Né le 10 mars 1919 à Bastia (Corse, actuellement Haute-Corse), mort en action le 18 août 1944 à Bellevue-La-Montagne (Haute-Loire) ; radio télégraphiste ; résistant au sein des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) d’Auvergne, lieutenant au camp Wodli des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) en Haute-Loire.

Antoine Angéli est le fils de Charles, Joseph, directeur d’école et d’Antoinette, Marie Andréi, institutrice. Qautrième d’une famille de six enfants, on frère, ANGELI Jean-Baptiste [version RGASPI] militant communiste, mobilisé en 1939, fut arrêté en 1941, condamné par le Tribunal militaire de Marseille, détenu à Eysses et déporté à Dachau. Son frère Paul, combattant des campagnes de Tunisie, d’Italie, de France et d’Allemagne, obtint trois citations et la Croix de Guerre.
Antoine, après le Certificat d’Études Primaire, obtint une bourse et entra à l’Ecole Primaire Supérieure de Sartène (Haute-Corse) où il suivit la formation de radiotélégraphiste. En 1936, des affrontements parfois violents y opposèrent partisans et adversaires du Front populaire. Le 8 décembre 1939, il fut incorporé au dépôt d’Artillerie de Montagne N°16, muté à Nimes (Gard) et nommé brigadier le 20 mars 1940, à la 257ème brigade du 113ème Régiment d’Artillerie. Le 16 octobre 1940, il rejoignit le 12ème Cuirassiers et à compter du 15 janvier 1941 à Marseille, il fut affecté à la 260ème brigade du 405ème Régiment d’Artillerie Anti-Aérienne . Son engagement dans l’armée d’armistice prit fin en mars 1942 avec son arrestation par la police de Vichy pour faits de résistance, affichage et diffusion de tracts gaullistes et activité communiste. Traduit devant le Tribunal de la 15ème Division Militaire, il fut condamné à 10 ans de travaux forcés, 5 ans d’interdiction de séjour et à la dégradation civique. D’abord détenu à Mauzac (Haute-Garonne), puis à Nontron (Dordogne), il fut transféré le 18 décembre 1942 à la prison du Puy-en-Velay (Haute-Loire) où il rejoignit des condamnés politiques, originaires pour la plupart de la Loire et Haute-Loire.
Le 25 avril 1943, une première évasion de la prison permit à 26 détenus de retrouver la liberté mais pour certains, la cavale fut de courte durée. Le 2 octobre 1943, une deuxième tentative, toujours à l’initiative des Francs-Tireurs et Partisans avec la participation du gardien de prison Albert Chapelle, libéra 80 prisonniers. Parmi eux, OLLIER Augustin [pseudonymes dans la résistance : commandant Ravel, Lacour, Maurice], PRADET Camille, Charles, Xavier, Alexandre et Paul Drevet allaient donner la véritable impulsion au camp Wodli. Il leur fallut d’abord échapper à une impitoyable chasse à l’homme lancée par la police de Vichy. Une soixantaine d’évadés du Puy prit la direction de Raffy sur la commune de Queyrières (Haute-Loire), où ils retrouvèrent des militants récemment évadés de la prison de Bellevue à Saint-Etienne (Loire) avec à leur tête Jean Sosso.
La décision d’implanter un maquis en Haute-Loire avait été prise par Giovanni Sosso en décembre 1942 : le 25 mars 1943 les premiers résistants s’étaient installés près de Saint-Préjet-d’Allier (Haute-Loire) sous la responsabilité d’Alain Joubert. Les conditions de vie et la répression avaient rendu rapidement indispensable la mobilité du camp. Fin 1943, le Wodli couvrait un espace supérieur au département débordant sur les monts du Vivarais et l’Ardèche. Les effectifs s’étaient étoffés avec l’arrivée d’un détachement d’Espagnols de la MOI mais les défections furent nombreuses eu égard aux rigueurs du climat.
La deuxième quinzaine d’octobre 1943, intervint un épisode tragique qui restera sous silence pendant de longues années avant de donner lieu aux questionnements et investigations des historiens jusqu’aujourd’hui : quatre évadés de la prison du Puy, militants trokystes : Pietro Tresso, Maurice Ségal , Abram Sadek et Jean Reboul furent exécutés au maquis alors sous la responsabilité de Sosso.
Au maquis, John se lia avec Noël Patriarca de Rive-de-Gier (Loire) et d’autres ripagériens dont Bernard Capuano dit Adrien, Joseph Joly et Georges Bajard, Joseph Germani dit Bob, arrivés au printemps 1944. Il fit équipe avec Alexandre Drevet pour assurer l’intendance : tickets d’alimentation, vêtements, essence, munitions. Le 3 avril 1944, en mission à Firminy (Loire), tous deux accompagnés d’Hippolyte Vial et de Pierre Barnier , leur voiture fut arrêtée par la Milice. John braqua sa mitraillette sur un milicien qui eut le temps de tirer sur Alex avant de s’écrouler. Au volant et sérieusement touché – une balle au bas de la nuque, une autre dans le bras – ce dernier réussit malgré tout à redémarrer. Mais la place était cernée et une fusillade éclata : Pierre Barnier et Hippolyte Vial furent abattus. Le véhicule réussit à parcourir les quelques centaines de mètres nécessaires pour s’échapper. La mort dans l’âme, John et Alex regagnèrent le Wodli.
Après le 15 mai 1944, Théo Vial dit Massat, flanqué de plusieurs adjoints dont John, assura le commandement du Wodli depuis La Chaise-Dieu (Haute-Loire). Certaines sources avancent pour cette date un effectif de 200 hommes bientôt rejoints par une unité de combattants repliés du Mont Mouchet (Lozère) en juin 1944. En août 1944, environ 600 hommes étaient sur le terrain, 75% étaient originaires du département de La Loire. Leur vocation était celle du combat et les heurts avec des unités allemandes, la Milice et les Groupes Mobiles de Réserve (GMR) furent multiples. Les manquements à la discipline y furent sévèrement réprimés. Dans l’année 1944, John assura avec autorité et charisme, son rôle de lieutenant et fut jusqu’au bout de bien des combats.
Le 21 juin, à Brioude (Haute-Loire), les résistants conduits par Théo Vial attaquèrent la garnison allemande et s’opposèrent avec force aux renforts ennemis. En juillet 1944, Vial dut s’éloigner pour d’autres responsabilités et l’État-major FTP désigna un remplaçant, originaire de Paris. Sur place, ce dernier se serait livré à des exactions, pillant les fermes alentours. Condamné par le maquis, il fut décidé de le fusiller dans le hameau de Trabesson sur la commune de Montclard (Haute-Loire) où les faits se seraient déroulés. Mais il avait déjà quitté le Wodli et se trouvait, (peut-être sur ordre de responsables régionaux), au maquis Vaillant-Couturier à Chabreloche (Puy-de-Dôme) où Noël Patriarca, chef de la brigade spéciale de Wodli, fut chargé de le récupérer ; le 17 juillet 1944, ce dernier tomba dans une embuscade et périt sous le feu nourri des GMR. Le 20 juillet 1944, à Saint-Paulien un engagement contre un convoi allemand allemand, fit une victime civile, 12 morts parmi les maquisards et deux prisonniers qui allaient être déportés.
Dans la semaine qui suivit, John fut informé d’un vol de bijoux appartenant à des pensionnaires d’un hôtel de Pontempeyrat (Loire) et perpétré par des maquisards et aurait fait passer par les armes les deux responsables. Au matin du 18 août, Théo Vial-Massat, commandant du camp Wodli, avait pris le train à Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire), pour participer à une réunion de l’Inter-Région FTP à Saint-Étienne. Vers 14 heures, à la Chaise-Dieu (Haute-Loire), John assurant le commandement, fut informé qu’une colonne allemande venant du Puy se dirigeait vers Bellevue-la-Montagne. Une première escarmouche avait eu lieu à Saint-Geneys-près-Saint-Paulien (Haute-Loire) où un détachement FTP avait dû décrocher sous les tirs de mortiers avec un blessé dans ses rangs. John décida de tendre une embuscade à l’ennemi. Une trentaine de maquisards grimpèrent dans un autocar tandis qu’une traction-avant Citroën et une moto ouvraient la route. Au centre de Bellevue-La-Montagne, John rencontra deux responsables FTP et sur leurs indications, le car s’engagea sur la route du Puy tandis que la voiture et la motocyclette repartaient vers la Chaise-Dieu pour mobiliser des renforts.
Trois hommes étaient installés sur le toit du car avec un fusil-mitrailleur. John, Cellou et Bernard Capuano dit Adrien, étaient juchés sur le marchepied à droite du chauffeur, les autres occupaient les sièges. A la lisière d’un champ moissonné, ils voulurent descendre et rejoindre un bosquet pouvant servir d’abri. Trahison ou carence d’informations sur les positions de l’ennemi ? Les allemands étaient déjà là et ouvrirent le feu. John, grièvement blessé, appela ses hommes au repli et tenta de les couvrir avec sa mitraillette Sten ; pour ne pas être pris vivant, il se tira alors une balle dans la tête. Un petit groupe, dont Adrien, réussit à s’en sortir en louvoyant entre les gerbes de blé et rejoignit le village. Dix maquisards étaient morts au combat, de très jeunes gens engagés dans la Résistance et leurs deux lieutenants : Antoine et THÉVENET Marcel, Julien, Gaston [Pseudonyme dans la résistance : Cellou, Comte de Saint-Gilles]. Leurs funérailles suivies par une foule nombreuse se déroulèrent le 19 août 1944 à la Chaise-Dieu (Haute-Loire) où ils furent tout d’abord inhumés. Le corps d’ Antoine Angéli fut plus tard transféré à Nocario.
L’acte officiel de décès a été établi le 13 août 1945 par le service de l’Etat-civil des successions et des sépultures militaires ; il comporte la mention Mort Pour La France. Titulaire de la Croix de guerre avec palme, il fut nommé Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume pour services exceptionnels rendus à la Défense nationale par décret de novembre 1946 publié au Journal Officiel en décembre 1946. Il a été homologué dans son grade de lieutenant avec prise de rang au 1er juin 1944 par décret du 28 octobre 1947 (JO du 14 novembre 1944).
Dans une attestation en date du 25 avril 1947, VIAL Théodore, Marius dit Théo VIAL-MASSAT [pseudonymes dans la résistance : Bibi, Jacques, Massat], chef du Wodli, atteste de sa présence au maquis du 1er octobre 1943 au 18 août 1944 et dans les combats de Brioude (Haute-Loire), de Saint-Paulien, camp Wodli, (20 juillet 1944) et de Bellevue-La-Montagne (Haute-Loire), 12 et 18 août 1944. Il écrit : "Magnifique chef, d’un dynamisme et d’un courage exemplaire, il trouva la mort au cours d’un combat contre les Allemands le 18 août 1944 à Bellevue-La-Montagne."
Sources

SOURCES : AVCC Caen, AC 21P 7991 .— SHD Vincennes, GR 16 P 13635 : Dossier Antoine Angéli : consultation et notes de Geneviève Launay .— Arch. Départ. Haute-Loire, 300J11 et 300J38 .— Arch. Dépt. Loire : archives Gentgen, cote 11J . — Bernard Capuano, "Itinéraire d’un enfant de Rive-de-Gier dans La Résistance", Bulletin spécial de l’Amicale des Anciens Résistants et Amis de Rive-de-Gier, 2013 et témoignage manuscrit .— Pierre Broué, Raymond Vacheron, Meurtres au Maquis, Ed. Grasset 1997 .— Mémoires d’octobre / un film de Julien Ouguergouz, Ed : Ardèche Images production , 2012 — Site Mémorial GenWeb.- Site de la commune de Nocario (Haute-Corse).

Michelle Destour

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