Le 15 février 1944, au lieu-dit "La Croix-Sicard", à Salagnon (Isère), sept jeunes gens furent sommairement exécutés par les Allemands.

Monument de la Croix-Sicard, Salagnon (Isère)
Monument de la Croix-Sicard, Salagnon (Isère)
Photographie Jean-Luc Marquer
Tombe commune, Cimetière communal, Salagnon (Isère)
Tombe commune, Cimetière communal, Salagnon (Isère)
Photographie Jean-Luc Marquer
A l’aube du mardi 15 février 1944, une colonne composée d’une dizaine de voitures venues de Lyon (Rhône) transportant une quarantaine d’Allemands et de deux voitures et un side-car transportant une dizaine de Feldgendarmes de Bourgoin (aujourd’hui Bourgoin-Jallieu, Isère), s’arrêta le long de la route départementale 522, au lieu-dit « Croix-Sicard », environ un kilomètre avant le bourg de Salagnon (Isère).
C’est à pied sur un sol enneigé et par un froid vif qu’un détachement gravit les 400 mètres, jusqu’au lieu où allait se dérouler le drame, sur les pentes du " Molard de la Bise ".
Aucun moyen de communication ne permit à quiconque de donner l’alerte.
Les soldats étaient conduits par un habitant de Salagnon qui avait vendu ses informations à la Gestapo de Lyon.
Arrêté à la Libération et seul témoin oculaire, il relata les faits quand il fut interrogé par la Police Nationale.
A l’orée du bois Michaud, une maison fut rapidement encerclée par les soldats qui tirèrent des rafales de mitraillettes dans les fenêtres.
L’attaque surprit dans leur sommeil sept jeunes gens qui dormaient.
Six d’entre eux étaient des réfractaires au STO ou aux Chantiers de Jeunesse, des combattants inexpérimentés. Le septième, un peu plus âgé, avait pris la direction du groupe et les "chaperonnait".
Voici ce que dit l’informateur de la Gestapo lors de son interrogatoire :
"Aussitôt, les réfractaires ont crié qu’ils se rendaient. Tous ont été interrogés un par un par l’interprète allemand qui nous accompagnait et tous leurs papiers et objets personnels leur ont été retirés mais il n’a pas été retrouvé d’armes.
À ce moment-là j’ai été éloigné de la maison. Quelques minutes après, j’ai entendu le bruit d’une fusillade et j’ai pensé aussitôt que les réfractaires venaient d’être fusillés."
À l’arrivée des Allemands, le chef du petit groupe avait tenté de s’échapper mais les balles des S.S. le clouèrent dans le jardin. Il fut achevé en fin de matinée d’une rafale de mitraillette, après des heures d’agonie.
Les assaillants lancèrent des grenades incendiaires puis allèrent à la maison voisine chercher des fagots qu’il jetèrent par les fenêtres pour alimenter l’incendie.
Au petit jour, tout fut terminé, seules les ruines fumantes laissaient deviner la scène qui venait de se dérouler.
Les corps mutilés des sept jeunes furent rassemblés et enterrés dans une tombe collective, au cimetière du village, après une cérémonie très émouvante suivie par une foule silencieuse.
Plusieurs autres personnes furent traquées ce jour-là, mais la prudence, la chance ou le destin firent qu’elles ne se trouvaient pas dans les maisons visitées par les S.S.. Le maire lui-même ne dut son salut qu’à son état de santé ; il était en effet alité ce jour là.
Le dénonciateur ne profita pas longtemps de son crime, ni de sa prime. Après la Libération, il fut arrêté, jugé, condamné et exécuté à Lyon .
Une stèle fut érigée à l’emplacement même de la maison. Le texte qui y est gravé contient des erreurs factuelles.
Deux noms ont été ajoutés, celui de deux personnes arrêtées et mortes en déportation.


Liste des victimes :


DENAT Henri
DUSSORT Louis
GRANDI Émile
GUILLARD Georges
LYONNARD Philippe
RONGY Jean
INCONNU (Connu sous le nom d’ OLLIVIER Pierre)
Sources

SOURCES : Arch. dép. Rhône, Mémorial de l’Oppression : 3808W 414 et 631

Jean-Luc Marquer

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