Né le 11 décembre 1920 à Daverio (Italie), mort en prison de détention préventive avant jugement à Wolfenbüttel (Allemagne) le 18 août 1943 ; ouvrier mouleur en bronze à Chartres (Eure-et-Loir) ; résistant FTPF.

Fils unique d’Agostino Vanoni et d’Adalgisa Lozza, originaires de la province de Varèse, au nord-ouest de Milan, Cornelio Vanoni était né le 11 décembre 1920 à Daverio (Italie). Apparaissant pour le première fois au recensement de 1931, cette famille de nationalité italienne habitait au centre ville de Chartres (Eure-et-Loir), rue du Petit-Change  ; le père était maçon, la mère sans profession. Cornelio fréquentait l’école publique du boulevard Chasles, où il est cité, sous son prénom ou sous celui de Corneille, aux palmarès de 1931, 1932, 1933 et 1934. Il obtenait en 1933 le certificat d’études primaires à 12 ans ½, âge normal, en fin de cours primaire supérieur 1ère année, signe qu’il maîtrisait la langue française. En 1934-1935, il suivit, sous le prénom d’usage de Corneille, les cours de l’école primaire supérieure récemment annexée au lycée Marceau de Chartres, expérience qui ne fut pas poursuivie, bien que pouvant conduire vers des voies professionnelles diverses, nécessité financière sans doute. En 1936, son père était cimentier, et lui-même mécanicien chez Fourreau, patron qui employait également son propre fils, d’un an plus âgé. Par la suite, Cornelio Vanoni devint mouleur en bronze dans l’une des fonderies chartraines.
Selon sa mère, il avait exprimé le souhait de faire son service militaire en France, mais la guerre et la débâcle auraient contrarié ce projet ; une demande de naturalisation aurait été effectuée. La signature de l’armistice changea la donne avec l’occupation allemande et l’installation du gouvernement collaborationniste de Vichy. Il fut doublement surveillé par les autorités françaises et allemandes, comme travailleur étranger et comme les jeunes de 20 ans appartenant à la classe 1940. Sans doute évincé de son emploi, soit en application de la loi du 27 septembre 1940 relative à la place des étrangers dans l’économie nationale, soit parce que l’année 1940 vit la production de toutes les fonderies du département s’effondrer faute de matières premières, il fut de 1940 à 1942 monteur en baraquements à Lucé, commune voisine de Chartres traversée par plusieurs voies ferrées et où se trouvait le quai militaire du chef-lieu de département. L’installation d’une garnison allemande y nécessita à cette période la construction de casernes et de baraques. Il fut vraisemblablement personnel requis pour ces travaux au service de l’occupant.
Dès 1941, il entra en contact avec le Front National de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France (FN), mouvement de résistance dirigé par le Parti communiste français (PCF). Sous le pseudonyme de Nelio, il fit partie de sa branche militaire, les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF) de la région de Chartres. Il assura des liaisons, distribua la presse clandestine, remit de fausses cartes d’identité à des prisonniers français du camp de Morancez-Le Coudray, Frontstalag 202 à la périphérie de Chartres, et par ailleurs, il détériora du matériel allemand et fournit du matériel récupéré clandestinement. Quelque temps après la mort de son père, qui survint au domicile familial, 32 rue de Varize à Chartres, le 16 juin 1942, il participa le 10 août suivant au sabotage des lignes téléphoniques entre Chartres, Thivars et Châteaudun. Dénoncé, selon sa mère, pour distribution de fausses cartes d’identité à des résistants et patriotes, il fut arrêté par la SIPO-SD à son domicile pour avoir favorisé l’évasion de prisonniers français du camp de Morancez-Le Coudray, installé sur deux communes suburbaines. D’abord interné à la prison de Chartres du 28 septembre au 20 octobre 1942, probablement soumis aux interrogatoires qui se déroulaient rue des Vieux-Capucins, il fut transféré le 23 octobre à la prison du Cherche-Midi à Paris (VIe), réservée aux opposants politiques et sous contrôle militaire allemand, sinistre lieu qu’il quitta « le 19 novembre 1942 pour Trèves » (Allemagne), le motif noté sur sa fiche individuelle extraite des registres précisant : « relations avec prisonniers de guerre », allusion à ceux du camp déjà cité. Il fut transféré et interné au SS-Sonderlager Hinzert, camp de représailles SS d’Hinzert, à 30 km de Trèves (Rhénanie-Palatinat, Allemagne). Il décéda le 18 août 1943, non pas à Hinzert, mais à 500 km de là, dans le nord de l’Allemagne (la date de son transfert n’a pas été retrouvée), à Wolfenbüttel (Basse-Saxe, Allemagne), dont une graphie regrettable, « Wolfenltel », fut portée sur l’acte de décès officiel établi par le ministère des anciens combattants le 25 juin 1947, nom reproduit sur d’autres documents officiels et pérennisé de ce fait sur des sites mémoriels en ligne ; le Comité départemental de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Politiques (FNIDP) nota « Volfenbutel », sa mère écrivait « Holfenbutel ». Cette ville était le siège d’une prison préventive, dans laquelle étaient conduits depuis le camp de concentration d’Hinzert des résistants déportés « Nacht und Nebel » (NN) en attente de leur jugement, la peine capitale étant exécutée sur place. C’est là que furent guillotinés onze membres du réseau Renard de Poitiers le 3 décembre 1943 (Cartan). C’est le sort qui guettait l’ouvrier Cornelio Vanoni, si la dégradation de son état de santé en raison des sévices subis à Hinzert ne l’avait acheminé vers la mort avant la condamnation. En réponse à sa demande du 11 mars 1943, le consul général d’Italie en France reçut du Service des prisonniers de la Wehrmacht à Paris un court billet daté du 18 mars l’informant que le prisonnier italien Cornelio Vanoni était : « ... arrêté, le niveau de la procédure ne permet[tant] cependant pas d’en dire plus », réponse-type réservée aux déportés NN privant définitivement leur famille de toute information à leur sujet. Un déporté originaire d’Eure-et-Loir, décédé en 1946, témoigna le 1er mai 1945 à son retour d’Hinzert que Cornelio Vanoni : « … martyrisé, frappé, privé de nourriture, fut à Hinzert dehors, nu dans la neige, les menottes aux mains […] d’une maigreur extrême, il ne pesait pas 40 kg… ». Selon renseignements communiqués par le Central Tracing Bureau de l’US Army, le consul général d’Italie à Paris écrivit à sa mère le 18 mars 1947 qu’il était décédé par suite de tuberculose pulmonaire. Après le conflit, ses restes mortels furent rapatriés et inhumés le 12 novembre 1949 dans le carré militaire du cimetière de Chartres, section 59, rang 1, tombe 11. Sur le monument aux Morts de Chartres est gravé le nom de VANONI Cornelie ; sur le monument du lycée Marceau de Chartres celui de VANONI Corneille.
La mention « Mort pour la France » lui fut attribuée par le secrétariat aux Anciens Combattants et Victimes de Guerre le 15 février 1945, la mention « Mort en déportation » par le secrétariat d’État à la défense chargé des Anciens Combattants par arrêté du 29 mars 2001 (JO du 23/06/2001). Son appartenance au Front National pour services accomplis chez les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF) du 23 juin 1941 au 18 août1943 avec grade de sergent fut homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF) le 13 mai 1950, n° 17.677. Il obtint le titre de déporté résistant (DIR) par décision du ministre des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du 13 mars 1952, pour internement du 22 septembre 1942 au 18 novembre 1942, puis pour déportation du 19 novembre 1942 au 18 août 1943 (carte n° 1010.09278). Il fut reconnu Combattant Volontaire de la Résistance (posthume), périodes du 12 janvier 1942 au 27 septembre 1942 et du 28 septembre 1942 au 18 août 1943 (carte n° 005796 du 13/11/1952).
Sources

SOURCES : AVCC, Caen, 21 P 546556. DMPA Vincennes, GR 16 P 585645. — Arch. dép. d’Eure-et-Loir, 27 J 8 (Comité départemental 28 Fédération nationale des Internés et Déportés Politiques), 1575 W 100 (dossier de Combattant Volontaire de la Résistance), 59 J (association anciens élèves du lycée Marceau). État civil Daverio et Chartres. — Arch. Dép. 28 en ligne : état civil, recensements 1926, 1931, 1936, la presse en Eure-et-Loir (L’Indépendant d’Eure-et-Loir, 06/08/1931, 02/08/1932, 06/07/1933, 05/08/1933, 02/08/1934). — Sites internet : Mémoire des Hommes, Mémorial GenWeb, Maitron, lucé.fr.

Marie-Thérèse Grangé

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