Né le 31 décembre 1904 à Creys-et-Pusignieu (Creys-Mépieu, Isère), exécuté en représailles le 19 août 1944 à Lyon (Rhône), rue Bataille (VIIIe arr.) ; transporteur ; résistant.

Louis, Antoine Guiard était le fils de Joseph et de Joséphine Perenon. Il était marié à Jeanne Perrod et avait quatre enfants. Il demeurait à Diemoz (Isère). En tant que transporteur, il livrait quotidiennement du lait à Lyon (Rhône).
Le 16 août 1944, entre 11 heures et 12h15, une cinquantaine de FTP-MOI s’attaquèrent à des GMR cantonnés dans le groupe scolaire Édouard Herriot, 157 rue Bataille (Lyon, VIIIe arr.), afin de s’emparer de leurs armes. Les résistants récupérèrent quatre fusils-mitrailleurs, quatre mitraillettes Thomson, des revolvers, mousquetons, fusils de chasse, des munitions et du matériel. Lors de cette action, une soixantaine de GMR rallièrent spontanément la Résistance. Au même moment, Louis Guiard livrait du lait chez son client Ferdinand Gay, 164 rue Bataille, en face de l’école. Sollicité par les FTP-MOI, il transporta dans son camion des armes et des hommes au maquis de la Croix du Ban. Puis, il retourna à Diemoz le soir même.
Après cette victoire de la Résistance, le 19 août 1944, vers 5 ou 6 heures du matin, le quartier des États-Unis fut cerné par des Allemands. Un capitaine de la Gestapo, assisté d’une trentaine de Français (sans doute des agents français de la Gestapo, peut-être des PPF), dirigea l’opération. Ces hommes arrêtèrent un grand nombre d’habitants du quartier et les rassemblèrent dans la cour du groupe scolaire Édouard Herriot. Les Allemands sommèrent les coupables de se dénoncer, contrôlèrent les identités et interrogèrent les prisonniers. Ils tentèrent de contraindre le chef de groupe de la défense passive, Antonin Lebre, de leur donner les noms des habitants juifs du quartier. Il rusa et les accompagna chez un homme qu’il savait absent.
Vers 9 heures, Louis Guiard partit du hameau de Lafayette (Diemoz) avec le laitier Joseph Massot. Il se dirigea vers Lyon pour effectuer sa tournée habituelle. Arrivés boulevard Pinel, les deux hommes furent arrêtés par des Français et deux Allemands. Après-guerre, Joseph Massot fit le récit de ces événements : « M. Guiard a arrêté son camion et les deux allemands sont montés sur le marche pied mitraillette au poing et lui ont demandé si c’était bien lui M. Guiard sur sa réponse affirmative ils sont montés dans la cabine en lui donnant ordre de les conduire [à] Edouard Herriot. A notre arrivée, ils nous ont conduits dans une pièce de l’école afin d’être interrogés. »
Le témoignage de Joseph Massot nous apprend que Louis Guiard, accusé de complicité avec les résistants, tenta de se disculper : « Cet interrogatoire concernait M. Guiard au sujet d’une affaire qui s’était passée le 16 août 1944, entre un groupe de la Résistance et M. Guiard. Me trouvant à trois mètres environ de M. Guiard, je n’ai pu saisir que quelques passages de son interrogatoire au sujet de son arrestation et de la réquisition de son camion le 16 août 1944 par le groupe de la Résistance. J’ai entendu en outre "j’ai été obligé de laisser mon camion sous la menace des armes, ces personnes inconnues de moi m’ont affirmé que mon camion me serait rendu ce même jour à 17 heures, place de Vaise. Je me suis rendu à l’endroit indiqué à 17 heures et j’ai attendu le retour de mon camion qui été remis à 19 heures. Entre temps, j’ai fait ma déclaration au commissariat de police". »
Joseph Massot fut libéré et Louis Guiard resta aux mains de la Gestapo : « L’interrogatoire étant terminé, deux allemands et quatre miliciens se sont levés de leur banc où ils étaient assis, disant "nous allons reproduire ce qui s’est passé mercredi pour la prise du camion". […] comme je n’avais aucune connaissance de ces faits ils m’ont remis en liberté. A ma sortie, j’ai vu M. Guiard et M. Gay ainsi que trois autres hommes inconnus de moi [...] »
Vers midi, les Allemands relâchèrent tous leurs prisonniers sauf Paul Errouet, Louis Guiard, Ferdinand Gay, Moszek Rozenfarb et Hour Eddin Rhachide qui furent alignés contre un mur, les mains derrière le dos. Seul Paul Errouet fut conduit au siège de la Gestapo, place Bellecour, puis à Montluc. Louis Guiard et Ferdinand Gay furent considérés comme des résistants. Moszek Rozenfarb et Hour Eddin Rhachide furent identifiés comme juifs (en réalité Hour Eddin Rhachide était musulman). Après consultation de deux Français, le capitaine de la Gestapo décida de faire fusiller ces quatre hommes. Vers 12h20, des Français amenèrent les quatre otages devant le domicile de Ferdinand Gay, 164 rue Bataille, et ils les exécutèrent en représailles de l’action des FTP-MOI. Peu de temps après, la maison de Ferdinand Gay fut pillée et incendiée. Les cadavres furent laissés sur place.
Malgré l’opposition des Allemands, Monsieur Billat, un habitant du quartier, se chargea de la toilette funèbre et des corps. La police française autorisa Joseph Massot à transporter Louis Guiard à Diemoz où sa famille le fit inhumer.
Le 25 août 1945, Madame Guiard déclara aux gendarmes chargés d’enquête pour le Mémorial de l’oppression que « La milice » avait cherché à lui causer des ennuis : « Fâchée de l’enlèvement du corps et des funérailles de mon mari, elle m’a poursuivie jusqu’à Diemoz. J’ai dû fuir avec mes quatre enfants pour éviter des représailles certaines. » Madame Guiard s’installa à Lyon, 49 grande rue de Monplaisir (avenue des Frères Lumière, VIIIe arr.).
Après la Libération, plusieurs témoins déclarèrent qu’un certain André Michel avait été impliqué lors de l’opération du 19 août. Lors d’une confrontation dans les locaux de la police judiciaire, Madame Gay le reconnut. Elle le désigna comme étant l’un des individus qui avaient assisté les Allemands et participé à l’arrestation des otages. Monsieur Frezet, arrêté puis relâché le 19 août, confirma l’avoir également vu parmi les hommes qui avaient appréhendé les otages et pillé la maison de Ferdinand Gay. Par ailleurs, Eugène Bienaime, confronté après le 19 à André Michel, témoigna qu’il lui avait montré sa carte de la police allemande et qu’il s’était vanté d’avoir abattu à Monplaisir un entrepreneur de transports, un cafetier et un laitier au début du mois d’août. Interrogé par la police française, André Michel reconnut avoir appartenu à la police allemande et avoir tiré sur des patriotes mais il nia avoir été présent rue Bataille le 19 août. D’autre part, Antonin Lebre accusa Antonin Saunier (dit Tony), membre des PPF, d’avoir eu un rôle important le 19 août : « [...] un capitaine [...] a donné l’ordre d’exécuter les quatre hommes. Sa sentence a été rendue après consultation de deux Français qui paraissaient être des chefs des PPF qui participaient à l’opération. De ces deux Français, j’ai cru reconnaître, d’après les photos parues dans les journaux, le nommé Saunier qui a été jugé dernièrement par la Cour de Justice de Lyon. Je crois pouvoir le reconnaître formellement si je suis mis en sa présence. [...] »
Après-guerre, une association, dont Monsieur Lebre fut président et Monsieur Billat, trésorier, récolta de l’argent au profit des victimes et de leur famille.
Une cérémonie eut lieu le dimanche 22 octobre 1944 au cours de laquelle une plaque à la mémoire des quatre fusillés fut apposée 43 boulevard Ambroise Paré (VIIIe arr.) : « Français souvenez-vous ici sont tombés quatre otages lâchement assassinés par la Gestapo allemande et ses complices vichystes le 19 août 1944. A ces martyrs inoubliables la population de la nouvelle faculté reconnaissante ». Le nom de Louis Guiard apparaît également sur la plaque 1939-1945 située dans l’école Édouard Herriot. Louis Guiard obtint le titre d’interné résistant.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W1055 (Mémorial de l’oppression), 31J6 (historique du maquis de la Croix du Ban), 45W50 (rapports journaliers du commissariat central de Lyon).— SHD, Vincennes, inventaire de la sous-série 16P.— Amicale FTP-MOI Carmagnole-Liberté, FTP-MOI zone sud, communiqués militaires, septembre 1943 à septembre 1944, s.d.— Mémorial Genweb.

Jean-Sébastien Chorin

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