Du 25 au 29 novembre 1943, eut lieu une série d’assassinats et d’arrestations des principaux responsables de la résistance grenobloise à l’occupation allemande. Elle fut perpétrée par une équipe conjointe de policiers allemands venus de Lyon ayant à leur tête le lieutenant SS Moritz, de membres du Mouvement National Anti Terroriste (M.N.A.T.), un groupuscule d’extrême-droite collaborationniste créé et dirigé par Francis André, dit "Gueule Tordue", et de miliciens de l’agglomération grenobloise aux ordres du chef Berthon. Elle a été ainsi nommée en référence au massacre des protestants de 1572.

Même si depuis mars 1943, Grenoble résonne presque toutes les nuits d’explosions de bombes visant les locaux des partisans du régime de Vichy et des collaborateurs, la région grenobloise durant l’occupation italienne reste relativement sûre.
Mais dès après la signature de l’armistice de Cassibile le 8 septembre 1943, les troupes allemandes occupent la zone italienne et Grenoble.
La ville est alors soumise à un strict couvre-feu et les sentinelles ont la gâchette facile.
La première victime de la rigueur allemande est André Abry, tué le 6 octobre 1943.
Mais les explosions continuent, et depuis que les Allemands sont là, les attentats visent surtout les infrastructures utiles aux occupants.
Le 11 novembre 1943, à l’appel des mouvements de Résistance d’obédience communiste, une manifestation eut lieu. Refoulés de la Porte de France où se trouve le monument aux morts, les manifestants se rendirent au monument aux "Diables Bleus".
Là, ils se retrouvèrent comme pris dans une nasse et plusieurs centaines de personnes furent arrêtées et conduites à la caserne de Bonne. Les femmes et les enfants furent relâchés après quelques heures mais les hommes de moins de 30 ans furent déportés en Allemagne et seuls 102 en revinrent.
Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1943, un résistant, Aimé Requet, fit sauter le dépôt de munitions et de matériel du Parc d’artillerie de Grenoble (Isère), ordinairement appelé le Polygone.
La première déflagration eut lieu à 0h40. Les explosions se poursuivirent une partie de la nuit.
C’est dans ce contexte que, le 15 novembre, se tint une réunion au sommet de la Gestapo grenobloise.
Décision fut prise de réaliser une opération "coup de poing" pour décapiter la Résistance en faisant appel à la Gestapo lyonnaise et à l’équipe de Francis André, fondateur et chef du Mouvement National Anti Terroriste (M.N.A.T.), un groupuscule d’extrême-droite collaborationniste et exécuteur de basses besognes pour les Allemands.
Arrivant à Grenoble le 25 novembre 1943, le groupe fut complété par plusieurs miliciens de l’agglomération grenobloise et prit ses quartiers dans une villa réquisitionnée par la police allemande 2 rue Charles Baudelaire.
Les sbires disposaient d’informations recueillies par les époux Girousse, responsables grenoblois du Francisme notamment auprès de la propriétaire du "Palais de la bière", Rose Mollaret.
Alors commença, comme l’écrivit Louis Nal "La ronde des tractions".
Le 25 novembre 1943, furent arrêtés puis sommairement exécutés Georges Duron et Roger Guigue.
Le 25 ou le 26 novembre 1943, Jean Pain, journaliste, fut arrêté. Son cadavre fut trouvé le 27 novembre 1943.
Le 26 novembre 1943, les docteurs Jacques Girard et Henri Bütterlin et Alphonse Audinos furent à leur tour arrêtés et abattus. Ce même jour, Joseph Bernard fut exécuté à son domicile
Le 27 novembre 1943, à deux heures du matin, le docteur Gaston Valois, chef des Mouvements Unis de Résistance de l’Isère, fut arrêté à son domicile. Conduit dans les locaux de la Gestapo, il y fut longuement torturé et préféra se suicider plutôt que de courir le risque de parler.
Le 29 novembre 1943, le docteur Victor Carrier de Saint-Marcellin (Isère), tenta de s’opposer à son arrestation et sortit une arme. Il fut immédiatement abattu par les miliciens venus l’arrêter.
Plus tard dans la journée, c’est Jean Bistési, professeur à l’institut d’électrotechnique de Grenoble qui fut abattu sur son lieu de travail.
Enfin, à 16 heures, Jean Perrot, industriel, fut mortellement dans son entreprise et décéda quelques plus tard à l’hôpital.
Il y eut également durant ces cinq jours une vingtaine d’arrestations, souvent suivies de déportations dont lusieurs ne revinrent pas.
La Résistance grenobloise fut bien sûr quelque peu désorganisée par ces 11 exécutions et ces arrestations mais bien vite d’autres reprirent le flambeau.
Sources

SOURCES : Pierre Giolitto, Grenoble 40-44, Perrin, 2001 — Patrice Escolan, Lucien Ratel, Guide Mémorial du Vercors résistant, le Cherche-Midi, juin 1994 — https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Barth%C3%A9lemy_grenobloise

Jean-Luc Marquer

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