Après l’évasion de soixante-dix-neuf prisonniers politiques, organisée par le Parti communiste et les FTP, dans la nuit du ler au 2 octobre 1943 de la prison du Puy-en-Velay (Haute-Loire), une partie des évadés est transférée vers le maquis FTP Wodli de Queyrières, proche d’Yssingeaux (Haute-Loire). Immédiatement, 5 des évadés, trotskystes, sont retenus prisonniers. L’un réussit à s’enfuir bientôt mais les quatre autres furent ensuite exécutés sur ordre sans que leur corps ne soit jamais retrouvé et sans que le ou les responsables de l’exécution ne soient identifiés.

Cinq militants trotskystes furent détenus successivement à la prison de Lodève (Hérault), puis, en novembre, au camp de Mauzac (Dordogne) avant d’être transférés à la prison du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Leurs relations avec la fraction de prisonniers politiques contrôlés par le PCF furent très tendues, les militants trotskystes étant mis à l’écart, subissant des brimades.
Après l’évasion du Puy-en-Velay de 80 prisonniers politiques, les 5 militants furent envoyés vers le camp Wodli, séparés d’un autre groupe envoyé vers le Puy-de-Dôme, comprenant notamment Paul Maraval, un jeune communiste, ancien des Brigades Internationales, qui avait sympathisé avec eux et semblait avoir été acquis à leur cause. C’est la raison pour laquelle ce dernier fut lui aussi exécuté, plus tardivement, en juillet 1944, par ses propres camarades FTP.
Au camp Wodli, Albert Demazière parvint à s’enfuir après avoir été envoyé avec deux autres FTP pour une corvée, après qu’ils se soient perdus et séparés, mais Pietro Tresso, Jean Reboul, Abram Sadek et Maurice Segal furent exécutés fin octobre 1943, peut-être le 26 ou le 27, sur ordre des responsables du maquis, appliquant les consignes « venues d’en haut » affirment Pierre Broué et Raymond Vacheron.
Après la guerre, le Parti communiste internationaliste attribua cette élimination à Théodore Vial lequel s’en défendit toujours, affirmant qu’à cette date il avait été déplacé dans la vallée du Rhône par la direction des FTPF.
Malgré l’ampleur de leurs recherches, Raymond Vacheron et Pierre Broué ne purent obtenir le moindre élément écrit attestant de l’exécution des 4 trotskystes, seuls les témoignages, confirmant ces exécutions. C’est seulement en 2019 qu’on a trouvé trace de cette exécution dans des documents internes au Parti conservés aux archives de la Conférence nationale place du Colonel Fabien. C’est Jean Burles qui l’indique dans une note manuscrite datée du 15 mai 1954 sur son parcours pendant la guerre : « transféré en décembre à la prison du Puy, en cellule avec Corsi, d’Arles, Sirca des dockers de Marseille, Philomen Mioch, Imbert.
Deuxième évasion
« Un gardien venant d’Eysses m’a fait savoir qu’il était à nouveau possible de s’évader. Ceci me fut confirmé par les autres cadres de Montluçon, Lyon qui avaient davantage de rapports avec lui et dont les parents venaient souvent.
Notre évasion convenue fut retardée par celle de Saint-Étienne qui avait mis la région en surveillance.
Dans la nuit du 30,septembre au 1er octobre 1943 à minuit le gardien me remet le jeu de clé cellules et portes, un revolver. Je ne l’ai plus vu, il aurait paraît il emporté des fonds de l’économat de la prison.
J’ai ouvert des cellules convenues puis la sortie s’est organisée. Enfermer les gardiens, miliciens, etc.
Les cadres du dehors attendaient. Nous étions 86, avec nous des trotskystes et Imbert abattus par la suite sauf un : Demazière. »
Cette note, tout en laissant entendre de façon calomnieuse que le gardien Albert Chapelle, militant socialiste, résistant, un des deux piliers de l’évasion du Puy avec Augustin Ollier, aurait agi dans un but lucratif, a le grand intérêt de reconnaître l’exécution des trotskystes, sans en dire plus sur les donneurs d’ordre et les exécutants.
Liste des victimes
Reboul Jean
Sadek Abraham
Ségal Mocho
Tresso Pietro
plus tardivement
Paul Maraval
Sources

SOURCES : Pierre Broué, Raymond Vacheron, Meurtres au maquis, Grasset, 1997. — Arch. Comité national du PCF, dossier Jean Burles. — Mail d’Henri Destour à Eric Panthou, le 27 avril 2020.

Eric Panthou

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