp des parachutistes anglais. Aucun Dunois ne parle. Vers 22h30, ces hommes sont massacrés à la mitrailleuse et à la grenade devant l’église et sous le porche.
Au cours de ces événements, les familles sont enfermées dans les maisons, personne n’ayant le droit de sortir. Des soldats s’installent également au sein des foyers, se servant et contraignant les habitants à se réfugier dans les caves. Le lendemain a lieu le pillage systématique du bourg : les maisons sont vidées de leur linge, de leur épicerie, des objets de toutes sortes, de leur argent… Des camions installés dans les rues sont remplis des produits du pillage, de voitures volées, de meubles… Les Allemands abattent le bétail, les moutons, les porcs, les bovins… Au matin du 28 juin certaines maisons choisies sont incendiées. Vers 12h30, les soldats s’en vont, ils emportent tout, ils font sonner les cloches, jouent de l’accordéon, chantent, laissant derrière eux un village complètement pillé, en partie brûlé et surtout 27 fusillés.
La tragédie de Dun-les-Places fait partie d’une longue série d’attaques allemandes contre le Morvan et ses maquis : Anost, le 19 mai 1944, Ménessaire le 25 mai, Planchez et Montsauche, le 25 juin 1944. Après le débarquement des Alliés en Normandie, l’armée allemande applique des méthodes utilisées auparavant sur le front de l’Est. Dans une logique de contre-guérilla, elle veut mettre fin au soutien qu’apportent les populations locales aux maquis environnants. Elle est encouragée à utiliser la violence y compris contre la population civile (Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944). Dun-les-Places se trouve dans une zone importante de maquis épaulés par des parachutistes anglais, des SAS. Le village a fait l’objet de dénonciations et d’espionnages. Cette répression est une opération violente contre une population patriote surveillée. Elle a été décidée au niveau régional à Dijon, par le général Hipp, commandant l’école d’aspirants et surtout l’Obersturmbannführer, Wilhelm Hülf, du Sipo-SD régional (service de police allemand). Deux conférences, organisées à Dijon, ont préparé cette attaque ; la dernière ayant lieu le 24 juin en présence d’une soixantaine d’officiers sous la direction conjointe d’Hülf et Hipp. Hülf et Hipp sont représentés sur place à Dun par leurs adjoints, Krüger et Hildebrand. Sur place, le 26 juin, l’ensemble des troupes est dirigé par le chef du service de sécurité allemand de Chalon-sur-Saône, le lieutenant SS Krüger, surnommé le « tueur de Pologne ». L’opération s’appuie sur les dénonciations d’un certain Daubner d’origine tchèque et de miliciens d’Autun. Les forces en présence sont nombreuses : les troupes de la Werhmacht de Dijon et leurs alliés Ukrainiens, des officiers membres du service de sécurité de Dijon et Chalon-sur-Saône, des feldgendarmes de Dijon, Chalon, Autun et des miliciens. La coordination régionale et la venue de troupes de plusieurs départements soulignent la préparation méticuleuse et « soignée ».
Sources

SOURCES :
Choffel Catherine, Le maquis Camille. Un exemple de Résistance en Morvan, ARORM, Saint-Brisson, 2014.
Tatreaux Roland, Hans Krüger, chef de la Sipo-SD à Chalon-sur-Saône, 1943-1944, 2012.
Vigreux Marcel, Angélique Marie, Les villages-martyrs de Bourgogne, 1944, ARORM, Saint-Brisson, 1994.
Vigruex Marcel, La Mémoire de Dun-les-Places, 1944-1989, ARORM, Saint-Brisson, rééd. 2006.
Vigreux Marcel, dir., Le Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale. Témoignages et études, ARORM, Saint-Brisson, rééd. 2009.
Vigreux Jean, Dun-les-Places, village-martyr du Nivernais-Morvan (1944-2011), ARORM, Saint-Brisson, 2011.
Stéphane Jean-Baptiste et Eric Potte, Dun-les-Places, mémoire d’un village blessé, Dvd, La Fabrique, 2001.

Aurore Callewaert

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