Né le 5 octobre 1891 à Varsovie (Pologne), exécuté sommairement par les Allemands le 1er août 1944 à Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme) ; manoeuvre ; 2ème classe des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

Zysja Gerstenzang est né le 5 octobre 1891 à Varsovie, de Kirsch Gerstenzang et Ilda Goldman. Les circonstances précises de son arrivée en France et de son engagement dans la Résistance corrézienne ne sont pas connues. Néanmoins, comme un certain nombre de juifs polonais et russes qui étaient membres, comme lui, de la 1ère compagnie de la demi-brigade de Haute-Corrèze (AS), c’est probablement via un engagement volontaire au sein de la Légion Etrangère après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne le 3 septembre 1939 qu’il rejoint la France après avoir participé à la campagne 1939-1940 dans ce corps d’élite.
En 1944, en réaction au débarquement allié de Normandie le 6 juin et des rassemblements de milliers de maquisards sur différents réduits en Auvergne, l’occupant allemand avait dépêché une brigade « anti-maquis » portant le nom du général qui la commandait, Jesser. Cette brigade arriva en Auvergne le 6 juin et porta un rude coup à la résistance auvergnate lors des combats « ouverts » au Mont-Mouchet et à la Truyère. Elle se déporta vers l’ouest du Puy-de-dôme et la Haute Corrèze par réaction à l’anéantissement par la Résistance d’une section du 95ème allemand de sécurité le 7 juillet dans les gorges du Chavanon. La brigade Jesser, arrivée sur les lieux le 9 juillet au soir, lança jusqu’à fin juillet des ratissages de l’ouest du Puy-de-Dôme, de la Corrèze et de la Creuse.
Le 31 juillet, ayant selon toute vraisemblance assimilé le village de Neuvic, en Corrèze, comme un centre important de la Résistance corrézienne, des éléments de la brigade Jesser cernèrent ce village pour y mener des arrestations et interrogatoires. Au petit matin, les premiers fantassins allemands en approche de Neuvic tombèrent sur un groupe de maquisards de la 1ère compagnie de la demi-brigade AS de Haute Corrèze et un combat s’engagea, aboutissant à des tués dans les deux camps. Côté maquis, la mort d’Isaak Lewine, juif polonais, de Jean Koncz, juif hongrois et de Leib Russek, juif russe, fut à déplorer. Tous trois avaient accompli la campagne 1939-1940 contre l’Allemagne au sein de la Légion Etrangère comme engagés volontaires.
C’est également au cours de ce combat à Neuvic que furent faits prisonniers deux maquisards : Icek Kohn, juif polonais, engagé volontaire à légion étrangère en 1939 comme ses trois camarades tués durant le combat et Zysja Gerstenzang. Ce dernier avait probablement suivi lui aussi la filière « légionnaire », de son engagement après l’invasion de la Pologne en septembre 1939 jusqu’à la l’Armée Secrète corrézienne. Son acte de décès indique qu’il avait pour profession « manœuvre » : il avait donc probablement trouvé un emploi au sein d’une entreprise de la Haute Corrèze, peut-être dans le secteur forestier.
En ce 31 juillet, les Allemands capturèrent également à Neuvic Georges Monéger et Antoine Roh de la Résistance corrézienne.
Le matin du 1er août 1944, deux autres prisonniers, Joseph Lakuss pris à Meymac et Wladimir « Timo » Wawileiczinko pris à Saint-Rémy les jours précédents, furent joints aux quatre prisonniers capturés à Neuvic. Ils passèrent tous les six devant un simulacre de tribunal expéditif qui confirma leur maintien en détention et probablement leur transfert à Clermont-Ferrand.
Les éléments de la brigade Jesser opérant en Haute Corrèze avaient reçu l’ordre de refluer en direction de Clermont-Ferrand, notamment pour soustraire la légion tatare à la tentation de rejoindre le maquis corrézien dans la région d’Ussel et Meymac. Quant à la légion azerbaïdjanaise, elle devait rejoindre les autres unités de la brigade Jesser pour d’importantes opérations dans le Puy-de-Dôme. Le mouvement de retraite avait commencé le 30 juillet avec le départ du plus gros des effectifs de la Tatar-Legion qui avait ainsi formé un convoi d’environ 70 véhicules empruntant la RN89 en direction de Clermont-Ferrand. Cette colonne fut attaquée par la Résistance corrézienne (une section de la 5ème compagnie de la demi-brigade de Haute-Corrèze) sur la RN89, vers neuf heures le 30 juillet, deux kilomètres avant Eygurande. L’embuscade occasionna environ quarante tués et blessés chez l’ennemi et un seul blessé FFI.
Le convoi composé de légion azerbaïdjanaise et des derniers éléments tatars quitta Ussel le 1er août, transportant les 6 prisonniers de la Résistance corrézienne. Il fut quant à lui attaqué dans les gorges du Chavanon par une section de la 6ème compagnie de la demi-brigade de Haute-Corrèze vers quinze heures. Après avoir laissé passer quelques motos et voitures de tête de la colonne formée par environ 70 véhicules, les FFI corréziens attaquèrent précisément quatre camions de troupes avec bazooka et fusils mitrailleurs, les véhicules suivants prenant soin de les contourner. Le combat dura une vingtaine de minutes avant que les rescapés allemands ne décrochent. L’embuscade venait en effet d’occasionner 15 tués ou blessés parmi eux.
Après s’être extirpé de ce guet-apens, le convoi atteignit le village de Bourg-Lastic où il avait prévu de cantonner. Là, quelques véhicules de la légion azerbaïdjanaise quittèrent momentanément la RN89 pour bifurquer en direction de Messeix avec les six prisonniers et les fusillèrent vers dix-neuf heures dans un secteur éloigné de toute habitation, au lieu-dit les sapins, sur la commune de Bourg-Lastic, à coups de mitraillettes dans le dos. Cette exécution fut probablement réalisée en représailles de l’attaque des FFI Corréziens au Chavanon quelques heures auparavant.
Zysja Gerstenzang avait 53 ans et était célibataire. Il n’a pas de dossier aux Archives des Victimes des Conflits Contemporains à Caen ni de dossier d’homologation au Service Historique de la Défense à Vincennes. Il est actuellement inhumé dans le cimetière communal de Neuvic en Corrèze. Son nom figure sur une plaque commémorative du monument aux morts en face de la mairie de Neuvic, sur une plaque commémorative du cimetière portant la mention "Ossuaire F.F.I. Maquisards inhumés morts pour la France", suivi de la mention « Bourg-Lastic 1-8-44 ». Son nom est aussi porté sur une seconde plaque commémorative du cimetière de Neuvic portant la mention « Résistants et Maquisards morts pour la France Neuvic 1943-1945 » mais il a été orthographié Icek Cersztenzank, suivi de la mention « AS » pour Armée Secrète. La mention « Mort pour la France » ne figure pas en marge de son acte de décès
Sources

SOURCES : Louis Le Moigne et Marcel Barbanceys, Sédentaires, réfractaires et maquisards, L’Armée secrète en Haute-Corrèze, 1942-1944, 509 p. – Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 908 W 175 : enquête pour crimes de guerre. — Mémorialgenweb. — État civil à Bourg-Lastic.

Laurent Battut

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