Le 10 juin 1944, place Voltaire, lors de ce qu’on a appelé le massacre d’Ussel, 47 résistants FTPF furent abattus par les tirs de la garnison allemande du 95e régiment de sécurité.

Stèle Commémorative du 10 juin 1944 place Voltaire à Ussel
Stèle Commémorative du 10 juin 1944 place Voltaire à Ussel
Crédit : MémorialGenWeb
A partir du 6 juin, répondant à l’appel de Londres, les maquis prirent l’offensive en Corrèze comme partout en France. À Ussel, les FTP et l’Armée secrète convergèrent pour s’emparer de la ville. La garnison allemande était en position de faiblesse. Elle n’était composée que de 180 hommes du 95e régiment de sécurité - de très jeunes soldats et des vétérans, des Polonais enrôlés de force et des ex-soldats soviétiques ayant rallié l’armée Vlassov – placés sous les ordres du lieutenant Hahn et cantonnés dans l’école Jean Jaurès. Ils hésitaient entre une sortie forcément risquée pour rallier Clermont-Ferrand ou bien résister le temps nécessaire pour recevoir l’aide d’une colonne de secours.
Le 8 juin, le maire d’Ussel, François Var, s’entretint avec l’adjoint du lieutenant Hahn. Il lui exposa que la garnison allemande était complètement isolée et courait les plus grands risques, et que, pour sa part, il ne voulait pas de combats dans sa ville. Il lui suggéra de se mettre sous la protection du Premier régiment de France (1er RF), une unité vichyste dont une compagnie était stationnée à Ussel à l’École primaire supérieure (EPS). Un protocole fut préparé par le maire, le commandant Duret, chef de l’Armée secrète (AS), le capitaine Noël du 1er RF et le lieutenant Pujol, commandant de la gendarmerie d’Ussel, puis soumis aux Allemands. Ils déposeraient leurs armes à l’EPS dans un local qui serait gardé par deux sentinelles, française et allemande. Ils pourraient cependant reprendre ces armes s’ils étaient attaqués par des résistants.
À l’aube du 9 juin, le lieutenant Hahn accepta les termes de l’accord. Se produisit alors un événement spectaculaire qui fut une cause du massacre du lendemain. Vers 9 heures, les habitants stupéfaits virent la garnison allemande se rendre à l’EPS en ordre serré, l’arme à la bretelle. La colonne était encadrée par des soldats du 1er RF, fusil sous le bras. Les témoins en conclurent que les Allemands avaient fait reddition et la nouvelle se répandit dans la ville. Arrivée dans leur nouveau cantonnement, les Allemands déposèrent comme convenu leurs armes dans un local.
Mais dans la matinée du 10 juin, les FTP, qui n’avaient pas été impliqués dans ces négociations, obtinrent de l’AS qu’un coup de main soit tenté pour récupérer les armes des Allemands, armes qui seraient partagées entre l’AS et les FTP, ces derniers en étant très démunis. La décision venait d’être prise, en début d’après-midi, lorsque 55 jeunes maquisards de la 236e Compagnie, 6e Bataillon FTP de la Corrèze, placés sous les ordres du commandant Lanot, et venant de Saint-Pardoux-le-Vieux dans trois camions et un véhicule léger, arrivèrent à Ussel devant la porte principale de l’EPS. Aussitôt, une altercation opposa les maquisards aux sentinelles du poste de garde du 1er RF. Quelques coups de feu furent tirés, puis cessèrent rapidement. Les jeunes maquisards se replièrent derrière le kiosque à musique de la place. Au bruit des tirs, les Allemands se précipitèrent aux fenêtres. S’estimant menacés, ils coururent récupérer leurs armes dans le local où elles étaient entreposées et ouvrirent le feu des fenêtres du long bâtiment. Ils abattirent les maquisards et achevèrent tous les blessés. 47 hommes furent tués. Très peu réussirent à s’enfuir. Les Allemands rapportèrent ensuite leurs armes dans le local.
Parmi les victimes, il y avait "16 jeunes cheminots (le plus vieux avait 24 ans, le plus jeune en avait 17) des promotions 1937 à 1943 de l’école d’apprentissage du dépôt SNCF d’Ussel, qui continuaient d’y travailler." (Mémorial des Cheminots, Thomas Fontaine (dir.), op. cit. pp. 1577-1578).
Le 12 juin, une colonne de secours allemande parvint à Ussel et la compagnie du 1er Régiment de France quitta la ville. Le 13 août 1944, alors que les secours étaient partis, la garnison d’Ussel fut de nouveau attaquée par le maquis et dut capituler ; mais le soir même, la colonne Jesser reprit la ville qui ne fut définitivement libérée que le 21 août.
Le 8 octobre 1944, trois Allemands furent jugés par un tribunal militaire présidé par le commandant Malaise de l’AS pour le massacre du 10 juin. Condamnés à mort pour crime de guerre, ils furent passés par les armes.
Un monument fut érigé place Voltaire « A la mémoire des 47 martyrs tombés ici le 10 juin 1944 et à tous les résistants morts pour la France et le Liberté ».


Liste des victimes
ANTIGNAC Germain
BASCOULERGUE Jean
BOBACK Henri
BOCHET Francis
BORIE Marcel
BOURNAS Jean
BOYER Clément
BRUN Jean-Baptiste
CAPE Jean
CHASSAGNE Michel
CISTERNE Auguste
CIVADE André
COGNASSE Gaston
COMBE Louis
CONSTANTIN Marcel
CONSTANTIN René
COULAUD Antonin
DARDENNE Eugène
DELAGE Gabriel
DUPUY Pierre
ESCURAT Robert
FARGE René
FRAYSSE Henri
GERENOWICZ ou GERENOVIEZ Édouard
GIRON Jean
GUYOT René
KUSNIACK Stanislas
LAGUERITE Clément
LAGUERITE Paul
LECOUTY Albert
LÉONARD Jean
LEPAGE Robert
LLEVOT Félix, Iréné, Antonin
MAZET Pierre
MOISE Jacques
MOMBELET Joseph
OLLIER André
PEYRICOT Jean
PEYRICOT Pierre
PIQUEPAILLE Henri
POUQUET Louis
REBEYROUX René
RICHE Raymond
ROUSSEAU Robert
SAUVIAT Paul
VENNAT Marcel
VERGNE Jean
Sources

SOURCES : : Cheminots victimes de la répression 1940-1945 Mémorial sous la direction de Thomas Fontaine, éd. Perrin/SNCF Paris, 2017, pp. 1577-1578. — Monographie sur Wikipedia : Massacre d’Ussel dont la bibliographie est la suivante : Sédentaires, réfractaires et maquisards. L’Armée secrète en Haute-Corrèze, 1942-1944, Louis Le Moigne et Marcel Barbanceys, préface de Claude Hettier de Boislambert, chapitre « La première affaire d’Ussel », p. 212-216, Association amicale des maquis de Haute-Corrèze, 507 p., Moulins, 1979. — Libération de la Haute-Corrèze, chapitre « La récupération des armes à l’origine du drame d’Ussel », Rémi Fourche, colloque de Tulle, 12 juin 2004. — Terre de résistance et de liberté, collectif, 5e édition, 797 p., chapitre « Le sang d’Ussel », p. 601-611, 1995. — Le Premier Régiment de France et la Résistance (Indre, Cher, Creuse, Corrèze, Haute-Marne...), Jean-Paul Gires, préface de Patrick Grosjean, p. 23-27 et 107-108, Alice Lyner Éditions, Issoudun, 149 p., 2016. — MémorialGenWeb.

Dominique Tantin, Éric Panthou

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