Né le 11 juin 1913 à Aubenas (Ardèche), exécuté le 17 juin 1940 à Ladon (Loiret), notaire ; militaire victime d’un crime de guerre.

Paul Testud, célibataire, président de la jeunesse catholique albenassienne, dont le père Louis était comptable, exerçait le métier de notaire avant guerre.

Exempté du service militaire en 1934 pour raison médicale, il fut mobilisé en novembre 1939. Il appartint au 7e Régiment du Génie (RG) d’Avignon. Devant l’avancée rapide des troupes allemandes, son régiment, comme l’ensemble de l’armée, recula dans des conditions difficiles. Les routes furent encombrées d’un flot ininterrompu de civils fuyant du Nord vers le Sud en utilisant des moyens de locomotion et de transport hétéroclites. Ce mouvement, appelé évacuation puis exode, fut synonyme de scènes de panique liées au mitraillage et au largage de bombes par des avions ennemis. L’ordre général pour les militaires fut de battre en retraite, d’atteindre la Loire, de la franchir, de se rassembler, se réorganiser, détruire les ponts et résister.

Les soldats de la Wehrmacht, en provenance de Montargis occupée le 16 juin, furent sur les talons des soldats du 7e RG qui vinrent se regrouper dans la matinée du 17 à Ladon, juste au nord de la Loire et à l’ouest de Montargis pour une halte. Sur ordre d’Odin, chef du bataillon français, des combats furent engagés avant de se retirer. D’après les renseignements fournis le 19 avril 1942 au comité international de la Croix Rouge par le caporal Jean Randon, de la 6e compagnie du génie, prisonnier au stalag IV F, « Testud Paul est tombé à Ladon... Dans la matinée, il partit à l’aube dans un camion que suivait la voiture de notre commandant. D’après ce que j’ai pu savoir, car je n’étais pas présent, les quelques camarades se trouvant dans ce camion, organisèrent une résistance à Ladon et furent en partie, je crois 15 ou 16 tués ou fusillés... ».

Des militaires français retranchés dans la cave d’une maison sur la place, d’autres arrêtés dans des jardins à proximité ainsi que des civils furent adossés à un mur. Face à eux, une mitrailleuse, actionnée par un officier allemand, sema la mort. Des maisons furent incendiées, détruites sans doute au canon. Mori Adolphe Pierre, prisonnier évadé, fournit des informations nominatives sur cette tragédie : « rassemblement par les Allemands d’un groupe de sapeurs des 2e et 6e compagnies du bataillon d’instruction n° 287 retranchés dans les bâtiments non encore incendiés avec quelques civils, pour les passer par les armes sur la place de cette localité.
  • 2e compagnie Jacques René, caporal,
  • Boniol Jean 2e classe,
  • Chasseigne Raymond 2e classe,
  • Moutoussaint Paul 2e classe 6e, compagnie
  • Beteille Edouard caporal,
  • Daro Edouard,
  • Avon Maxime 2e classe,
  • Beaudement ou Beaudemont Maxime,
  • Testud Paul 2e classe,
  • Uffren Albert,
  • Stephanini Henri ».
    Un rescapé de cette fusillade, Germain Bourthoumieux, a témoigné de ces événements, témoignage recueilli par un autre soldat, Gaston Gallois, lui aussi à Ladon.

L’identification des victimes fut difficile, voire impossible : les Allemands avaient dépouillé les militaires de leur plaque d’identité et tous les fusillés furent inhumés dans une fosse commune d’un jardin, « en bordure du chemin vicinal n° 38 (Fernand Raoul , adjudant chef, adjoint du chef de bataillon Odin, précise dans une lettre du 8 octobre 1940 que les fusillés furent inhumés dans deux tombes, l’une où fut indiqué 13 français et une deuxième 8 civils) avant d’être enterrés au cimetière de Ladon le 28 avril 1941, tombe n° 13 pour Testud Paul » (dossier décès Testud, ministère des Anciens Combattants, juillet 1941). Les Allemands, présents ce jour là, avaient interdit cris et pleurs des familles. Cinq tombes au cimetière, celles de deux frères, Georges et René Ponge, 18 et 19 ans, habitant Paris, de Robert Pary 18 ans, de Sin-Yi d’origine asiatique et de Boingon font mémoire de cette tragédie ainsi que quatre actes de décès en date du 17 juin : ceux des frères Ponge, de Vary et de Jacques Belzanne 17 ans.

Une plaque commémorative, due au Souvenir Français de Ladon, a d’abord été implantée sur une stèle improvisée avant d’être fixée sur un mur de maison, place de la Croix Blanche, à proximité de la rue des Fusillés « Ici le 17 juin 1940 ont été fusillés par les Allemands 18 soldats et 6 civils français ».

Parmi les soldats se trouvait Paul Testud « Mort pour la France ». Cette fusillade aurait pour raison la mort d’un gradé nazi lors des combats à moins que ce ne soit celle de deux motocyclistes en patrouille avancée ou la réponse militaire : ouverture du feu par les soldats français à la demande de reddition formulée par les Allemands. Ce drame de Ladon a été ignoré, étouffé. Demeurent les photographies des fusillés prises par les Allemands, dont les négatifs ont été laissés chez un photographe et jamais récupérés.

Ce même 17 juin, à 12 h 30, Philippe Pétain, nouveau chef du gouvernement, s’adressait par le biais de la radio à la population française, l’invitant à cesser le combat en précisant que dans la nuit précédente il avait pris contact avec l’adversaire pour mettre un terme aux hostilités (demande d’armistice).

Le 18 juin, depuis Londres, le général De Gaulle lançait l’appel à la Résistance.
Sources

SOURCES : Bulletin de la société d’émulation de l’arrondissement de Montargis, n° 165- février 2016.— Etat civil Aubenas site Mémoire des hommes archives départementales de l’Ardèche ONACVG/DMI/DRRMPF.

Alain Martinot

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