Né le 16 juin 1920 à Saint-Côme-et-Maruejols (Gard), mort le 2 mars 1944 à Nîmes (Gard) ; domicilié à Calvisson (Gard) ; cultivateur ; exécuté par pendaison par les SS de la division Hohenstaufen ; victime civile, considéré comme réfractaire du STO par les Allemands

Roger Mathieu était le fils de Paul, Rolland, employé et de Julienne Jourdan. Il était né à Saint-Côme-et-Maruéjols, en Vaunage, la grande plaine gardoise, au sud-est de Nîmes, alors dominée par la viticulture. Ses parents habitaient Calvisson, commune limitrophe de la précédente, bourg considéré comme la capitale de la Vaunage. Lui-même, en 1944 y résidait et travaillait la terre sur une exploitation familiale. Il était célibataire. Trop jeune pour être mobilisé en 1939, il fut appelé aux Chantiers de jeunesse dont il était revenu en 1944. Il demeurait dans un village d’ une plaine viticole dont les habitants, y compris les agriculteurs, souffraient de pénuries alimentaires qui s’aggravaient au fil des mois, recherchaient du « ravitaillement ». À cet effet, il se rendait dans les Cévennes dont la polyculture permettait d’obtenir des denrées variées, viandes, fruits et légumes.
En février 1944, à la recherche de ravitaillement, il se trouvait à Driolle, hameau de la commune cévenole de Saint-Roman-de-Codières. Il était hébergé par les Soulier, une des trois familles paysannes qui habitaient Driolle (Voir Soulier Fernand). Il ne se doutait pas que ce hameau isolé allait être investi par des SS de la 9e division blindée Hohenstaufen, en garnison à Nîmes. Un de ses détachements quitta Nîmes dans la nuit du 28 au 29 février 1944 afin de silvrer à une opération de « nettoyage » des maquis cévenols. Les SS était informés des lieux où se trouvaient les maquis, les réfractaires du STO et les « civils » qui les aidaient. Driolle était un de leurs objectifs. Les SS établirent leur quartier général à Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard). Vers 5 heures 30, un groupe reçut l’ordre de faire mouvement vers Driolle susceptible d’abriter des maquisards, en particulier, le maquis (AS) dit de l’Aire de Côte, son premier cantonnement, dirigé par René Rascalon qui était repéré dans le secteur. D’autre part, des habitants du hameau avaient été signalés par des informateurs comme étant des résistants ou, à tout le moins, des sympathisants des maquisards qui aidaient les réfractaires du STO. Ils arrivèrent à Driolle, une heure après leur départ.
Chez les Soulier, ils arrêtèrent la mère, le fils, Fernand, Roger Mathieu. Ce « visiteur » venu de Calvisson pour se ravitailler, ignorait qu’il avait été entre temps convoqué au STO et qu’il était considéré comme réfractaire. Les otages de Driolle auxquels furent adjoints ceux de Lassalle furent amenés à Nîmes. Les femmes furent incarcérées à la prison de la ville d’où elles furent extraites sans explications trois mois plus tard. Les hommes capturés à Driolle, sauf Broussous déjà pendu à Saint-Hippolyte-du-Fort furent regroupés avec les otages capturés à Ardaillers (commune de Valleraugue, Gard) (Voir par exemple Louis Carle). Plus tard, ils furent rejoints par les deux maquisards du maquis Bir Hakeim (AS) blessés dans un affrontement avec les Allemands à Saint-Hippolyte-du-Fort et capturés à l’hôpital de Nîmes. Le 2 mars 1944, tous furent pendus publiquement dans le chef-lieu du Gard.
Quinze hommes furent donc pendus à Nîmes le 2 mars 1944. Un témoin, le pâtissier Faucher, dont la maison faisait face à la cour de l’école put observer la scène. Le Feldgendarme Ernst Güttmann, chef du détachement SS cantonné à l’école de la Croix-de-Fer, assista au départ des hommes destinés à la pendaison dirigea, le lendemain, le peloton d’exécution de SS qui massacra quinze villageois du hameau des Crottes (Ardèche). Les quinze hommes furent pendus dans trois endroits différents de Nîmes, aux principales sorties de la ville (routes d’Uzès, 3 ; de Montpellier : avenue Jean-Jaurès à son intersection avec la route de Montpellier, 6 ; de Beaucaire, 6). Les pendus furent hissés sur le toit des camions. Les cordes étaient attachées à des arbres (avenue Jean-Jaurès, alors avenue de la Camargue) ou sous un pont de chemin de fer, les camions reculaient afin de provoquer la mort des suppliciés qui portaient tous une pancarte avec l’inscription : « Ainsi sont traités les terroristes » français ».
Les actes de l’état civil de Nîmes n’indiquent pas les lieux exacts des décès. Ils se contentent de signaler simplement l’heure approximative (« vers dix-huit heures »). Les corps auraient dû être exposés pendant 24 heures. Toutefois, l’indignation de la grande majorité de la population nîmoise, incita les forces d’occupation à écourter la durée de l’exposition. Le général Wilhelm Bittrich, commandant de la division Hohenstaufen aurait peu apprécié le principe d’exécutions publiques de « terroristes » par pendaisons. Il fit détacher les cadavres des pendus et les fit enterrer peu après en un lieu inconnu. Le préfet du Gard, le très pro-allemand Chiappe, conscient de l’émoi des Nîmois, fit aussi pression afin de détacher les pendus au plus tôt. Un agriculteur de Jonquières-Saint-Vincent (Gard), dans la vallée du Rhône, Joseph Quiot, surprit des soldats allemands en train d’enterrer des cadavres dans un champ de luzerne. Deux jours plus tard, le propriétaire du champ, Louis Dany vérifia la présence de cadavres. Il prévint la préfecture du Gard. Les cadavres furent exhumés après la Libération.
L’acte de décès de Roger Mathieu fut inscrit sur le registre de l’état civil de Nîmes le 16 septembre 1944, sur déclaration de Jean Flandin, secrétaire de police à Nîmes. Louis Carle reçut la mention « Mort pour la France » (décision du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre du 5 février 1947, inscrite en mention marginale de son acte de décès). Il fut inhumé à Nîmes dans le « carré mixte » du cimetière Pont de Justice, carré 10D, rang C2, tombe n°6. Son nom figure sur les monuments aux morts de Calvisson et de Saint-Côme et Maruejols. Une plaque qui lui est spécialement dédiée, Elle a été apposée par le Parti communiste français à la base du monument aux morts de Calvisson, après souscription publique : « À la mémoire de notre ami Roger Mathieu martyr de la Résistance pendu par les nazis à Nîmes le 2 mars 1944 ».
Voir : Nîmes (Gard), Pendaisons publiques, 2 mars 1944
Sources

SOURCES : Arch. com. Nîmes, acte de décès de Roger Mathieu et mentions marginales. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [En particulier, pp. 149-150, p. 320]. — Claude Émerique, « Les pendus de Nîmes », in La Résistance dans le Gard, Paris, AERI, CDROM et livret d’accompagnement, 36 p. Paris, 2009. — Aimé Vielzeuf, Bloc-notes 44 (Dans le Gard, en attendant la liberté), Nîmes, Lacour, 1994, 150 + XXXII p. [voir plus particulièrement les pp. 27-29 et 31-33]. — Aimé Vielzeuf, En Cévennes et Languedoc. Au temps des longues nuits, Nîmes, Lacour, 2002, 276 p, le chapitre III, « de l’affaire de Saint-Hippolyte-du-Fort aux pendaisons de Nîmes (28 février-2 mars 1944) », pp. 104-195 .— Lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans le Gard, Nîmes, Archives départementales du Gard, s.d., 109 p. [p. 53]. — Site MemorialGenWeb consulté le 14 novembre 2019.

André Balent

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