Né le 7 décembre 1893 à Poitiers (Vienne), guillotiné après condamnation à mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel (Allemagne) ; avoué ; résistant gaulliste, chef du réseau Renard, FFC.

Louis Renard était le fils de Georges, Louis, Alexis Renard, âgé de 32 ans, négociant et de Clotilde, Marie, Berthe Périsset, âgée de 27 ans, tous deux domiciliés 5, rue des Cordeliers à Poitiers. Son père, fut à partir de 1898 le propriétaire - gérant d’un grand magasin de Poitiers « La Maison Vannier ». Louis Renard débuta sa scolarité secondaire au lycée de garçons de Poitiers, le lycée Henri IV, mais ses études furent interrompues au décès de son père le 19 février 1908 à l’âge de 46 ans. Sur la demande de sa mère, il partit un an en Angleterre dans une maison de soieries apprendre le commerce et l’anglais. A son retour il trouva un emploi à Paris au grand magasin « Le Printemps de Paris ».
Le 25 juin 1913, il s’engagea dans l’armée pour trois ans au 125ème régiment d’Infanterie de Poitiers. Nommé caporal le 20 février 1914, il fut promu sergent à l’entrée en guerre le 3 août 1914. Blessé d’une balle au poumon le 24 août 1914, il fut transféré en mars 1915 après sa convalescence au 409e RI et promu sous-lieutenant en juin 1915. Il fut à nouveau gravement blessé devant Verdun le 8 mars 1916 à Vaux-devant-Damloup (Meuse). Une blessure par éclat d’obus entraîna l’énucléation de l’œil droit et la perte définitive de la vision de cet œil. Il reçut la Croix de guerre avec palme, avec la citation suivante : « Excellent officier, brave, énergique et plein d’entrain. Déjà blessé le 24 août 14, a reçu une nouvelle blessure. Très brave en conduisant ses hommes à l’attaque des troupes ennemies le 8 mars 1916 ». Il fut également le 4 septembre 1916 promu au grade de chevalier de la Légion d’Honneur. Retourné au front, il fut encore blessé, et réformé avec pension, démobilisé le 27 novembre 1917. Son jeune frère Henri (né le 15 avril 1895 à Poitiers), engagé volontaire, sous-lieutenant au 409ème Régiment d’Infanterie fut tué le 25 juillet 1918 à Crouy-sur-Ourcq lors de la deuxième bataille de la Marne, à l’âge de 23 ans.
Revenu à Paris, domicilié 26, rue des Batignolles, Louis Renard reprit d’abord son emploi au magasin « Le Printemps » avant d’entrer aux établissements Michelin avec la mission de traiter les marchés avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas.
Il se maria au Dorat (Haute-Vienne) le 17 juillet 1922 avec Thérèse, Marie, Germaine Marsaudon (née le 14 mai 1900 au Dorat), fille d’Auguste Marsaudon négociant. Le couple vint s’installer à Poitiers la même année. Ils y eurent six enfants entre 1923 et 1936 : Jeanne, Henri, Georges, Geneviève, Francis et Yves. En 1927, Louis Renard décida de changer radicalement de profession. Il reprit alors ses études abandonnées à l’âge de 15 ans, passa en 1928 une capacité en droit et entra premier clerc chez un avoué de Poitiers. Il acquit l’étude en 1930 et y transféra son domicile, 10 passage d’Auxances. Il fut dès lors avoué au tribunal civil de Poitiers.
Il fut un notable poitevin (officier de la Légion d’Honneur en 1937), membre de nombreuses associations, représentant des avoués de la Vienne à la Fédération nationale, président du bureau de l’assistance judiciaire de Poitiers, président fondateur de l’association des parents d’élèves du Lycée de garçons, et membre de plusieurs associations d’Anciens Combattants. Profondément pacifiste il œuvra durant tout l’entre-deux-guerres au rapprochement des peuples, fondateur en 1930 du Rotary-Club de Poitiers dont il devint président en 1936 et multipliant les voyages d’études à l’étranger, en 1933 en Pologne, puis en Allemagne à plusieurs reprises, en Italie, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Proche des radicaux-socialistes, mais catholique pratiquant (à la différence de son ami Gaston Hulin, ancien député, ancien ministre, radical notoirement anti clérical et qui mourra en déportation), favorable au Front Populaire, il fut à Poitiers le président fondateur des Auberges de Jeunesse.
Lors de l’entrée en guerre en septembre 1939, il fut à sa demande mobilisé, rapidement affecté à la mission militaire auprès de l’armée britannique (officier interprète de liaison). Démobilisé à Saint-Amand-Montrond après la défaite, il rentra à Poitiers au début d’août 1940. Acquis dès le départ à l’idée de résistance, il écrivit le 31 août 1940 au général De Gaulle : « Je veux que vous sachiez que vous représentez pour la plupart de nous le seul espoir de libération du pays. Malheureusement nous avons le sentiment de notre impuissance à vous aider, nous le faisons bien dans la mesure du possible en conservant notre dignité de français et en ne cachant pas nos sentiments, même en public, quelles que soient les oreilles qui nous écoutent, mais ce n’est pas suffisant… ». Louis Renard entreprit alors la rédaction de l’une des premières publications clandestines en France, Le Libre Poitou feuille dactylographiée, reproduite par des particuliers et distribuée par des étudiants de son entourage et de celui de ses fils aînés. 63 numéros parurent ainsi entre octobre 1940 et janvier 1942. Dès 1941, il chercha à organiser une résistance plus active pour préparer la future libération du pays. Il entreprit de constituer un réseau en recrutant à la fois des intellectuels poitevins et des jeunes patriotes.
Un réseau d’inspiration gaulliste, se mit peu à peu en place, actif sur le secteur de Poitiers dans les domaines de la propagande, de la collecte de renseignements sur l’occupant et de filière de passage de la ligne de démarcation. Une difficulté majeure de Louis Renard était d’établir un contact avec Londres et la direction du mouvement gaulliste. Cette liaison fut obtenue par l’intermédiaire de Jacques Moreau et d’André Péchereau qui à l’été 1941 parvinrent à entrer en contact avec un assureur de La Roche-sur-Yon (Vendée) membre du réseau de renseignements, l’A.V. (Armée des Volontaires), rattachée au BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action) de la France Libre. Cette initiative et l’entremise de l’AV permirent à Louis Renard d’entrer en rapport avec un représentant de la France Libre qui fit à plusieurs reprises le voyage de Poitiers. Progressivement, le réseau Renard se transforma en un réseau de résistance à part entière et était au début 1942 en cours de constitution et d’organisation.
À la suite d’excès de zèle manifestes tant de l’administration des PTT que de la police française et du préfet, tous désireux au moment de la signature des accords Oberg/Bousquet de prouver leur pleine collaboration avec l’Allemagne, le réseau fut démantelé à la fin de l’été 1942. Les premières arrestations et les renseignements obtenus permirent à la SIPO-SD de démanteler tout le réseau ; 74 personnes furent arrêtées. Louis Renard recherché était absent de son domicile, son épouse fut arrêtée. Ses deux fils aînés, Henri et Georges, membres du réseau, parvinrent à s’enfuir, sur ordre de leur père, grâce à l’aide d’un membre du groupe, lycéen comme eux, Pierre Bernanose. Louis Renard fut arrêté le 30 août 1942 à Ligugé (Vienne) à proximité de Poitiers et incarcéré à la prison de la Pierre Levée, section allemande. Il fut avec 28 de ses compagnons transféré à la prison de Fresnes le 12 février 1943. Ils furent ensuite déportés vers Trèves le jeudi 18 février dans un transport NN parti de la gare de l’Est ; les déportés furent placés dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires, accrochés au train Paris-Berlin. Sur les 39 hommes déportés dans ce transport, se trouvaient les 29 membres du réseau Renard. Après une journée de voyage, le transport parvint en gare de Trêves. Ils furent internés au SS-Sonderlager Hinzert où deux d’entre eux périrent.
Le 19 avril 1943, les rescapés du réseau Renard furent transférés à la « prison de prévention » de Wolfenbüttel (Basse-Saxe, Allemagne) pour être jugés. Fin mai, onze d’entre eux, dont Louis Renard, reçurent notification écrite d’une accusation portée contre eux pour complot contre l’Allemagne et devant conduire à un procès devant le tribunal du peuple (Volksgericht). Le tribunal du peuple était divisé en 6 sénats ou chambres. L’un d’entre eux vint siéger les 12 et 13 octobre 1940 à Wolfenbüttel. A l’issue d’une procédure uniquement à charge, les dix accusés restant après la mort de Georges Duret en prison, et Louis Renard parmi eux, furent condamnés à mort le 13 octobre 1943 pour le motif suivant : « membre d’un groupement gaulliste en relation avec l’ennemi et portant atteinte à la sûreté des troupes d’occupation ». Ils furent décapités le 3 décembre 1943 entre 18 heures 30 et 18 heures 40 dans un bâtiment de la prison.
Louis Renard obtint la mention mort pour la France, déporté et interné de la Résistance (DIR) et mort en déportation. Il reçut à titre posthume la Médaille de la Résistance. En juillet 1947, son corps et ceux de ses compagnons furent ramenés à Poitiers et inhumés au cimetière de Chilvert où son nom figure sur le monument commémoratif du réseau Renard qui comprend 11 plaques, celles des dix condamnés à mort et celle de Georges Duret. En son hommage, à Poitiers, une rue devant l’actuel collège Henri IV, l’ancien lycée de garçons, porte son nom.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Vienne et Haute-Vienne (état civil, registre matricule) — SHD Vincennes GR 16 P 295654 et SHD Caen AC 21 P 142447 (à consulter) — Jean Henri Calmon La chute du réseau Renard. Poitiers 1942. Le S.S., le préfet et le résistant, Geste éditions, 2015 — Base Léonore dossier Légion d’Honneur — site internet VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation) — Fondation pour la mémoire de la déportation. Fiche du transport parti de Paris le 18 février 1943 (I.79.) — Mémoire des hommes — Mémorial genweb — État civil.

Michel Thébault

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