Né le 12 mars 1923 aux Matelles (Hérault), mort le 2 mars 1944 à Nîmes (Gard) ; domicilié à Ganges (Hérault) et à Driolle (commune de Saint-Roman-de-Codières, Gard) ; bûcheron ; exécuté par pendaison par les SS de la division Hohenstaufen ; réfractaire du STO ; résistant (FTPF du Gard)

Jean Ordines (1923-1944)
Jean Ordines était le fils de Miguel Ordines et d’Isabelle (Élisabeth, sur l’acte de naissance de Jean) San Jaime, d’origine espagnole, installés à une date indéterminée dans l’Hérault, d’abord aux Matelles, puis à Ganges dans les Cévennes. Ils étaient âgés respectivement de trente et de trente-trois ans en 1923. En 1944, les deux frères de Jean Ordines impliqués dans l’aide à la résistance étaient âgés de vingt-et-un et vingt-cinq ans.
Claude Émerique (op. cit., 2009) et Aimé Vielzeuf (op. cit., 2004) parlent, en ce qui le concerne, de « Jean Ordinez », hispanisant son patronyme valencien « Ordines » [le valencien est une variante dialectale du catalan]. Jean Ordines était né en 1923 dans une localité des garrigues héraultaises, sur le piémont des Cévennes, Les Matelles.
Par la suite, la documentation consultée indique que le domicile de la famille Ordines était situé 21 avenue Pasteur à Ganges (Hérault) petite ville industrielle des Cévennes, proche de la limite interdépartementale avec le Gard. À l’hiver de 1944, elle résidait au moins depuis 1940 au hameau de Driolle situé dans la commune de Saint-Roman-de-Codières (Gard), pas très éloignée de Ganges. Jean Ordines était employé comme bûcheron chez Camplan, de Saint-Roman-de-Codières.
Au début de 1944, Driolle abritait deux autres familles en plus des Ordines : les Soulier et les Perrier. Les Ordines, père et fils étaient des bûcherons de métier. Ils pratiquaient aussi l’abattage clandestin qui leur procurait des revenus complémentaires. Ils n’étaient pas affiliés, semble-t-il, à un mouvement ou à un réseau de résistance. Toutefois, ils étaient sympathisants des réfractaires et des maquisards nombreux dans les Cévennes. Lorsque la colonne de la division Hohenstaufen arriva à Driolle au petit matin du 28 février 1944, la maison des Ordines abritait deux réfractaires du STO : Fernand Broussous et Jean-Louis Baudouin. Jean Ordines et ses frères étaient eux aussi des réfractaires du STO. Des attestations — en particulier celle de Roger Torreilles fournies à sa mère après la guerre ont établi qu’il avait été recruté, à compter du 1er août 1943 par le maquis de Lasalle (Gard) des FTPF (désigné comme tel par les attestations délivrées à sa mère). Torreilles a expliqué dans une attestation que « sa maison servit au ravitaillement et au transport d’armes des troupes FTPF stationnées dans les environs ». Pourtant le maquis signalé dans le secteur de Driolle en février 1944 était affilié à l’AS.
La division SS Hohenstaufen arrivée des Balkans à Nîmes le 20 février 1944 fut aussitôt engagée dans des actions de « nettoyage » des maquis du sud-est du Massif Central. Celles-ci commencèrent au soir du 27 février lorsqu’un détachement de cette unité quitta le chef-lieu du Gard afin d’éradiquer les maquis cévenols du Gard et de la Lozère. L’opération était menée de façon conjointe avec des éléments de l’armée allemande qui firent également mouvement depuis Mende et Florac (Lozère). Les soldats de la division Hohenstaufen partis de Nîmes avaient déterminé des objectifs qui avaient été signalés par des informateurs locaux, affiliés à la Milice ou, du moins, favorables à Vichy et hostiles à la Résistance. Driolle était l’un d’entre eux.
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La colonne arriva à Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard) dans la nuit. Un groupe s’en détacha et reçut l’ordre de faire mouvement vers Driolle susceptible d’abriter des maquisards. Des habitants du hameau avaient été signalés par des informateurs. Ils arrivèrent à Driolle, une heure après leur départ. Un des fils Ordines, Henri (réfractaire au STO), eut le temps de s’enfuir et eut ainsi la vie sauve. Les autres habitants ou résidents temporaires de Driolle furent arrêtés. La maison des Ordines fut la première à être investie par les Allemands. Les époux Miguel et Isabelle Ordines furent arrêtés ainsi que leur fils cadet, Jean, et les deux réfractaires au STO qu’ils hébergeaient, Fernand Broussous et Jean-Louis Baudouin. Chez les Soulier, ils arrêtèrent la mère, le fils, Fernand, et un visiteur qui ignorait qu’il avait été entre temps convoqué au STO et qu’il était considéré comme réfractaire. Par contre, ils laissèrent libres M. Perrier et sa fille. Les habitants de Driolle arrêtés furent conduits au château de Planque à Saint-Hippolyte-de-Fort. Ils les « interrogèrent » et décidèrent que Fernand Broussous serait pendu au pont de la voie ferrée qui traverse la route de Saint-Hippolyte-du-Fort à Lasalle, ce qui fut rapidement fait.
Les otages de Driolle et de Lassalle furent amenés à Nîmes. Les femmes, dont Isabelle Ordines, femme de Miguel furent incarcérées à la prison de la ville d’où elles furent extraites sans explications trois mois plus tard. Les hommes capturés à Driolle, sauf Broussous déjà pendu à Saint-Hippolyte-du-Fort furent regroupés avec les otages capturés à Ardaillers (commune de Valleraugue, Gard) (Voir par exemple Louis Carle) et à Lasalle. Plus tard, ils furent rejoints par les deux maquisards de Bir Hakeim blessés dans un affrontement avec les Allemands à Saint-Hippolyte-du-Fort et capturés à l’hôpital de Nîmes. Le 2 mars 1944, certains otages furent séparés des quinze hommes destinés à la pendaison alors que tous avaient été regroupés à l’école de la Croix de Fer, rue Bonfa, réquisitionnée par les Allemands. Le même jour, ils furent pendus à Nîmes, en trois lieux différents de la ville..Un témoin, le pâtissier Faucher, dont la maison faisait face à la cour de l’école put observer la scène. Le lieutenant SS Ernst Güttmann, Feldgendarme, chef du détachement cantonné à l’école de la Croix-de-Fer — et qui avait participé, les jours précédents, à l’expédition dans les Cévennes —, assista au départ des hommes destinés à la pendaison dirigea, le lendemain, le peloton d’exécution de SS qui massacra quinze villageois du hameau des Crottes (Ardèche). Les quinze hommes furent pendus dans trois endroits différents de Nîmes, aux principales sorties de la ville (routes d’Uzès, 3 ; de Montpellier : avenue Jean-Jaurès à son intersection avec la route de Montpellier, 6 ; de Beaucaire, 6). Les pendus furent hissés sur le toit des camions. Les cordes étaient attachées à des arbres (avenue Jean-Jaurès, alors avenue de la Camargue) ou sous un pont de chemin de fer, les camions reculaient afin de provoquer la mort des suppliciés qui portaient tous une pancarte avec l’inscription : « Ainsi sont traités les terroristes français ».
Les actes de l’état civil de Nîmes n’indiquent pas les lieux exacts des décès. Ils se contentent de signaler simplement l’heure approximative (« vers dix-huit heures »). Les corps auraient dû être exposés pendant 24 heures. Toutefois, l’indignation de la grande majorité de la population nîmoise, incita les forces d’occupation à écourter la durée de l’exposition. Le général Wilhelm Bittrich, commandant de la division Hohenstaufen aurait peu apprécié le principe d’exécutions publiques de « terroristes » par pendaisons. Il fit détacher les cadavres des pendus et les fit enterrer peu après en un lieu inconnu. Le préfet du Gard, le très pro-allemand Chiappe, conscient de l’émoi des Nîmois, fit aussi pression afin de détacher les pendus au plus tôt. Un agriculteur de Jonquières-Saint-Vincent (Gard), dans la vallée du Rhône, Joseph Quiot, surprit des soldats allemands en train d’enterrer des cadavres dans un champ de luzerne. Deux jours plus tard, le propriétaire du champ, Louis Dany vérifia la présence de cadavres. Il prévint la préfecture du Gard. Les cadavres furent exhumés après la Libération.
L’acte de décès de Jean Ordines fut inscrit sur le registre de l’état civil de Nîmes le 16 septembre 1944, sur déclaration de Jean Flandin, secrétaire de police à Nîmes.
Jean Ordines reçut la mention « Mort pour la France » (décision du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre du 12 octobre 1946, inscrite en mention marginale de son acte de décès le 23 octobre). Cette mention fut également inscrite en marge de son acte de naissance aux Matelles le 21 décembre 1957. En tant que résistant, il fut cité à l’ordre de l’Armée à titre posthume (12 juin 1946). Le 7 juin 1947, il fut homologué à titre posthume comme sergent (Carrel, c’est à dire Gilbert de Chambrun a attesté même, le 5 décembre 1944, qu’il avait été lieutenant des FFI), même si, sympathisant de la cause résistante, son adhésion aux FTPF formalisée après sa mort, semble avoir été en grande partie formelle. En tout état de cause, . comme son père, il fut revendiqué par les FTPF dont il était peut-être membre et, en tout cas, sympathisant. Son nom figure sur le monument aux morts de Ganges (Hérault). Jean Ordines fut inhumé à Nîmes, au cimetière Pont-de-Justice, dans le carré 10D, dans la rangée C2, tombe n° 14.
Voir : Nîmes (Gard), Pendaisons publiques, 2 mars 1944
Sources

SOURCES : Arch. service historique de la défense, Vincennes, 16 P 451062. — Arch. com. Nîmes, acte de décès de Jean Ordines et mentions marginales. — Arch. com. Les Matelles, acte de naissance de Jean Ordines et mentions marginales. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [En particulier, pp. 149-150, p. 320]. — Claude Émerique, « Les pendus de Nîmes », in La Résistance dans le Gard, Paris, AERI, CDROM et livret d’accompagnement, 36 p. Paris, 2009. — Aimé Vielzeuf, Bloc-notes 44 (Dans le Gard, en attendant la liberté), Nîmes, Lacour, 1994, 150 + XXXII p. [voir plus particulièrement les pp. 27-29 et 31-33]. — Aimé Vielzeuf, En Cévennes et Languedoc. Au temps des longues nuits, Nîmes, Lacour, 2002, 276 p, le chapitre III, « de l’affaire de Saint-Hippolyte-du-Fort aux pendaisons de Nîmes (28 février-2 mars 1944) », pp. 104-195, plus particulièrement les pp. 112-127 et la p. 152. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis Bir Hakeim, nouvelle édition augmentée, préface d’Yves Doumergue, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. [pp.68-71]. — Site MemorialGenWeb consulté le 23 octobre 2019. — Site Mémoire des hommes, consulté le 23 octobre 2019, fiche « Ordines Jean ».

André Balent

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