Né le 15 décembre 1904 à Mâcon (Saône-et-Loire), exécuté sommairement le 31 août 1944 à Grigny (Rhône) ; cheminot ; syndicaliste CGT ; résistant ; maire provisoire de Grigny (Rhône).

André Mayer est le fils de Claudius Marie (1878) et de Philiberte Gourras (1882). Après des études jusqu’au brevet élémentaire, il entra en apprentissage aux ateliers PLM d’Oullins, respectant ainsi la tradition familiale car son père et son grand-père Claude-François (1854) étaient cheminots. Il fut ensuite mécanicien de route et conduisit ses premiers trains au dépôt de Badan (69).
André Mayer se maria à Antoinette-Louise Gérin née à Saint Chamond (1905). Le couple eut quatre enfants, Georgette (1929), Claude (1930), Noëlle (1933) et Michèle (1937). La famille habita au 14 de la place Jean-Jaurès, dans la maison du pâtissier Beillard à Grigny.
Il adhéra à la CGT et milita au sein du Syndicat des Cheminots de Badan. Il occupa successivement les postes de trésorier, puis de secrétaire. Libre-penseur, il éleva ses enfants à l’écart de la religion. Père exigeant une certaine
discipline, les enfants devaient montrer que, laïcs, ils sont d’une attitude irréprochable. Homme de contact, il fut président de la Coopérative SNCF de la ville, président de la Joyeuse Boule de Grigny (Rhône) et adhérent du Billard Club.
Dès qu’il connut l’appel du 18 juin 1940, il prit la décision « d’entrer en résistance ». Mais ce n’est pas facile à cette époque, les réseaux n’étant pas encore organisés.
Dés 1939/1940, alors que les allemands n’ont pas mis un seul pied sur le sol de France, une terrible répression s’abattait sur les communistes et les "antinationaux". André Mayer qui n’était pas membre du PCF, ne fut pas pas inquiété mais ses amis et camarades de syndicat le furent. Fleury et François Jay notamment furent emprisonnés puis déportés. Il fut très affecté de cela et profondément révolté.
André Mayer prit petit à petit prendre sa place dans la résistance sur le secteur VI du département du Rhône des FTPF du 20 octobre 1943 au 31 août 1944 sous le pseudonyme de « Barbot », il était le grade de sergent et fut chef de groupe. Pour sa famille, il avait commencé la résistance bien avant son entrée dans les FTPF. Il passa clandestinement des fugitifs dans le tender de sa locomotive et traversa la ligne de démarcation. Il prit également sa part dans les actions de la CGT clandestine.
En 1943, les parents maternels vinrent vivre avec la famille. Le beau-père d’André Mayer était hémiplégique, ne put plus travailler et fut totalement démuni de ressources. Il mourut le 11 juillet 1944.
Après le bombardement du 25 mai 1944, André Mayer participa avec des camarades cheminots, au sabotage de la plaque tournante du dépôt de Badan, afin d’éviter le redémarrage des trains, ceci suite à un message de la radio de Londres. À l’été 1944 les enfants furent évacués, les deux sœurs cadettes à Vaugneray (Rhône), les deux plus jeunes allèrent chez les grands-parents paternels en Saône-et-Loire.
Le 15 août c’est le débarquement des forces alliées et françaises en Provence. Leur avance est très rapide, les allemands reçurent l’ordre de retraite. Ils remontèrent la vallée du Rhône mais furent harcelés par la résistance et pressés par les forces alliées. La ville de Grigny fut provisoirement libérée. André Mayer prit une part active dans cette libération avec un autre cheminot, Émile Evellier. Il fut mis à la tête de la municipalité par le comité local de libération en remplacement du maire nommé par le gouvernement de Vichy.
Un Allemand avait été fait prisonnier dans la ville. Gardé dans la tour située place Jean-Jaurès il profita de la nuit pour s’enfuir. Le matin du 31 août, André Mayer était très inquiet. Il vient de constater la fuite du prisonnier.
Quelques heures après, un détachement ennemi vint exercer des représailles contre 13 personnes, dont le gendarme Chenavaz, qu’ils prirent en otage. Les Allemands voulaient récupérer des armes et pénétrer dans l’église contre le mur de laquelle ils alignèrent des otages. Ils demandèrent le « bourgmestre » Mayer qui avait les clés chez lui. Deux allemands l’accompagnèrent. Mayer essaya de fuir et ils l’abattirent dans le dos à l’angle de la rue qui porte maintenant son nom. Les otages furent conduits devant un peloton d’exécution mais Émile Evellier se dénonça comme « lieutenant de la résistance » et fut fusillé. Les otages furent par la suite libérés.
André Mayer ne mourut pas immédiatement, il agonisa pendant deux heures, puis un soldat déchargea son arme dans la plaie de sa première blessure.
André Mayer mourut à l’âge de 40 ans, laisse une veuve et quatre orphelines âgées de 7 à 15 ans. À la prière instante d’Antoinette-Louise Mayer, l’association la « Libre Pensée » laisse le corps dans la maison. Les obsèques furent organisées par la résistance et la « Libre-Pensée ». Transporté sur un char avec un drap blanc, une immense croix rouge est dessinée pour éviter un éventuel mitraillage. Beaucoup de monde suivit le cortège malgré les risques que cela comportait à l’époque.
Au mois de novembre 1944, Madame Mayer fut embauchée au ministère de la reconstruction et de l’urbanisme. Le 1er janvier 1945, la famille quitta Grigny pour habiter dans une HLM, 85 rue Claude-Michel à Oullins (Rhône). Le syndicat CGT des cheminots de Badan intervint par le biais de sa fédération pour que la famille touche son dû et s’insurgea car les « collabos » de la SNCF qui avaient quittés l’entreprise par peur pour leur vie, touchaient eux leur salaire, mais pas la veuve ni les orphelines.
A Grigny la rue André Mayer honore sa mémoire.
Il a été reconnu Mort pour la France
Sources

SOURCES : AVCC, Caen, 21 P 594896, 21 P 92962. — Témoignage de sa fille Georgette Faure dans le livre de Roger TissotGrigny martyrisé. — PV du gendarme Chenavaz de la brigade de Givors. — Discours de René Balme maire de GRIGNY le 01 septembre 2013. — Site Rail et Mémoire-Hervé Barthélémy et Véronique Desormeaux. — Guide des recherches SNCF pour la période 39/45. 118LM093-005. — Archives du Secteur Fédéral CGT des cheminots de la région de Lyon. — Plaques commémoratives de la direction régionale SNCF de Lyon, de l’ex-dépôt de Badan, du monument aux morts de la ville de Grigny et du village de Sénozan (71). — Mémorial des cheminots, op. cit, notice par Hervé Barthélémy et Stéphane Robine. — Documentation et recherches de l’IHS des cheminots, Rhône.

Robert Goujon

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