Né le 26 juin 1899 à Neaufles-Saint-Martin (Eure), mort en action le 27 juin 1943 à Gisors (Eure) ; éleveur de chevaux de course ; résistant réseau Prosper-Buckmaster (SOE).

G. Darling et son chauffeur Kléber Harny
G. Darling et son chauffeur Kléber Harny
devant la 202 Peugeot à l’effigie du chien Ric, issue de la BD Ric et Rac créée par Pol Rab, devenue la mascotte régimentaire.
Mairie de Trie-Château
Mairie de Trie-Château
56 rue Nationale à Trie-Château
56 rue Nationale à Trie-Château
Monument aux mort de Trie-Château.
Cliché Jean-Yves Bonnard
Georges Darling est le fils de William Darling (né en 1867) et de Sarah Cunnington (née en 1877), tous deux sujets britanniques mariés à Lamorlaye en 1897. En 1899, William Darling, célèbre éleveur de chevaux pur-sang était intendant d’un haras situé à Neaufles-Saint-Martin.
Georges Darling fit sa scolarité au lycée Saint-Vincent de Senlis (Oise). Engagé volontaire pour la durée de la guerre le 26 janvier 1918 à Beauvais , il fut incorporé au 31e Régiment de Dragons et arriva au corps le 30 janvier suivant. Il fut nommé brigadier le 24 juillet 1919, maréchal des logis le 24 septembre suivant. Renvoyé dans ses foyers le 16 janvier 1921, il fut envoyé dans la réserve dix jours plus tard muni d’un certificat de bonne conduite. Il était alors attaché au 23e Régiment de Dragons.
Le 4 août 1923, il épousa Anne Marie Andrée Teynac à Saint-Pey-d’Armens (Gironde), un fils, William (1925-1987) naquit de cette union.
Il fut interviewé par les actualités cinématographes britanniques peu après.
En 1935, le tribunal civil de Beauvais le condamna pour abandon de famille, conformément à la loi en vigueur. Georges Darling se distingua aussi par sa participation aux Croix de Feu. Parfaitement bilingue, il était en relation constante avec des britanniques liés au milieu du cheval.
En application de la loi du 20 mars 1939, il fut convoqué le 12 avril au centre mobilisateur mais fut renvoyé dans ses foyers le 18 suivant. Quelques mois plus tard, le 21 août 1939, il fut rappelé en activité et affecté au Centre Mobilisateur d’Artillerie n°302, basé à Amiens, en garnison à La Fère. Il garda des liens d’amitié très forts avec les hommes placés sous son autorité, lesquels le suivront plus tard dans la Résistance. Démobilisé à Sarlat (Dordogne), Georges Darling rentra à son domicile à Trie-Château et reprit ses activités.
Georges Darling, fut mis en relation avec le réseau de résistance Prosper, créé le 1er octobre 1942, émanation du Special Operation Executive (SOE), dirigé par le major Francis Alfred Sutill, citoyen britannique né le 17 mars 1910 à Mons-en-Baroel, (Nord), dit Prosper, alias François Despres. Ce dernier, fils d’un père britannique et d’une mère française, fut parachuté le 1er octobre 1942 près de Vendôme avec James Amps (1908-1945), jockey ayant couru à Beauvais, Chantilly et Compiègne.
Georges Darling créa peu après un groupe de résistants avec Albert Forcinal, ancien député des Andelys (Eure) et maire de Gisors. Ses principales missions consistaient à recruter et instruire au maniement d’armes des résistants, à organiser des parachutages et des sabotages en liaison avec le SOE.
Au fil des mois, le réseau Prosper se structura jusqu’à compter sept secteurs en juin 1943 couvrant ensemble douze départements entre les Ardennes et la Sologne.
Le secteur 3, dirigé par Georges Darling s’étendait sur l’est du département de l’Eure et l’ouest du département de l’Oise. Ses équipes étaient présentes à Neaufles-Saint-Martin, La Landelle, Méru, Bois-Jérôme-Saint-Ouen et Jouy-la-Grange. Sa compagne et agent de liaison Renée Guépin (née en 1900) dirigeait les parachutages.
Georges Darling présida à la constitution d’un autre groupe dans le secteur de Saint-Quentin (Aisne) avec Eugène Cordelette qui avait servi sous ses ordres en 1939.
Entre février et juin 1943, le groupe 3 reçut cinq parachutages de conteneurs d’armes notamment dans les environs de Sérifontaine et de La Landelle. Ainsi, dans la nuit du 13 au 14 mai 1943, le groupe 3 réalisera deux opérations de parachutage dans le cadre de l’Opération Physician 23. Cette nuit-là, l’Escadron 138 largua deux conteneurs et un colis sur La Landelle.
La plupart furent acheminés par charrette tirée par la jument Javotte, de Kléber Harny,(ami de Darling venu le rejoindre, agent P2) vers une cache creusée dans le sol dans les bois près de la maison forestière. Les armes furent ensuite transportées par des contacts de Suttill conduisant une Traction-avant Citroën munie d’un ausweis à destination de Paris. Régulièrement, les hommes du groupe venaient dans l’usine de brosses désaffectées de Trie-Château de Pierre Bouillin, s’entraîner au maniement d’armes, à leur montage et démontage, et à faire des exercices physiques. Ils participaient à des actions de sabotage comme celle menée contre la sucrerie Sayat et une distillerie d’Etrépagny (Eure).
Les causes de la chute du réseau Prosper ne sont pas clairement établies : trahisons, indiscrétions, dysfonctionnement, maladresses, infiltration, malchance… Les arrestations s’enchaînèrent rapidement et permirent aux forces d’occupation allemande de démanteler tout le réseau.
Le 24 juin 1943, le major Francis Suttill fut arrêté à Paris, gare Saint-Lazare, par la Gestapo, puis Gilbert Norman et Andrée Borell.
Deux jours plus tard, le 26 juin, deux hommes au volant d’une Traction-avant se présentèrent à Georges Darling à Trie-Château muni d’un papier sans doute signé du réseau. Darling les précéda alors avec sa moto pour les conduire à la cache. À distance, un camion chargé de soldats allemands les suivait. Arrivé à la maison forestière où l’attendait le garde du Bois de l’Étoile à Chambors, Pierre Perret, Darling comprit qu’il avait été joué. Des coups de feu furent échangés. Darling enfourcha alors sa moto pour s’enfuir. Pris sous la mitraille, il chuta, blessé par balle. Transporté à l’hôpital de Gisors, il décéda le lendemain, 27 juin.
Présent sur place, le fils du garde-forestier fut blessé d’une balle au bras. Il parvint à s’enfuir avec son père à travers bois, tout comme Kléber Harny qui rejoignit l’ancienne brosserie. Yvonne Perret (1900-1945), épouse du garde-forestier, et Joseph Fournier, commis boulanger chez Bussy à Trie-Château, furent arrêtés sur place. Adolphe Redelsperger, boulanger et Fernande Bussy, boulangère, furent arrêtés à leur domicile. Venue de Paris en train, Renée Guépin, compagne de Georges Darling, échappa à la rafle, malgré la surveillance de la gare pour la trouver, et parvint à se cacher chez Kléber Harny pour entrer ensuite en clandestinité.
Le 29 juin, une autre descente allemande à Neaufles-Saint-Martin conduisit à l’arrestation d’Alexandre et d’Antonine Laurent (1887-1944), Jules et Olga Villegas, Sylvain, Pauline et Michel Sénécaux. Le reste du réseau Prosper fut démantelé entre juillet et octobre 1943. Léon Hénaff fut ainsi arrêté le 8 août 1943.
Francis Suttill, déporté à Sachsenhausen fut exécuté le 21 mars 1945. Les membres du groupe de Darling arrêtés en juin 1943, également déportés moururent dans différents camps : à Buchenwald, Alexandre Laurent (30 janvier 1944), Camille Bigot (29 mars 1944) et Adolphe Redelsperger (22 décembre 1944) ; Marcel Schwartz (le 1er août 1944, Mauthausen), Roland Boyeldieu (20 août 1944, Dora), Victor Lucas ( 7 février 1945 à Flossenburg), Sylvain Allais (7 avril 1945 à Hannovre), Sylvain Sénecaux décéda 30 avril 1945 à Pladen, Joseph Fournier serait mort à Dora en 1945, Léon Hénaff le 1er juin 1945 à Therezienstadt. Si Antonine Laurent décéda à Ravensbrück le 22 décembre 1944, Yvonne Perret, déportée dans le même camp, fut libéré à Holleishen le 5 mai 1945.
Renée Guépin, quant à elle, continua son activité clandestine de résistante dans le Nord de la France. Arrêtée le 24 janvier 1944 à Paris, détenue à Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et Romainville elle fut déportée à Ravensbrück le 30 juin 1944 puis rapatriée le 11 mai 1945. Après-guerre, elle fut désignée comme liquidatrice du réseau Prosper qui connut les pertes suivantes : quatre tués, cent-vingt-deux déportés dont soixante-huit décédés.
Reconnu Mort pour la France, Georges Darling a été homologué au titre des FFC.
Georges Darling reçut la Médaille de la Résistance à titre posthume (JO du 11 juillet 1946).
Une plaque commémorative est scellée sur la façade de sa maison, 56 rue Nationale à Trie-Château. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative de l’église de Trie -Château et du lycée Saint-Vincent de Senlis. Il est aussi gravé sur les monuments aux morts de Trie-Château (2 novembre 1947) et de Berneuil-en-Bray ainsi que sur une stèle érigée au carrefour des rues Alexandre Laurent et Sylvain Sénécaux à Neaufles-Saint-Martin.
Sources

SOURCES : SHD, Vincennes, GR 16 P 157827 (nc). — SHD, Vincennes, GR 17 P 41 dossier du réseau (nc). — AVCC, Caen, 21 P112668 (nc) . — Gilbert Harny, Résistant du groupe Darling, Réseau Canopé, 2016. — Stéphane Longuet, Nathalie Genet-Rouffiac (dir), Les réseaux de la France combattante, Dictionnaire historique, Service historique de la Défense, Economia, 2007, p. 643.— Notes Annie Pennetier.

Jean-Yves Bonnard

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