Né le 17 mai 1888 à Paris (Xe arr.), guillotiné le 24 août 1944 à Breslau (Allemagne) [auj. Wrocław, Pologne] ; négociant en automobiles ; militant radical-socialiste ; résistant.

Robert Bassan
Robert Bassan
Crédit : Françoise Darmon-Bassan
Georgette Bassan née Cohen
Georgette Bassan née Cohen
Crédit : Françoise Darmon-Bassan
Robert Bassan naquit dans une famille d’origine juive séfarade installée en France en 1825, venant d’Amsterdam où elle s’était établie avant 1650 après avoir dû quitter Venise. Il était le fils d’ Ernest, négociant, alors âgé de 39 ans, et de Laure Nathalie Lantzenberg, sans profession, âgée de 31 ans, domiciliés 99, rue du Faubourg Saint-Denis.
Robert Bassan devança l’appel et s’engagea dans l’armée le 1er octobre 1906 dans le 51e Régiment d’Infanterie (RI). Il fut nommé caporal le 27 février 1907 puis sergent le 1er octobre de la même année, rejoignant le 128e RI le 10 juin 1908.
Devenu représentant de commerce et demeurant 140 rue de Belleville chez ses parents, il épousa le 26 mai 1914 à Paris (Xe arr.) Georgette Miriam Cohen, sans profession, née à Paris (Ier arr.) le 11 février 1894, fille d’Henri Haïm Cohen, employé de banque et d’Eugénie Aron, son épouse, sans profession. De cette union naîtront trois enfants, Pierre, le 22 juin 1917, Raymond, le 28 mai 1920, et Jacqueline née le 16 août 1922.
Mobilisé en août 1914, sergent au 205e RI, fait prisonnier et interné à Wetzlar (Hesse), il parvint à s’évader le 23 juillet 1916 et regagner la France par la Hollande et Londres. Il fut cité à l’ordre de la 3e Armée aux motifs suivants : « La compagnie ayant été coupée du régiment en septembre 1914, a échappé avec elle aux recherches des Allemands pendant deux mois et n’a été fait prisonnier que le 29 novembre. Interné en Allemagne, s’est évadé et a marché pendant 15 jours à travers champs et à travers (sic) le Rhin, a gagné la frontière hollandaise, a fait preuve de courage et d’endurance. » À son retour en France, il fut affecté au 1er régiment de tirailleurs algériens. Promu sous-lieutenant (1917-1918), il servit au Maroc à l’état-major de Lyautey. Il termina le conflit titulaire de la Croix de guerre avec palme, de la Médaille des évadés et fut nommé Chevalier de la Légion d’Honneur (16 juin 1920).
Entre les deux guerres, Robert Bassan devint expert en automobiles et trésorier-fondateur de la Chambre syndicale des experts en automobiles de France, militant radical-socialiste. À la déclaration de guerre, il était domicilié 32 avenue du Roule à Neuilly-sur-Seine. Il voulut de nouveau combattre mais l’armée refusa l’engagement d’un homme de 52 ans.
Ce n’était que partie remise. Dès le début de l’Occupation, Robert Bassan se lança dans l’action clandestine. En septembre 1940, son fils Pierre, prisonnier de guerre évadé, eut besoin de faux papiers. Ils furent établis par des camarades de Robert Bassan, l’imprimeur Olivier Schneider et Dufour, graveur. Ainsi naquit un réseau de résistance dirigé par Robert Bassan, réunissant imprimeurs, graveurs, logeurs d’évadés et de parachutistes, convoyeurs, passeurs… Des aviateurs alliés furent hébergés avenue du Roule. Au sauvetage s’ajouta bientôt la collecte de renseignements transmis à Londres : plans d’usine, de bombardements aériens, etc. Des tracts et des journaux clandestins furent distribués, des groupes de sabotages constitués. Des contacts furent établis avec des vichysto-résistants, Robert Bassan ayant même rencontré clandestinement le général Huntziger. L’organisation qu’il avait mise sur pied relevait du réseau Hector dirigé par Alfred Heurteaux, ancien as de la Grande Guerre, un des dirigeants de la Légion des Combattants, qui créa le réseau à partir du SR Air en zone occupée, rattaché aux Services spéciaux de l’Armée d’Armistice (colonel Paillole) et en liaison avec l’Intelligence Service.
Le 24 juin 1941, Robert Bassan et son épouse Georgette furent arrêtés une première fois puis relâchés. Pour réduire les risques de voir tomber tout le réseau, Bassan en cloisonna les activités, chacune devenant indépendante.
Mais suite à l’infiltration de VM- Vertrauen Männer (hommes de confiance), c’est-à-dire d’agents au service de l’occupant, (Opération Porto), et devant le danger de l’engagement du réseau dans l’action armée à l’automne de 1941, l’Abwehr (SR de l’Armée allemande, installé à l’hôtel Lutetia) lança un coup de filet les 8 et 9 octobre 1941, arrêtant le chef du réseau, son épouse et des dizaines de résistants, 119 au total dont 42 furent relâchés. Heurteaux lui-même fut arrêté le 3 novembre 1941.
Olivier Schneider mourut en déportation à Brieg. Georgette Bassan fut déportée en Allemagne en décembre 1941, envoyée dans plusieurs prisons puis, le 23 décembre 1942, à Ravensbrück où on lui attribua le matricule 15819. Reconnue comme juive, elle fut ensuite dirigée vers Auschwitz où elle mourut le 21 février 1943. Marie-Claude Vaillant-Couturier témoigna sur ses derniers jours de vie. Elle fut nommé chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume en 1959.
Robert Bassan connut une longue détention, à l’instar de nombreux agents d’Hector, la Gestapo, qui avait pris le relais de l’Abwehr, conduisant une longue enquête sur ces captifs. Il fut finalement jugé par le tribunal spécial à Breslau en Silésie (auj. Wrocław, Pologne). Condamné à mort, il fut guillotiné le 24 août 1944 dans la cour de la prison de la Kletschkaustrasse et, selon un témoin, - vraisemblablement l’aumônier de la prison -, il marcha au supplice en chantant la Marseillaise. Quelques instants après, ce fut au tour de Marie Durivaux et de Mindla Diament d’être exécutées.
Jean Orsini, un compagnon de déportation, écrivit que Robert Bassan « … était sûr qu’il ne reviendrait pas en raison de l’importance de son affaire et de la responsabilité qu’il en avait prise lors des interrogatoires, allant même au-delà pour dégager la responsabilité de ses amis… Son attitude devant la Gestapo cadrait bien avec celle qu’il avait parmi nous où son prestige et sa haute dignité ne furent jamais entamés. Son attitude malgré sa position de détenu forçait le respect des Allemands, son dévouement quotidien était inlassable, il nous protégeait en toutes circonstances, n’hésitant pas à s’interposer entre le gardien et le camarade qui allait être battu...  »
Pierre Bassan obtint la mention Mort pour la France, fut homologué membre du réseau Hector des Forces françaises combattantes (FFC), déporté et interné de la Résistance. La Médaille de la résistance lui fut attribuée par décret en date du 2 septembre 1959. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative à la mairie de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
Ses trois enfants s’engagèrent dans la Résistance et l’un d’eux y laissa la vie.
Pierre Bassan rejoignit les maquis de Corrèze où il combattit dans l’Armée secrète, chef de la 1ère Compagnie du 1er Bataillon du Corps Franc de Tulle (Capitaine Chassaing, dit Mandou). À la libération du département il s’engagea jusqu’à la fin des hostilités. Il fut homologué lieutenant FFI. Il accomplit après-guerre une brillante carrière comme ingénieur commercial HEC. Militant radical puis socialiste, responsable du Club des Jacobins, il fut membre de la direction nationale du PSU de 1961 à 1966. Il est décédé le 5 mai 2010.
Raymond Bassan rejoignit lui aussi le 1er juin 1944 l’Armée secrète de Corrèze, et trouva la mort suite à un combat à Cressensac (Lot) avec des éléments blindés des Waffen-SS de la division Das Reich remontant du Tarn-et-Garonne. Grièvement blessé, il fut transporté à Beaulieu-sur-Dordogne où il succomba le jour même.
Jacqueline Bassan travailla dans deux réseaux de Résistance, Hector et F. 2. Arrêtée le 28 janvier 1944, elle fut relâchée le 2 mai suivant et envoyée par son réseau à Nancy. En 1946, elle travailla dans les services d’occupation en Autriche. Elle fut nommée chevalier de la Légion d’Honneur en 1993.
En définitive, les cinq membres de la famille Bassan, parents et enfants, furent tous engagés dans la Résistance et trois d’entre eux y trouvèrent la mort.
Sources

SOURCES : Informations et documents communiqués en avril 2020 par Madame Françoise DARMON née BASSAN, petite-fille de Robert Bassan. — Actes de naissance, de mariage, et registre matricule militaire en ligne (Arch. de Paris). — Mémoire des Hommes. — MémorialGenWeb. — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 36730 et GR P 28 4 413 146.

Dominique Tantin

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