De 1941 à juillet 1944, au moins 60 détenus furent victimes de la répression à la prison de la Santé, dont 26 résistants et 34 détenus de droit commun. 21 des 25 résistants et les 34 détenus de droit commun ont été condamnés et/ou exécutés par les Français. Un bilan sûr et définitif nécessiterait le dépouillement exhaustif de l’état civil du XIVe arrondissement pour toute la période de l’Occupation.



Serge BOUROTTE mourut le le 23 janvier 1941 Il est la première victime connue, mais on ignore les raisons de son incarcération et les circonstances de sa mort.


En 1941-1942, onze résistants furent guillotinés après avoir été condamnés par une juridiction d’exception de l’Etat français
Le 28 août 1941
BASTARD Emile
BRÉCHET André
TRZEBRUCKI Abraham
Le 24 septembre 1941
CATELAS Jean
GUYOT Adolphe
WOOG Jacques
Le 23 juillet 1942
LEFÉBURE Edgar
MEUNIER Henri
DALMAS André
Le 8 août 1942
GRINBERG Isidore
Le 28 août 1942
TRZEBRUCKI Abraham


Le 27 février 1942, Conrad MIRET i MUSTÉ, résistant MOI, mourut sous la torture.
Le 19 mars 1942, le résistant Szmult CRUC se suicida.
Le 16 avril 1942, le résistant de l’OS Daniel BRET fut déclaré mort à la prison, vraisemblablement sous la torture.


Les fusillés après condamnation et exécutés sommairement.
Le 7 juillet 1942, René DIOT fut passé par les armes par les Allemands après condamnation.


En 1944, Vichy était devenu un État milicien. Le 30 décembre 1943, Darnand, chef de la Milice fut nommé secrétariat général au Maintien de l’Ordre, en remplacement Bousquet. Depuis le 15 septembre 1943, l’administration pénitentiaire était rattachée au secrétariat d’État à l’Intérieur et non plus à la Justice. Elle était dirigée par André Baillet – directeur général, venu des Brigades spéciales– et Jocelyn Maret, milicien - directeur général adjoint.
Laval, par la loi du 20 janvier 1944, complétée par celle du 11 février de la même année, a institué les cours martiales dont les juges – souvent des miliciens - rendaient une caricature de « justice » expéditive dont les sentences étaient immédiatement exécutoires. Le 27 janvier, la Milice s’implanta en zone nord.


Le 30 avril 1944, neuf résistants d’un maquis de l’Aube et de l’Yonne furent condamnés à mort par une cour martiale de Vichy et fusillé par un peloton de gardes (gendarmes, ex-gardes républicains) dans un chemin de ronde de la prison à 6h40 du matin.
BOSMAYER Bernard
COURVOISIER Claude
FINANCE Albert
GODEFROY Alfred
HÉNAULT Guy
MALAK Casimir
MASSÉ Robert
OTT André
SENLIS Gaëtan


14-15 juillet 1944
La répression d’une mutinerie des détenus de droit commun dans la nuit du 14 au 15 juillet 1944 par la Milice et la police entraina la mort de 34 détenus, 6 abattus sommairement et 28 fusillés après condamnations à mort une Cour martiale de l’État français.
En juillet 1944, la prison de la Santé était surpeuplée. Prévue pour 1 000 détenus, elle en hébergeait 4 634 dont une minorité de détenus politiques (464 ou 550 selon les sources) gardés par 207 surveillants. Les conditions de détention étaient devenues particulièrement déplorables. Selon le témoignage de Lhermite, alors premier surveillant : La discipline était très relâchée, du fait de la surpopulation, du manque de personnel, et de la présence à l’établissement de près de 600 détenus politiques, qui bénéficiaient d’un régime de faveur, de tolérance, et qui prit de plus en plus d’ampleur jusqu’à la libération.
Le directeur officiellement en poste le 14 juillet 1944 à la Santé était Jean Farge, qui assurait quelques semaines auparavant la direction de la Petite Roquette. Le 30 mars 1944, il fut « nommé, par nécessité de service, directeur (4e cl) à la maison d’arrêt de la Santé en remplacement de M. Poirier, promu directeur régional ». Un fonctionnaire qui assurait ses fonctions avec humanité mais qui continuait de résider à La Petite Roquette et qui à la Santé, va se décharger de quasiment toutes ses responsabilités sur Maurice Couget qui avait été nommé sous-directeur à la Santé le 15 novembre 1942.
Roger Poirier a continué d’habiter l’appartement de fonction du directeur de la Santé, et il interviendra dès le déclenchement de la mutinerie.
Celle-ci, qui éclata dans la nuit du 14 au 15 juillet, couvait depuis des semaines et l’administration en était parfaitement informée. Y eut-il provocation ? Il n’y a pas de certitudes.
Le jour de la fête nationale, de 16 à 17 heures, les politiques manifestèrent – avec l’accord implicite de l’administration - leur patriotisme pacifiquement : guirlandes, Croix de Lorraine, drapeaux improvisés, Marseillaise. Quelques droit commun s’y associèrent, mais la grande majorité se sentit exclue.
Informé de l’éventualité d’une mutinerie des droit commun, Farge convoqua les délégués politiques et les mit en garde contre le danger de s’y associer et de s’exposer à une répression sanglante.
Le 14 juillet, à 22h10, l’alarme retentit, la mutinerie avait éclaté, partie de la 9e division. Les détenus de droit commun enfoncèrent les portes, envahirent la prison et la mirent à sac. Mais la fuite de révéla impossible. Dans la nuit, les mutins improvisèrent un bal dans la cour au son des harmonicas. Les politiques ne bougèrent pas.
Poirier, sur place, donna l’ordre de tirer. Des renforts affluèrent, d’abord des gardiens de la paix, des gardes (ex-gardes républicains issus de la gendarmerie), puis une centaine de Feldgendarmes appelés à la rescousse, 200 miliciens de la Franc-Garde, venus du lycée Saint-Louis, et, pour diriger la répression, des responsables français et allemands, le préfet de police Amédée Bussière, assisté du directeur de la police municipale Hennequin et le directeur de l’administration pénitentiaire Baillet, qui prit la direction des opérations, les chefs miliciens Max Knipping (responsable de la Milice pour la zone Nord), et Jean Bassompierre (inspecteur général de la Milice pour la zone Nord), et du côté allemand, Knochen et Hagen, chef d’état-major d’Oberg. Les politiques redoutaient de subir aussi des représailles, mais Farge en aurait dissuadé les Allemands et les chefs miliciens.
Selon les heures de décès déclarées à l’état civil, au cours de la nuit, lors de la répression, six détenus de droit commun furent abattus.
A 6h30 du matin, après les sommations par haut-parleur de Bassompierre, le calme revint et les mutins regagnèrent les cellules.
L’enquête fut menée par l’inspecteur général de la Milice Georges-Louis Marionnet. Alors que les SS exigeaient une répression sommaire et massive, Bassompierre obtint – avec l’accord de Darnand joint par téléphone - de faire siéger une Cour martiale qui jugerait une cinquantaine de mutins après criblage. Elle fut composée de miliciens : Pierre Gallet désigné par Darnand pour la présider, avec comme assesseurs Max Knipping et Georges Radici, Léon Sonntag, attaché de cabinet au secrétariat au Maintien de l’Ordre, faisant fonction de commissaire du gouvernement.
Ce furent finalement 45 détenus qui furent jugés l’après-midi. L’audience dura tout l’après-midi, s’achevant vers 17 heures.
Pour former le peloton d’exécution, on fit appel aux gardes de la 7e compagnie en garnison à la caserne de la Nouvelle France. Après avoir manifesté beaucoup de réticences (conséquence de l’exécution des résistants le 30 avril), ils finir par obtempérer.
Sept poteaux avaient été plantés dans le chemin de ronde côté rue Jean Dolent. À partir de 18 h 17, en quatre vagues (18h17-28-38-47), 28 condamnés furent abattus (le premier – selon l’état civil [cf. infra] – aurait été abattu seul à 18h). Selon le témoignage de détenus politiques, plusieurs tombèrent après avoir crié « Vive la France ! ». Le plus âgé avait 48 ans, le plus jeune 18. 23 étaient nés entre 1923 et 1926.
Les corps furent transportés au cimetière d’Ivry. Les décès furent déclarés à l’état civil du XIVe arr. par André Jonquet, employé au commissariat de Montparnasse. Les actes – consultables en ligne - indiquent l’heure précise du décès. Six fusillés obtiendront la mention « Mort pour la France. »


Liste des exécutés sommaires
DÉVEAUX René, abattu le 14 juillet 1944 (né en 1924)
CHAMBRE Désiré (1909)
FRAIPONT Émile (1919)
GALÉA Max (1926)
GUYOT Albert (1896)
DENIEPORT Adrien (1915)


Liste des fusillés
BARA Robert (1924)
ASROUN-MAHIOUT (1906)
BECQ Henri (1925)
BROUSTE René (1925)
CALANDRA Francis (1919)
CHAKRI Arab (1912) Mort pour la France
COAT Pierre (1920) Mort pour la France
CONIL Claude (1925)
DECKER Alexandre (1924)
DUGRAIN Georges (1906)
FAURE Roger (1924)
FLEURY Robert (1925)
FLORENT André (1924) Mort pour la France
GAGNAIRE Henri (1924)
GAGNEUX Louis (1926)
GUÉRIN Marius (1924) Mort pour la France
JAFFREZIC Robert (1924) Mort pour la France
KLÉLE André (1925) Mort pour la France
LE MERLUS Jean (1905)
MAROTEL Albert (1924)
MARY Henri (1925)
MENNEVEUX Guy (1925)
MKHITARIANTZ Nicolas (1924)
QUENTIN Jacques (1925)
RINGEARD Roger (1923)
ROUSSEAU Robert (1925)
VERMEULEN Eugène (1906)
WALLET Robert (1924)


Le 15 juillet 1944, le résistant Henri MARY fut exécuté sommairement par les Allemands suite à une tentative d’évasion, sans doute dans le contexte de la mutinerie.
Sources

SOURCES : Christian Carlier, 14 Juillet 1944. Bal tragique à la Santé : 34 morts, Criminocorpus [En ligne], Varia, mis en ligne le 08 juin 2012, consulté le 17 février 2020. — Témoignages de Roger Payen et de Jean Jérôme in Caractère draveillois – Résistance et création. — Acte de décès en ligne (Arch. de Paris). — Biographie des victimes dans le Maitron des Fusillés.

Dominique Tantin

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