Le 19 avril 1944 sept cheminots du dépôt de Perrigny ainsi qu’un employé municipal de Dijon furent condamnés à mort en France par un tribunal allemand le 27 novembre 1943, graciés suite à une grève des cheminots puis guillotinés à la prison de Stuttgart.

Plaque à la mémoire des 7 cheminots résistants en gare de Dijon-Ville - photo Jean-Louis Ponnavoy
Plaque à la mémoire des 7 cheminots résistants en gare de Dijon-Ville - photo Jean-Louis Ponnavoy
Dès décembre 1940, en pleine occupation, des cheminots du dépôt de Dijon-Perrigny, syndicalistes de la CGT, constituèrent un groupe de résistance et de sabotage sous la direction d’un employé de bureau du dépôt, Maurice Thuringer. Ils organisèrent les évasions de personnes recherchées, des sabotages de matériel, plaques tournantes, postes de transformations, locomotives.
Au printemps 1943, ils se rattachèrent à l’équipe de parachutage et sabotage de la section SNCF affiliée au mouvement "Ceux de la Libération" et au BOA. Un certain Pierre Martin, connu de l’un d’eux, le chauffeur Jean Ridet, entra dans l’équipe. Le 14 juillet 1943, vers 22 heures, Thuringer et Ridet sabotèrent à l’explosif la locomotive d’un train à grande vitesse en gare de Dijon. Il s’agissait d’un test pour vérifier leur aptitude à la manipulation des explosifs. Le 16 juillet, le groupe réceptionna huit conteneurs d’armes, munitions, explosifs, ravitaillement largués par un avion anglais sur plateau d’Arcenant, en Côte-d’Or. Avec le matériel récupéré, ils sabotèrent un poste transformateur de la gare de Dijon-Perrigny le 10 août et la ligne d’alimentation électrique du dépôt le 18 août.
Dénoncés à la suite du parachutage d’Arcenant, sept d’entre eux furent arrêtés dans la nuit du 30 au 31 août 1943 par la Sipo-SD de Dijon ainsi qu’un cantonnier de la ville, Paul Meunier qui appartenait au groupe. Les soupçons se portèrent sur Pierre Martin qui sera abattu par la Résistance le 9 novembre 1943.
Ils furent internés à la prison de Dijon et soumis à d’affreuses tortures avant d’être jugés le 27 novembre 1943 par le tribunal de la Feldkommandantur 669 qui les condamna à mort.
L’annonce de cette décision provoqua un véritable tollé chez les cheminots qui déclenchèrent un mouvement de grève le 29 novembre et des manifestations furent organisées dans la ville. Le travail reprit sur intervention du préfet mais devant la menace d’une nouvelle grève le lendemain si leurs camarades n’étaient pas relâchés, une délégation du gouvernement et de la SNCF se rendit auprès du président du tribunal, Münzrer pour obtenir leur grâce, arguant qu’« Elle aurait le plus grand effet psychologique sur tout le personnel de la région de Dijon, région dont la sensibilité s’est manifestée à plusieurs reprises... ». La réponse ne venant pas, les cheminots se mirent à nouveau en grève le 2 décembre. La grève menaçant de s’étendre à d’autres sites ferroviaires (Chalon-sur-Saône, Lyon), une délégation de cheminots se rendit à Vichy et obtint la grâce des condamnés. Le 10 décembre la peine de mort fut commuée en déportation vers l’Allemagne.
Les huit condamnés furent déportés et internés le 22 décembre à la prison de Karlsruhe puis le 24 décembre à la prison de Bruchsal sous le sigle "Nacht und Nebel". Le 13 mars 1944 la demande de grâce fut rejetée par le maréchal Keitel, chef de l’OKW. Le 3 avril, ils furent rejugés par le tribunal de la FK 669 qui demanda l’application de la peine de mort. Conduits à la prison de Stuttgart le 17 avril, ils furent guillotinés le 19 avril à l’aube, dans la cour de la prison. Leurs corps furent ensuite transférés à la faculté de médecine d’Heidelberg où ils furent destinés à l’instruction anatomique des élèves médecins. Leurs restes furent incinérés en 1947 puis rapatriés en France à partir de 1949 et inhumés dans les cimetières de leurs régions respectives.
Une plaque est apposée dans la cour de la gare à Dijon « 1939 - 1945 A la mémoire des sept cheminots résistants décapités par les nazis le 19 avril 1944 à Stuttgart ».
Jean Ridet
André Dubois
Raymond Gaspar
Raymond Pageaux
Maxime Perreau
Jean Tamigi
Maurice Thuringer
Paul Meunier
Sources

SOURCES : Journal Le Bien Public du 19 avril 2018, "Dijonnais décapités : qui s’en souvient ?".— Cheminots victimes de la répression 1940-1945 Mémorial, sous la direction de Thomas Fontaine, éd. Perrin/SNCF, Paris 2017. Rail et Mémoire.

Jean-Louis Ponnavoy

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