Ces trois petits villages ariégeois situés à proximité de la Haute-Garonne furent l’objet d’exactions contre des civils de la part d’éléments de la division SS Das Reich chargés de « nettoyer » le piémont pyrénéen des maquis qui s’y trouvaient ; celui de Betchat (FTPF), particulièrement actif, était un des premiers visés. Il y eut six personnes abattues : trois à Betchat, un maquisard et deux civils ; et trois autres civils, deux à Mercenac, un à Fabas. Une septième victime, capturée à Fabas, fut fusillée à Martres-Tolosane

La 2 SS Panzer Division en Haute-Garonne et son engagement dans la région :
Après le débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, l’état-major allemand du groupe d’armées G commandé par le général Johannes Blaskowitz, installé au nord de Toulouse à Rouffiac-Tolosan (Haute-Garonne) décida sécuriser les communications stratégiques entre le Bassin Aquitain et la Méditerranée. Pour cette raison, il entreprit d’éradiquer les maquis des Pyrénées (Ariège, Aude et Pyrénées-Orientales) et de leur piémont ainsi que ceux du sud du Massif Central (Tarn, Aveyron, Aude, Hérault, Gard, Lozère). Du mois de juin au mois d’août 1944, les forces allemandes de ces départements entreprirent des opérations contre les maquis de toutes les obédiences. Elle décidèrent aussi de « châtier » des populations civiles coupables ce connivences multiples avec les maquis. Ces opérations furent d’autant plus brutales que les unités engagées l’avaient été précédemment sur le front de l’Est, contre l’Armée rouge. C’était le cas de la 2. SS-Panzer-Division « Das Reich » durement éprouvée dans les combats contre l’Armée rouge (en particulier la troisième bataille de Kharkov, février-mars 1943 et la bataille de Koursk, juillet-août 1943). Elle fut mutée en France, au printemps 1944, dans la région toulousaine afin de reconstituer ses forces et, accessoirement, de participer à la lutte contre la Résistance et les maquis.
Le maquis (FTPF) de Betchat (Ariège) :
Ce maquis (par ailleurs 3401e compagnie des FTPF de la Haute-Garonne), créé en mars 1943, établi dans une grotte de la forêt de Betchat — l’état major ayant élu domicile à l’école de village — et bénéficiant de la complicité des habitants de ce village, était particulièrement actif. Il était dirigé par Jean Blasco, alias « Max », capitaine âgé seulement de vingt ans. Il recrutait à la fois dans le Couserans (Ariège) et dans le Comminges (Haute-Garonne). Ses activités étaient surtout situées en Haute-Garonne. Son « activisme » avait attiré l’attention des Allemands et des collaborationnistes. Il fut à l’origine de 78 attaques contre les Allemands et la Milice, 74 sabotages, 5 déraillements de trains, 60 collaborationnistes (Milice, PPF) exécutés (mais il y eut plusieurs "bavures", des innocents et, parfois, des résistants furent exécutés à tort comme traitres ou miliciens). Depuis le 6 juin, le maquis en armes occupait le village et avait investi pluieurs bâtiments publics ou privés. Ses coups de main avaient attiré l’attention des collaborationnistes et des forces d’occupation. L’exécution manquée par des maquisards de Betchat, à Salies-de-Salat (Haute-Garonne), d’un photographe collaborationniste, agent de la Sipo-SD, Jean Aldebert incita ce dernier à faire des rapports circonstanciés à l’Obersturmbannführer de la Sipo-SD, Frederik Suhr. Toujours à Salies-du-Salat, l’ouvrier syrien Abel K., âgé de 45 ans, recruté par des militants du PPF de Saint-Girons (Ariège), devint un agent d’information de la Sipo-SD de la sous-préfecture couserannaise. Il infiltra le maquis de Betchat ainsi que d’autres maquis à Saint-Martory (Haute-Garonne), Aspet (Haute-Garonne) et Figarol (Haute-Garonne). Par ailleurs, le curé de Betchat (condamné à 20 ans après la Libération), l’abbé Cazassus, dénonça aussi aux Allemands la présence du maquis à Betchat. Cette occupation visible et connue de Betchat par les maquisards fut, de la part de "Max", une grave imprudence. En effet, les Allemands décidèrent de châtier Betchat et ses habitants. Ayant su que les Allemands allaient attaquer Betchat et les maquisards qui s’y trouvaient, Jean Blasco dépêcha deux hommes — Camille Weinberg et Jean-Marie Manens — à Marsoulas (Haute-Garonne), le village se trouvant juste avant Betchat, sur la route provenant de la vallée du Salat. Postés dans le clocher de Marsoulas, ils avaient pour mission d’avertir les maquisards et les villageois de Betchat de l’arrivée imminente de l’ennemi. Blasco, venant d’être informé par les agents de renseignements des FTP à Toulouse que les Allemands allaient bientôt attaquer, ordonna à ses hommes d’évacuer le village de Betchat imprudemment occupé pendant plusieurs jours. Lorsque la compagnie de la division Das Reich pénétra dans la localité, les hommes du maquis se trouvaient à environ 1500 m de celle-ci., d’après Georges Loubiès, ancien du maquis. Toutefois, de nombreux habitants qui n’avaient pas eu le temps d’évacuer Betchat s’y trouvaient toujours.
Le maquis attaqué une première fois le 10 juin, le fut à nouveau le 12, le 17, le 19 et le 21 juin et, encore, le 10 août. La forêt de Betchat fut bombardée. L’attaque du 10 juin n’entraina que peu de pertes dans ses rangs : Camille Weinberg à Marsoulas, Pierre Sirgant à Betchat et Vincent Garavis à Mercenac.
Les communes ariégeoises concernées par les exécutions ou massacres :
Trois communes — Betchat, Fabas et Mercenac, avec, respectivement, 633, 456 et 378 habitants au recensement de 1936 — furent le théâtre de massacres et d ‘exécutions sommaires perpétrées par les 10e et 11e compagnies du 3e bataillon du régiment Deutschland de la division Das Reich qui cherchait le contact avec les FTPF cantonnés dans les bois de Betchat.. Elles sont situées sur les collines boisées et les coteaux de la rive gauche du Salat (affluent de la Garonne), à la limite de la Haute-Garonne. La vaste forêt, entre Betchat et Mercenac était particulièrement favorable au cantonnement d’un maquis. Précédemment, le petit village de Marsoulas situé en Haute-Garonne à moins d’un kilomètre de Betchat fut tout particulièrement éprouvé par le massacre perpétré par la 10e compagnie (vingt-sept victimes civiles, un résistant tué en action, quatre blessés).
L’action de quatre compagnies du 3e bataillon du 3e régiment Deutschland de la division Das Reich en Haute-Garonne et en Ariège le 10 juin 1944 :
À partir du 10 juin 1944, quatre compagnies (environ six cents hommes) du 3e bataillon du 3e régiment blindé de grenadiers Deutschland de la division Das Reich commandé par le lieutenant-colonel SS Günther-Eberhard Wisliceny — cantonnées pour la plupart au sud de Toulouse, le long de l’axe reliant cette ville à Foix et aux frontières espagnole et andorrane autour de Vernet et Auterive (Haute-Garonne) ou dans la proche vallée de la Lèze, affluent de l’Ariège —, la 9e (sous-lieutenant Philipp, muté le 4 juin à Castelmaurou (Haute-Garonne) et remplacé par le sous-lieutenant Seibert), la 10e (lieutenant Gross), la 11e (capitaine Hollmann) et la 12e (capitaine Hans Eckert) compagnies furent chargées de s’attaquer aux maquis du piémont pyrénéen de l’Ariège, de la Haute-Garonne et de la partie occidentale des Hautes-Pyrénées. Le commandant SS Helmut Schreiber qui était à la tête du 3e bataillon du régiment Deutschland était le responsable des opérations punitives contre les maquis et les populations civiles en Haute-Garonne, Ariège et Hautes-Pyrénées.
Les 9e, 10e, 11e et 12e compagnies du 3e bataillon du régiment SS Deutschland de la division blindée SS Das Reich ont quitté les villages où elles stationnaient, au sud de Toulouse. Leur mission de destruction de maquis et de répression des populations civiles commença au petit matin.
Arrivée à Boussens (Haute-Garonne), la 10e compagnie bifurqua vers le sud après avoir traversé la Garonne et perpétra le massacre de Marsoulas. La plupart des habitants de Betchat eurent le temps de s’enfuir, peut-être alertés par les bruits provenant de Marsoulas situé à moins d’un kilomètre. Des maisons furent brûlées et pillées. Un agriculteur de soixante-six ans, Jean-Marie Joubé fut abattu devant la porte de son domicile au lieu-dit le Clouzet. Le charron, Jean-Marie Rives, soixante-neuf ans, fut mortellement atteint par des balles des SS alors qu’il se dirigeait vers son étable en feu afin de sauver ses vaches. Enfin, vers dix heures, un résistant du maquis de Betchat, Pierre Sirgant fut tué devant la grange Bouin où il était chargé de garder des prisonniers allemands capturés deux jours plus tôt à Laffitte-Toupière (Haute-Garonne), près de Saint-Martory (trois soldats et un officier ingénieur) lors d’un coup de main du maquis contre un chantier de forage de la Régie autonome des pétroles.
Auparavant, la 11e compagnie, laissa la RN 125 et emprunta la RD 6. Elle traversa Cazères vers six heures trente minutes où elle ne découvrit aucun suspect dans un village où le samedi 10 juin était un jour de marché.. les réfractaires et les maquisards étaient tous absents de leurs domiciles. Elle poursuivit sa route vers Saint-Michel (Haute-Garonne) où les Allemands perquisitionnèrent, arrêtèrent des maquisards, en affrontèrent d’autres, laissant au bout du compte six victimes, maquisards ou civils. La colonne formés par la 11e compagnie poursuivit ensuite vers Fabas (Ariège) où ils procédèrent à nouveau à des fouilles et des perquisitions. Ils laissèrent cependant une victime. La jeune Polonaise de dix-sept ans, Regina Matulewicz gardait des vaches. Ne comprenant pas l’allemand et parlant peu le français, elle fut mortellement atteinte par des balles tirées à distance par des SS.
La colonne poursuivit sa route et passa à Mercenac (Ariège) où elle abattit deux Espagnols résidant à Taurignan-Castet (Ariège), commune limitrophe à la fois de Betchat et de Mercenac. Le premier, Vincent Garavis, âgé de vingt-trois ans était membre du maquis de Betchat (FTPF), alors que le second, Ricardo Brotons, trente-neuf ans, était un « civil ». Les deux victimes furent fusillées vers 14 h dans un champ de blé, près de la route de Mercenac. Deux autres hommes, Robert Henri et Frédéric Comminges également capturés et devant être fusillés avec Brotons et Garavis, réussirent à s’enfuir. Les Allemands se livrèrent à des pillages de maisons à Mercenac et à Taurignan-Castet. Dans une fiche manuscrite, Claude Delpla a signalé que les SS venaient de Pinsaguel (Haute-Garonne) à la confluence de la Garonne et de l’Ariège. Toutefois, si Guy Penaud mentionne Pinsaguel parmi les communes du sud de Toulouse où les diverses compagnies du régiment Deutschland avaient leur garnison, il n’évoque jamais les quatre compagnies impliquées dans les massacres du 10 juin, signalant cependant (op.cit, p. 37) qu’elle servit de cantonnement à une partie du groupe anti-chars de la division. La 11e compagnie poursuivit son équipée en se dirigeant vers Betchat où la 10e était déjà intervenue, abandonnant sur le terrain les trois victimes évoquées plus haut.. Elle se dirigea ensuite vers le bois de Pentens (commune de Martres-Tolosane) où les diverses composantes de la colonne initiale devaient se regrouper et où, le soir, furent abattues six autres victimes : parmi elles Joseph Roumens, trente-six ans, domicilié à Fabas (Ariège) dont ils s’étaient emparés à Bidoune (Fabas) alors qu’il se rendait à son travail à Boussens (Haute-Garonne).
Le lendemain, la colonne allemande pénétra en Bigorre (Hautes-Pyrénées), tuant vingt-six personnes à Bagnères-de-Bigorre, vingt à Pouzac et treize à Trébons. Le 12 juin, de retour, en Haute-Garonne, neuf personnes furent massacrées à Bonrepos-en-Aussonnelle et huit à Saint-Lys.
En Ariège, à l’est du Couserans, la 10e compagnie du 3e bataillon du régiment Deutschland division Das Reich intervint à nouveau, le 26 juin, à Justiniac, à la limite de la Haute-Garonne ; six résistants y furent exécutés sommairement.
Bilan des opérations allemandes en Couserans (Ariège) le 10 juin 1944 :
Au total, les 10e et 11e compagnies du 3e bataillon du régiment Deutschland de la division blindée SS Das Reich fit six victimes dans son incursion en territoire ariégeois, le 10 juin 1944. Les exécutions ou massacres eurent lieu dans trois communes différentes : Betchat, (10e compagnie) Fabas et Mercenac (11e compagnie). Dans le cadre de ces opérations contre le maquis de Betchat, un autre résidant en Ariège, fut exécuté sommairement au bois de Pentens à Martres-Tolosane en Haute-Garonne.
Parmi les victimes, trois étrangers : deux Espagnols et une Polonaise.
Le maquis s’établit postérieurement à Sainte-Croix-Volvestre (Ariège). Il y demeura jusqu’à la libération de Cazères (à laquelle il participa) puis de Toulouse, ville vers laquelle il fit mouvement.
Après la Libération,en 1944, Jean Durroux, né à Betchat en 1910, professeur de lycée, résistant de l’Ariège (Mouvements unis de la Résistance) etmembre du Comité départemental de Libération devint maire de son village natal. Il fut en 1945 élu député (socialiste SFIO) de l’Ariège.
Membres du maquis FTPF de Betchat :
GARAVIS Vincent à Mercenac
SIRGANT Pierre à Betchat
Victimes civiles :
BROTONS Ricardo à Mercenac
JOUBE Jean-Marie à Betchat
MATULEWICZ Regina à Fabas
RIVES Jean-Marie à Betchat.
ROUMENS Jules, résidant en Ariège, exécuté en Haute-Garonne à Martres-Tolosane
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Sources

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 64 J 23 et 64 J 206, fonds Claude Delpla, notes manuscrites de Claude Delpla, divers documents en particulier les notes ou lettres de Georges Loubiès, ancien du maquis de Betchat, adressées à Claude Delpla, 1er mars et 12 mars 1968. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 514 p. [pp. 565-566]. — Jean-Paul Ferré (éd.), Les Couserannais racontent 39-45, témoignages recueillis par Eth Ostau Comengés, témoignages originaux en occitan [gascon] traduits en français, accompagnés d"un CD audio, Toulouse, Le Pas d’Oiseau, 2019, 141 p. [Nombreux témoignages sur le massacre de Marsoulas et l’action des Allemands de la Das Reich à Betchat, p. 77-104]. — Michel Goubet, « La répression allemande et milicienne dans la vallée du Salat et aux alentours. 10 et 11 juin 1944 » et « Le massacre de Marsoulas » in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la Résistance intérieure), 20o9. — André Laurens, Ariège 1942-1944. Le PPF (Parti populaire français). Un parti politique à la solde des nazis, Toulouse, Imprimerie Corep, 2021, 357 p. [p.191]. — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [pp. 375-376, 382-383, 520-521, 539. — Henri Soum, La mort en vert-de-gris. Le maquis de Cazères, Toulouse, Signes du Monde, 1994, 280 p. [p. 208-210]. — MemorialGenWeb consulté le 1er août 2019.

André Balent

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