À Mazères-sur-Salat, huit hommes furent tués le 10 juin 1944, dans divers lieux de la commune et à divers moments de la journée par des détachements différents du 3e bataillon du régiment de grenadiers Deutschland de la division blindée SS Das Reich dans son opération de « nettoyage » des maquis du piémont pyrénéen (Ariège, Haute-Garonne, est des Hautes-Pyrénées) et de répression de populations civiles réputées complices des « terroristes ». Les exécutions et massacres de Mazères-sur-Salat se rajoutent à tous les autres, perpétrés le même jour dans la basse vallée du Salat et celle de la Garonne par des détachements de cette unité allemande (Martres-Tolosane (Haute-Garonne), Marsoulas (Haute-Garonne), Saint-Michel (Haute-Garonne), Lafitte-Toupière (Haute-Garonne) : Voir Artigue Paul, Betchat, Fabas, Mercenac (Ariège)

Mazères-sur-Salat, un village du Comminges au printemps de 1944 :
Situé à peu de distance de la confluence entre le Salat et la Garonne, Mazères (qui prit le nom de Mazères-sur-Salat en 1958) était, comme d’ailleurs les communes voisines, un village à la fois agricole et industriel avec, en particulier, la grande usine de papier à cigarettes Riz-Lacroix. La commune avait 826 habitants en 1936, dernier recensement général avant la Seconde Guerre mondiale. Elle était limitrophe de Salies-du-Salat, alors chef-lieu de canton.
Au printemps de 1944, la résistance était bien présente à Mazères et dans les villages voisins. Le CFP (Corps franc Pommiès) de l’ORA (Organisation de résistance de l’Armée) s’y était structuré. Mais c’est le maquis des FTPF établi dans la commune ariégeoise de Betchat, limitrophe de la Haute-Garonne qui, par son activisme audacieux, inquiétait le plus les troupes d’occupation et les collaborationnistes. Aussi fut-il une des cibles prioritaires du 3e bataillon du régiment Deutschland de la division SS Das Reich dans les objectifs qui lui avaient été assignés.
Action répressive du 3e bataillon du régiment de grenadiers de la 2e division blindée Das Reich à Mazères :
Si la 9e et la 12e compagnie prospectaient sans résultats probants les rives gauche de la Garonne et du Salat, la 10e et la 11e prirent en charge le ratissage des rives droite de ces deux cours d’eau. Elles se partagèrent en deux colonnes qui firent leur jonction aux environs de Betchat. La 12e compagnie (ou, du moins, des éléments de celle-ci) fut aussi présente à Mazères. La 11e compagnie après avoir massacré sept personnes à Saint-Michel (Haute-Garonne), poursuivit vers Fabas puis Mercenac en Ariège, tuant encore une femme et deux hommes. La 10e , après avoir massacré vingt-sept villageois et tué un maquisard à Marsoulas arriva à Betchat où elle trouva le village vide, ne tuant « que » deux malheureux villageois et un maquisard affecté à la garde de prisonniers allemands.
Comme le remarque Michel Goubet, il est difficile parfois de reconstituer la chronologie exacte des événements et de déterminer les responsabilités exactes de quelques-uns des massacres. Les deux détachements furent en effet parfois à se scinder. Par ailleurs les témoignages recueillis, parfois divergents empêchent une reconstitution précise du fil des événements en particulier en ce qui concerne les morts de Mazères. Les divers massacres ou exécutions sont malgré tout bien documentés et leur déroulement bien établi.
La 10e compagnie alla d’abord à Salies-du-Salat. Elle découvrit trois jeunes prêts à partir vers le maquis chez le maire de la commune révoqué par Vichy, Ferdinand Nougué. Ce dernier fut arrêté ainsi que l’ancien combattant russe W. Brussilowski. Tous deux furent hissés dans un véhicule ainsi, bien sûr, que les trois jeunes postulants maquisards nés et/ou domiciliés à His (Haute-Garonne), village proche de Salies et de Betchat (Ariège) : Robert Malbrel, dix-huit ans ; Jean Rives, dix-neuf ans ; Lucien Trubert, vingt-et-un ans.
Plusieurs autres hommes furent aussi arrêtés. Les trois frères Albert, Benjamin et Pascal Négroni arrêtés vers 7 heures à Pentens, commune de Martres-Tolosane, sous les yeux de leurs parents. Le plus jeune, Pascal, fut relâché et les deux autres demeurèrent sur le véhicule avec Stanislas Dudkowski, arrêté lui aussi à Pentens. À Roquefort-sur-Garonne, près de Boussens, ils interceptèrent Aimé Loubon et Claude Salmon,, résistants du CFP en mission. Cette arrestation eut lieu vers 10 heures d’après Goubet, peut-être plus tôt, plus tard ? Les trois jeunes arrêtés à Salies et deux des frères Négroni furent exécutés, nous le verrons à Mazères-sur-Salat, alors que les autres le furent plus tard dans la soirée à Martres-Tolosane..
Le 14 juin 1944, un rapport du 3e bataillon du régiment Deutschland cité par Penaud (op. cit., p. 384) indique que la 12e compagnie (ou la 10e et la 12e compagnie à la fois ?) a essuyé des coups de feu à Mazères et que leur auteur fut poursuivi et « rattrapé » dans un dans un champ de blé. Ceci se passait vers 10 heures.En effet, les Allemands mirent en batterie des mitrailleuses dans l’agglomération. Raoul Barthe ouvrier à la papeterie Riz-Lacroix de Mazères, résistant du CFP formation présente parmi le personnel de son usine, fut réveillé par son père. Il partit et essaya de gagner la campagne en dépit du bouclage de l’agglomération.. Atteint par une balle, route de la Carretère, ce fut sans doute lui qui fut évoqué dans le rapport du 3e bataillon.. Un autre résistant, Louis Amouroux, employé lui aussi à la papeterie Riz-Lacroix fut également abattu à proximité, au chemin Latéral. Paul Flourat, engagé au 1er régiment de France et revêtu de son uniforme, se trouvait au café-restaurant Dupeyron. Arrêté, il fut embarqué dans le véhicule où se trouvaient déjà Benjamin et Albert Négroni.
Les frères Négroni et Paul Flourat furent aussitôt transportés hors du village sur le CD 13, en direction de Salies-du-Salat. Le véhicule s’arrêta au lieu-dit Piques. Les trois hommes furent exécutés dans un pré entre le remblai de la voie ferrée Boussens - Saint-Girons et le bois de Maridou. Ils durent traverser le chemin de fer à pied pour accéder au lieu où ils furent fusillés. Leurs corps furent retrouvés plusieurs jours plus tard. Un noyer a poussé sur l’emplacement où ils furent exécutés.
Les trois jeunes capturés à Salies chez Nougué furent amenés dans l’après-midi à Saint-Martory à quelques kilomètres de Mazères, sur les rives de la Garonne.. Ils passèrent de longues heures près du pont à proximité du château d’un milicien notoire, Frossard. Ils furent ensuite ramenés à Mazères où les SS organisèrent une mascarade. Faisant mine de les libérer, ils les abattirent d’une rafale de mitrailleuse dans le dos (Goubert, op.cit.) sur le plateau du Couston.
À noter qu’à Saint-Martory, les Allemands pensaient que la population, police comprise, était presque entièrement favorable aux « terroristes », ceux du maquis de Betchat, plus particulièrement. Ils furent aidés par une jeune Alsacienne « qui avait été amenée à Betchat » qui facilita l’arrestation de deux jeunes hommes livrés à la Sipo-SD.
Au total, donc, huit hommes furent abattus à Mazères-sur-Salat, à des moments et lieux différents. Deux d’entre eux, ouvriers de la papeterie Riz-Lacroix, étaient des résistants ; les trois jeunes d’His s’apprêtaient à intégrer un maquis. Les trois autres étaient des victimes civiles.
Des stèles furent érigées près de la route de Salies-du-Salat à Roquemélière (Piques) sur le lieu où furent abattus les frères Albert Négroni et Flourat ; sur le plateau de Couston où furent assassinés Malbrel, Rives et Trubert.
Abattus dans la matinée dans un champ de blé au lieu-dit Coustou, à proximité de Mazères, alors qu’ils s’éloignaient du village : :
AMOUROUX Louis
BARTHE Raoul
Exécutés au lieu-dit Piques au sud de Mazères, à proximité de la roure de Salies-du-Salat :
FLOURAT Paul
NÉGRONI Albert
NÉGRONI Benjamin
Abattus à Mazères dans l’après-midi :
MALBREL Robert
RIVES Jean
TRUBERT Lucien
Sources

SOURCES : Michel Goubet, « La répression allemande et milicienne dans la vallée du Salat et aux alentours. 10 et 11 juin 1944 » et « Le massacre de Marsoulas » in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la résistance intérieure), 2009. — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [pp. 378-384, pp. 520-521. — La Dépêche, 18 juin 2009 . — Bien vivre à Mazères-sur-Salat, bulletin municipal, juillet 2015, p. 5 ; juillet 2019, p. 5. [en ligne]. — Site MemorialGenWeb consulté le 12 août 2019.

André Balent

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