Né entre 1916 et 1922, exécuté sommairement ou massacré le 17 juin 1944 à Saint-Laurent-de-Mure (Isère, Rhône depuis 1967).

Cet inconnu fut arrêté et incarcéré à la prison de Montluc (Lyon, Rhône).
Le 17 juin 1944, il fut extrait de Montluc avec neuf autres détenus. Les Allemands transportèrent les dix hommes dans une camionnette jusqu’à Saint-Laurent-de-Mure (Isère, Rhône depuis 1967). Eugène Lacombe, forgeron à Saint-Laurent-de-Mure, les aperçut vers 18h40 : « Mon atelier se trouve à environ 50 mètres de la route Nationale N°6. […] j’ai vu passer un convoi composé d’une camionnette et d’une voiture de tourisme de couleur noire et semblant être une Peugeot 301. Suivant ces deux véhicules j’ai entendu mais pas vu une motocyclette. [...] » Le convoi s’arrêta au lieu-dit les Glandiers, en bordure du chemin menant de la route nationale 6 (aujourd’hui Départementale 306) à Colombier-Saugnieu. Les Allemands firent descendre les dix prisonniers et les exécutèrent dans le champ au bord du chemin. David Roy, cultivateur au lieu-dit Poulieu à Saint-Laurent-de-Mure, fut partiellement témoin de la scène : « […] vers 19h15, je me trouvais dans un champ situé à proximité de la route menant de St-Laurent-de-Mure à Colombier (Isère). A un moment donné j’ai entendu des coups de feu semblant provenir de la direction de Poulieu. Tout en continuant mon travail j’ai regardé dans cette direction, et, ai aperçu, à environ quatre cents mètres du lieu où je me trouvais, toujours sur la route indiquée ci-dessus, un homme qui se promenait, un fusil à la main. A quelques mètres était arrêté une camionnette couleur gris foncé. Environ une heure après, lorsque mon travail fut fini, je suis retourné à Poulieu, et en cours de route j’ai constaté la présence de dix cadavres au lieu dit Glandier. A cet endroit j’ai rencontré M. Chavret Clément qui se trouvait à passer. Je lui ai conseillé de prévenir les autorités de St-Laurent-de-Mure. [...] » Informé vers 21 heures, Marcel Baconnier, maire de Saint-Laurent-de-Mure, fit porter les corps dans un hangar.
Le 18 juin 1944, la police judiciaire de Lyon se rendit sur les lieux. L’inspecteur de police examina brièvement les victimes et constata qu’elles avaient été tuées d’une ou plusieurs balles dans la tête. Il se rendit dans le champ de blé où les cadavres avaient été découverts. Il observa les traces de sang et nota qu’elles étaient situées à intervalles réguliers. Il remarqua également que les flaques de sang étaient « jumelées ». De retour dans le hangar, il découvrit des traces de menottes sur les poignets des cadavres. Le policier trouva par ailleurs du pain bis (pain militaire allemand) dans les poches de quelques victimes. Il conclut que les dix hommes avaient été exécutés par les « autorités allemandes », deux par deux, à « presque bout portant » d’un coup de fusil tiré dans la tête.
Les victimes ne portaient pas de pièces d’identité. Il fut donc impossible de les identifier immédiatement. La police attribua le numéro 10 à cet inconnu et releva son signalement : « Le dixième : âgé de 28 ans environ et mesurant 1 m 68 était vêtu d’un pull-over bleu sans manche (prélèvement au service) d’une chemise à carreaux bleus et d’un pantalon bleu en tissu genre couverture avec légères rayures sombres. Aux pieds il avait des souliers bas rouges à semelles caoutchouc. A l’un des doigts se trouvait une bague aux initiales "J.B." Il avait en outre une ceinture en cuir à coulisses. » Il avait les cheveux châtains foncés et une très bonne dentition. Le médecin appelé sur place pour examiner les corps précisa que cet inconnu « N°10 Age probable 22 ans taille 1m67 » portait « Deux orifices d’entrée [de balles] dans la région cervicale droite un seul orifice de sortie dans la région frontale droite ».
Le corps de cet inconnu fut inhumé au cimetière de Saint-Laurent-de-Mure.
Il existe dans le fonds de la Commission départementale d’histoire de la seconde guerre mondiale (31J aux archives départementales du Rhône), une liste des présumés fusillés de la prison de Montluc datée du 26 octobre 1944. On trouve dans ce document les noms des dix détenus extraits de Montluc le 17 juin 1944 : les neuf dont les corps furent retrouvés à Saint-Laurent-de-Mure et un dixième, celui de Gustave Brajon (probablement Gustave, Jean Brajon né en 1923 à Viviers en Ardèche). Serait-ce l’identité de cet inconnu ?
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W605, 3460W5, 31J1F9.

Jean-Sébastien Chorin

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