Le 13 octobre 1943, le tribunal du peuple (Volksgericht) siégeant à Wolfenbüttel condamna à la peine de mort à l’issue d’une procédure uniquement à charge, dix résistants du réseau de Louis Renard, l’un des premiers réseaux de résistance du département de la Vienne. Ils furent guillotinés le 3 décembre 1943 dans un bâtiment de la prison.

Le réseau de Louis Renard, avoué à Poitiers, réseau d’inspiration gaulliste, fut actif sur le secteur de Poitiers (Vienne) dans les domaines de la propagande (« Le Libre Poitou »), de la collecte de renseignements sur l’occupant et des filières de passage de la ligne de démarcation. Le réseau était en 1941 et début 1942 en cours de constitution et d’organisation.
À la suite d’excès de zèle manifestes tant de l’administration des PTT que de la police française et du préfet, tous désireux au moment de la signature des accords Oberg/Bousquet de prouver leur pleine collaboration avec l’Allemagne, le réseau fut démantelé à la fin de l’été 1942. Les interrogatoires et les perquisitions permirent aux policiers français de retrouver la liste des membres du réseau et de la décrypter, entraînant un grand nombre d’arrestations (74). Les services de sécurité allemands s’emparèrent rapidement du dossier, autour de la mi-septembre 1942. D’abord incarcérés dans la section allemande de la prison de la Pierre Levée à Poitiers, 29 membres du réseau furent transférés à la prison de Fresnes le 12 février 1943. Ils furent ensuite déportés vers Trèves le jeudi 18 février dans un transport NN parti de la gare de l’Est ; les déportés furent placés dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires, accrochés au train Paris-Berlin. Sur les 39 hommes déportés dans ce transport, se trouvaient les 29 membres du réseau Renard. Ils furent internés dans le SS-Sonderlager Hinzert où deux déportés du réseau moururent, Louis Bordas, le 14 mars 1943, et Joseph Riedinger, le 15 mars 1943.
Le 19 avril 1943, les rescapés du réseau Renard furent transférés à la « prison de prévention » de Wolfenbüttel (Basse-Saxe, Allemagne) pour être jugés. Fin mai, onze d’entre eux reçurent notification écrite d’une accusation portée contre eux pour complot contre l’Allemagne et devant conduire à un procès devant le tribunal du peuple (Volksgericht). Le tribunal du peuple était divisé en 6 sénats ou chambres. L’un d’entre eux vint siéger les 12 et 13 octobre 1943 à Wolfenbüttel. A l’issue d’une procédure uniquement à charge, les dix accusés restant après la mort de Georges Duret en prison (le 30 mai 1943), furent condamnés à mort le 13 octobre 1943 et guillotinés le 3 décembre 1943 entre 18 heures 30 et 18 heures 40 dans un bâtiment de la prison.
Liste des victimes :
CARTAN Louis
LAMBERT Aimé
LEFEBVRE Théodore
LEVRAULT Jacques
MOREAU Jacques
PERUCHON Clément
PESTUREAU Pierre
PREAUX Paul
RENARD Louis
TOUSSAINT Louis
Les 16 survivants connurent des parcours divers et complexes. Certains furent incarcérés dans la prison de Brandenburg-Görden jusqu’à leur libération par les troupes soviétiques. Une partie fut transférée à Breslau pour être jugée par le tribunal spécial compétent pour les affaires « NN » venant de France. Condamnés à des peines de travaux forcés, ils connurent le sort des déportés « NN » internés dans plusieurs camps de concentration (KL) à Schweidnitz où mourut Fabien Billard le 1er février 1945, à Gross Rosen où moururent Charles Charpentier le 16 novembre 1944, Gaston Hulin le 29 novembre 1944, Maurice Aguillon le 15 mars 1945 et André Verbruggen le 28 février 1945, à Nordhausen où mourut Daniel Bonnin le 4 avril 1945 et à Dachau.
Un monument commémoratif dédié au réseau Renard fut installé au cimetière de Chilvert à Poitiers. Il comprend 11 plaques, celles des dix condamnés à mort et celle de Georges Duret et une inscription "A la mémoire des 52 agents du réseau Louis Renard morts pour la France".
Sources

SOURCES : Jean Henri Calmon La chute du réseau Renard. Poitiers 1942. Le S.S., le préfet et le résistant, Geste éditions, 2015 — site internet VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation) — Fondation pour la mémoire de la déportation. Fiche du ransport parti de Paris le 18 février 1943 (I.79.) — Mémorial genweb.

Michel Thébault

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