Né le 28 juillet 1925 à Metz (Moselle), mort en action le 17 août 1944 à Savigny-l’Evescault (Vienne) ; étudiant ; résistant réseau Renard, réseau Turma-Vengeance (BCRA), maquis AS de la Vienne (groupe Crespin – Le Caïd).

Pierre Bernanose. printemps 1944.
Pierre Bernanose. printemps 1944.
Pierre Bernanose était le fils d’Henri, Jean Marie Bernanose (né le 19 octobre 1896 à Reims, Marne) journaliste, et de Marie - Louise Rollin (née le 8 juin 1899 à Coulommiers, Seine-et-Marne), tous deux domiciliés à Metz (Moselle). Son père, engagé volontaire en janvier 1915 dans l’artillerie, fit dans cette arme la première guerre mondiale, promu sous-lieutenant en décembre 1917. Cité à l’ordre du régiment le 9 novembre 1918, décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze, il fut démobilisé le 4 septembre 1919, classé officier de réserve. Il se maria à Coulommiers le 2 janvier 1919 avec Marie - Louise, Pauline Rollin. Un premier enfant Jean, Jacques, Marie naquit à Metz le 13 avril 1921. Pierre, leur fils cadet naquit dans la même ville le 28 juillet 1925. La famille vint ensuite s’établir à Villemomble-sur-Seine (Seine, aujourd’hui Seine-Saint-Denis), 45, avenue des Ecoles, puis dans le Nord à Maubeuge en 1934, et à Bavay en 1935, domiciliée rue des Récollets. Elle vint enfin s’installer à Rouen (Seine-Maritime), rue Pouchet en 1937. En septembre 1939 Henri Bernanose fut mobilisé comme officier de réserve, capitaine, et fit la campagne de mai - juin 1940 lors de laquelle il fut fait prisonnier, jusqu’à son rapatriement en 1941.
Lors de l’exode la famille Bernanose était venue se réfugier à Poitiers où Pierre devint à la rentrée 40 - 41 élève au lycée Henri IV. Il y fit la connaissance d’Henri et Georges Renard, fils de Louis Renard, fondateur dès 1940 d’un des premiers réseaux de Résistance. Louis Renard, avoué à Poitiers, y avait créé un réseau d’inspiration gaulliste, actif sur le secteur de Poitiers dans les domaines de la propagande (« Le Libre Poitou »), de la collecte de renseignements sur l’occupant et des filières de passage de la ligne de démarcation. Le réseau était en 1941 et début 1942 en cours de constitution et d’organisation. Pierre Bernanose intégra le réseau. Dans le même temps, son père Henri Bernanose, venu rejoindre sa famille à Poitiers, resté en contact avec les services de renseignements français, entra en 1941 dans le réseau Turma-Vengeance, réseau de renseignement affilié au service de renseignement de l’armée de l’air (SR Air), puis au BCRA après l’invasion de la zone libre. Pierre fut associé à son père dans le travail de renseignements qui s’en suivit. À la suite d’excès de zèle manifestes tant de l’administration des PTT que de la police française et du préfet, tous désireux au moment de la signature des accords Oberg/Bousquet de prouver leur pleine collaboration avec l’Allemagne, le réseau Renard fut démantelé à la fin de l’été 1942. Le 30 août 1942, alors qu’il se sentait menacé d’arrestation, Louis Renard demanda à Pierre Bernanose d’aider ses deux fils à quitter clandestinement Poitiers. Il les conduisit à Amiens dont son oncle maternel Pierre Rollin était le maire (maire par délégation spéciale en septembre 1941, il fut l’un des rares maires maintenus en poste à la Libération, pour son action résistante). Tandis que Pierre Bernanose était caché temporairement à Amiens, dans le quartier où habitait son oncle, par Jeanne Vignon, membre du premier mouvement de résistance de la Somme et qui assura jusqu’à la Libération la cache et l’évasion de nombreux résistants et aviateurs alliés, les deux frères Renard furent confiés à une filière d’évasion qui leur permit de franchir la ligne de démarcation et d’assurer leur refuge. Toute la famille Bernanose rentrée à Rouen s’investit alors dans le réseau Turma - Vengeance, Henri Bernanose tenant à Paris un magasin servant de couverture à ses activités. Pierre entra en octobre 1942 en classe de première au Collège Notre-Dame dans l’est parisien où il effectua une année scolaire, aidant son père dans ses activités résistantes. A la rentrée d’octobre 1943, il vint effectuer sa Terminale au lycée Corneille de Rouen poursuivant là encore son action résistante avec toute sa famille au sein du réseau Turma - Vengeance. A la fin 1943, le réseau fut décimé par une vague d’arrestations opérées par la SIPO - SD, qui avait pu infiltrer des agents doubles. Toutes les régions furent touchées, et la totalité de la famille Bernanose arrêtée. Pierre Bernanose fut arrêté début novembre, incarcéré à Rouen puis à Compiègne à partir du 10 novembre 1943. Il fut déporté vers Buchenwald avec son père par le convoi parti de Compiègne le 27 janvier 1944. Il parvint à sauter du train près de Bar-le-Duc et à s’évader. Blessé, il fut recueilli par des paysans qui le soignèrent et le cachèrent plusieurs semaines. Son parcours clandestin entre mars 1944 et juillet 1944 reste mal connu, passant vraisemblablement par la Normandie où il était recherché puis par la région de Poitiers. Il rejoignit alors fin juillet - début août selon les sources un maquis de l’AS appartenant au groupement « Le Chouan », le groupe Crespin – Le Caïd. Il y fut nommé lieutenant. Le 14 août 1944 alors que les premiers signes d’un départ imminent des troupes allemandes et de leurs collaborateurs se précisaient, les maquis de la Vienne sur ordre du commandement départemental des FFI vinrent s’établir en périphérie de la ville de Poitiers, la Libération de Poitiers semblant proche. Les maquis du groupement Le Chouan de l’Armée Secrète s’installèrent dans les communes périphériques de Poitiers, à l’est de la ville. Des éléments du maquis Crespin- Le Caïd furent placés dans une position exposée à Savigny-l’Evescault. L’axe routier vers l’est de Poitiers étant stratégique pour le repli des troupes allemandes vers l’est de la France, celles-ci lancèrent le 17 août toute une série d’opérations pour dégager les sorties est de la ville. Des combats opposèrent sur la commune de Savigny-l’Evescaut (Vienne) à proximité de la RN 147, les forces allemandes au groupe Crespin-Le Caïd (AS). Sous la violence de l’attaque allemande, le maquis tenta de se replier vers la commune de Tercé proche. Pierre Bernanose fut tué dans le combat par l’explosion d’un obus de mortier. Son corps fut « découvert au carrefour de Chateaumerle, dans le fossé droit de la route, en direction de Nieuil-l’Espoir... Il était atteint au thorax par un obus » (acte de décès). En même temps que lui, furent tués deux de ses camarades Jean Claude Lévy et Gérard Bary.
Il fut inhumé dans le cimetière de Saint-Martin-la-Rivière (Vienne). Sa compagne Fabienne avec laquelle il s’était fiancé au printemps 1944, donna naissance en décembre 1944 à un fils prénommé Luc, reconnu et légitimé à titre posthume.
Pierre Bernanose obtint la mention mort pour la France et le statut interné-résistant (DIR). Il fut fait à titre posthume avec son père chevalier de la Légion d’honneur. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Villemonble et sur la plaque commémorative des maquisards de Savigny-l’Evescault.
Son père Henri Bernanose mourut en déportation à Dora le 27 juillet 1944. Sa mère déportée de Compiègne le 31 janvier 1944 à Ravensbrück fut libérée le 14 avril 1945. Son frère Jean déporté de Compiègne le 2 juillet 1944 par le convoi appelé « le train de la mort » vers Dachau fut libéré le 29 avril 1945, mais mourut des conséquences de la déportation et des suites du typhus le 13 avril 1950.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Moselle (registre matricule) — SHD Vincennes GR 16 P 50799 et SHD Caen AC 21 P 20623 (à consulter) — Jean Henri Calmon La chute du réseau Renard. Poitiers 1942. Le S.S., le préfet et le résistant, Geste éditions, 2015 — Marie-José Bernanose-Van Gheluwe, Si j’aurais su, j’aurais pas entendu, éd. Fabert, Paris, 2010 — Christian Richard Groupement Le Chouan, maquis Est et Nord-Est de la Vienne, Lagardère, Le Chouan, Masier Michel Fontaine Ed. 2015 — Geneviève Bouhet et Anne Venisse Savigny-l’Evescault sous l’occupation ED. BM Savigny-L’Evescault — renseignements et archives personnelles Yves Renard (fils de Louis Renard) — site internet VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation) — Mémoire des hommes — Mémorial genweb — État civil, mairie de Savigny-l’Evescault, acte n° 6 décès d’inconnu.

Michel Thébault

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