Né le 20 mai 1890 à Labruyère (Oise), guillotiné le 7 décembre 1943 à Cologne (Allemagne) ; mécanicien garagiste ; résistant de Combat-zone Nord, réseau Hector, condamné par le Tribunal du Peuple à la peine capitale le 19 octobre 1943.

Georges Tainturier, champion d’épée, par Kellen (1924).
Georges Tainturier est fils de Charles Olivier Tainturier, instituteur public (né en 1864 à Cinqueux, Oise) et de Marie Louise Athénaïse Eugénie Chevalier (née en 1867). En 1920, son père, veuf, revenu à Cinqueux, sa commune natale, se remaria avec Armandine Renée Lefebvre (née en 1888 à Pont-Sainte-Maxence).
Collégien à Compiègne (collège Ferdinand Bac), on le note étudiant à Paris (Ve) à 21 ans. Il fut incorporé pour son service militaire le 10 octobre 1912 au 15e Régiment d’Infanterie. Caporal le 26 avril 1913, il fut blessé en « service commandé » le 1er juillet 1913 en exécutant un saut de profondeur au portique au cours d’une séance de gymnastique (entorse au pied gauche). Sergent le 1er octobre 1913, il fit la campagne contre l’Allemagne aux Armées du 2 août 1914 au 31 août 1915.
Il passa au 9e Régiment de Cuirassiers à Tours par décision du général commandant la 11e Région le 26 août 1915. Parti et rayé des contrôles le 1er septembre 1915, il fut affecté à l’Intérieur jusqu’au 7 août 1917. Entre temps, il passa au 5e Régiment de Dragons le 4 janvier 1917 par décision ministérielle. Le 8 août 1917, il fut de nouveau affecté aux Armées jusqu’au 17 juillet 1918. Ce jour-là, il mena deux attaques de sa section et fut atteint de deux balles de mitrailleuses, l’une à la joue gauche et l’autre à l’épaule gauche, lors de l’attaque du village de Montvoisin (Marne). Blessé, il fit un long trajet pour renseigner le chef d’une unité voisine avant d’être pansé puis évacué. Il est soigné à l’hôpital d’Ivry du 19 juillet au 2 août 1918. Il reçut la Croix de guerre avec étoile de vermeil suite à cette action par ordre du 1er Corps de Cavalerie du 7 août 1918 avec la citation : « Officier d’une énergie, d’un entrain et d’une bravoure exceptionnelle ». Le 3 août, il fut de nouveau affecté aux armées jusqu’au 29 août suivant avant de passer à l’Intérieur.
Démobilisé en 1919, il résida d’abord à Clermont (Oise). Il passa alors dans la réserve et fut nommé lieutenant de réserve par décret du 10 mars 1924 à dater du 20 octobre 1922. Il fut alors affecté au centre de CM Cavalerie n°40 où il accomplit une période de 25 jours en 1933. Puis, par décret du 30 avril 1934, il fut affecté au CM Cavalerie n°22. Georges Tainturier a été fait chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire en 1926.
Revenu à Cinqueux, Georges Tainturier y épousa le 5 octobre 1922 Germaine Marie Ludovica Martin. De cette union naîtra une fille, Claude. Il s’illustra dans le domaine sportif d’abord en tant membre du Rugby Club de Compiègne, puis en escrime où il se fit un nom. Élève du maître d’armes Léon Bouché au Cercle de l’Escrime à l’Epée de la rue Blanche à Paris (IXe), il emporta son premier titre amateur dans cette discipline en mai 1921 en devenant champion de Paris. Il devint champion de France individuel amateur à l’épée en 1923 puis champion olympique par équipe le 9 juillet 1924 lors des Jeux de Paris avec Lucien Gaudin, Roger Ducret et Georges Buchard en battant la Belgique. Champion d’Europe d’épée individuel en juillet 1926 en battant à Ostende l’Allemand Fernand de Montigny, il gagna de nouveau la médaille d’or par équipe aux Jeux Olympiques d’été de Los Angeles le 7 août 1932 avec Fernand Jourdant, Bernard Schmetz ; Georges Buchard, Jean Piot et Philippe Cattiau en battant l’Italie.
Le 21 janvier 1926, il fonda le cercle d’escrime de Compiègne (Oise), ville où il s’installa la même année, au 23 rue du Port à Bateaux en tant que mécanicien. Il devint par la suite directeur du garage Saint-Jacques à Compiègne.
Le sous-secrétaire d’Etat de l’éducation physique lui décerna la médaille d’or d’honneur de l’éducation physique par arrêté du 7 mai 1929.
Georges Tainturier s’engagea dans la Résistance en novembre 1940 auprès de Jean de Launoy de La Vérité française. Il devint le 1er mai 1941 agent P1 au réseau Hector, du mouvement Combat que l’on dénomme à Compiègne le Bataillon de France. Ce groupe créé par Tony Ricou, dirigeant de Combat Zone Nord, mena des actions clandestines telles que collecte de renseignements, constitution de dépôts d’armes, diffusion de tracts ou sabotage de liaisons de communication allemande.
Georges Tainturier accepta de diriger le Bataillon de France à partir de janvier 1942 en tant qu’agent P2 chargé de mission deuxième classe.
Infiltré par un agent à la solde des Allemands, Jacques Desoubrie (alias Martin ou Noëmans), et trahi par Henri Devillers, un agent de liaison, le groupe fut dénoncé aux forces d’occupation. Dix-neuf personnes furent arrêtées le 3 mars 1942 (dont Georges Tainturier), une le 4 mars et deux le 17 avril. Tandis que quatre d’entre elles étaient relâchées, les autres étaient incarcérées à Fresnes.
Si Georges Fouquoire parvint à être libéré en simulant la folie, seize membres du Bataillon de France furent déportés en Allemagne le 23 septembre 1942 après un voyage de six jours. Incarcérés à Sarrebruck, ils furent employés à divers travaux (montage de guêtres, fabrication de boutons...), demeurant dans l’ignorance de ce qu’il leur était reproché.
Deux d’entre eux, Georges Bechon et Alfred Vervin décédèrent à Sarrebruck, le premier de la dysenterie le 29 octobre 1942 et le second de la diphtérie le 23 janvier 1943. Le 23 juillet 1943, ils furent informés que leur sort dépendait du Tribunal du Peuple et le 17 août 1943 qu’ils étaient inculpés d’avoir participé à une organisation dépendant du général de Gaulle constituant un acte de trahison envers le gouvernement allemand.
À partir du 18 octobre, les inculpés comparurent par petit groupe devant le Tribunal du Peuple pour être jugés. Georges Tainturier fut condamné à la peine capitale le 19 octobre 1943 par le 2e sénat du Volksgerichtshof (affaire Continent) avec Gabriel Clara, Michel Edvire, Guilbert Flandrin, Alexandre Gandoin, Christian Heraude, Robert Heraude, Abel Laville et Auguste Vandendriesche.
Ces neuf membres du Bataillon de France furent décapités le 7 décembre 1943 à la prison de Cologne. Trois autres membres du Groupe de Compiègne furent condamnés à des peines de prison (4 ans pour Pierre Bourson, 6 ans pour Robert Toustou et 8 ans pour Maurice Rousselet en raison de sa jeunesse) et deux acquittés faute de preuve. Tous demeurèrent internés dans des camps de concentration.
Des membres du Bataillon de France arrêtés en 1942, seuls Jean Nicot (déportés à Dachau le 10 novembre 1943) et Maurice Rousselet survécurent à la déportation. En effet, François Claux fut tué dans les bombardements de la prison de Sarrebruck le 11 mai 1944, Pierre Bourson décéda à Orianenburg le 17 décembre 1944 et Robert Toustou fut abattu lors de la marche de la mort à Sachsenhausen le 30 juin 1945.
De nombreux hommages ont été décernés à Georges Tainturier. A Cinqueux, une plaque mémorielle a été apposée sur la maison qu’il habita rue de l’Image. Son nom a été inscrit sur les plaques commémoratives de la mairie et de l’église. Il est aussi présent sur les monuments aux morts de Cinqueux et de Compiègne ainsi que sur la plaque commémorative du collège Ferdinand Bac.
A Compiègne, le gymnase du centre-ville se dénomme la Salle des Sports Georges Tainturier. De même, le club qu’il a fondé en 1926 est devenu le Cercle Georges Tainturier le 19 octobre 1945. Plus récemment, l’office des sports de Compiègne lui décerne le 31 décembre 2000 le Picantin du Siècle, une statuette symbolisant la réussite sportive locale. Elle est remise à sa fille Claude Goubin.
Sources

SOURCES : Archives départementales de l’Oise, 1696W107, RP771, RP984. —Le Figaro, 6 mai 1921. — Le Miroir des Sports, 14 juin 1923. — Le Matin, 30 juillet 1926. — Paris Soir, 31 juillet 1926. — L’escrime et le tir n°129, janvier 1933. — Guy J-P, Bernet J., Le sport à Compiègne et en Picardie sous la 3e République, Le golf et l’escrime, in Annales historiques compiégnoises n°51-52, 1992. — Archives départementales de l’Oise . — Archives de la famille Tainturier. — Henri Noguères : Histoire de la Résistance en France, Paris, Robert Laffont, 1972 tome 2, p. 335-339 ; tome 4, p. 91 — Notes de Jean-Pierre Besse et Annie Pennetier.

Jean-Yves Bonnard

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