En 1943, comme à Péreille, dans le Plantaurel oriental, dans le Pays d’Olmes, un maquis des FTPF de l’Ariège s’était formé sur le territoire de la commune de Camarade, sur le versant septentrional du Plantaurel occidental, en Couserans. Repéré le 17 novembre 1943 dans son dernier cantonnement de Camarade, une ferme abandonnée, le maquis, embryonnaire, fut détruit par les Allemands. Cinq maquisards set deux otages furent tués

Camarade (Ariège), place du village, l’église au pied de laquelle fut érigée la stèle commémorative des exécutés et massacrés du 17 novembre 1943
Cliché : André Balent, 17 septembre 2020
Camarade (Ariège)
Stèle et plaques au pied de l’église.
Cliché : André Balent, 17 septembre 2020
Camarade (Ariège)
Stèle et plaques commémoratives, vue générale.
Cliché : André Balent, 17 septembre 2020
Camarade (Ariège)
Au pied de la stèle, plaque du PCF
Cliché : André Balent, 17 septembre 2020
Camarade :
Camarade est une commune du nord-ouest de l’Ariège, sur les contreforts boisés du massif pré-pyrénéen du Plantaurel. Limitrophe de la Haute-Garonne au nord-ouest, Camarade est une commune à l’habitat dispersé avec un minuscule village-centre et de nombreux hameaux et ferme dont certaines étaient abandonnées dès avant la Seconde Guerre mondiale. Comme toutes les communes du Plantaurel forestier, c’était un lieu favorable à l’implantation de maquis car, par ailleurs, l’existence de chantiers forestiers qui pouvaient accueillir des réfractaires au Service du travail obligatoire leur permettaient de recruter. Parmi ces fermes abandonnées, celle de Ponce qui servit de dernier cantonnement au maquis dirigé par Roger Thévenin. Enfin, autour du Mas-d’Azil (Ariège), commune relativement proche de Camarade, était établie une communauté protestante plutôt favorable à la Résistance. Camarade avait, en 1936, 423 habitants, une population en forte décroissance de puis le milieu du XIXe siècle.
Le maquis des FTPF de Rimont puis Camarade :
Pendant l’été et l’automne de 1943, les FTPF étaient en train de se structurer en Ariège sous la direction de Jean Gaudillat de Saint-Girons (Ariège) ; du Toulousain Léon Balussou ; du Provençal Albert Busa basés aussi dans le Plantaurel occidental à Pailhès (Ariège), alors que Alexis Audéon, ancien volontaire des Brigades internationales, boulanger à Bordeaux (Gironde) avant 1936 était actif quant à lui, dans le Plantaurel oriental. Le Jurassien Roger Thévenin se joignit à eux et fut intégré à cette ébauche d’état-major des FTPF ariégeois. Ceux qui se trouvaient dans la partie occidentale du Plantaurel formèrent bientôt un petit maquis qui rassembla huit hommes, de provenances diverses : Émile Beaugard, André Chaubet, Jean Géraud, Michel Grakowski, Moïse Sigler, Lucien Taurine, chargé des liaisons avec Castelnau-Duban (Ariège) et deux jeunes de Saint-Girons (Ariège).
Le maquis des environs de Rimont, fut l’un des tous premiers maquis ariégeois de cette mouvance, avec celui de Péreille. Roger Thévenin, son créateur, jeune catholique de Morez (Jura), avait quitté les chantier de jeunesse de Castillon (Ariège) où il avait été affecté. La postière résistante de Rimont le mit en contact avec les FTPF de Pailhès mentionnés ci-dessus. Thévenin responsable politique du maquis en assurait la direction avec Jean Géraud, le responsable militaire. Le maquis, implanté initialement à Rimont établit ensuite ses cantonnements successifs plus au nord-ouest, sur le territoire de la commune de Camarade, d’abord à la ferme de Las Fustes et ensuite à la ferme abandonnée de Ponce.
C’est là que Sigler intégra le maquis. Un autre travailleur du GTE détaché à Castelnau-Durban (Ariège), le Russe Serge Kirilov, gagna aussi de maquis de Camarade à la ferme de Ponce. Le maquis rassemblait une dizaine de maquisards ravitaillés par Louis Pons.
La conduite de ce maquis fut, semble-t-il, trop imprudente, les mesures de précaution élémentaires n’étant pas prises. Jean Lagrèze alias « L’Église », des Basses-Pyrénées, nouveau COR (commissaire à l’organisation régional), depuis octobre 1943, des FTPF ariégeois, le constata lors d’une « inspection ». Les mesures qu’il préconisa ne purent endiguer le mal. La Sipo-Sd et collaborationnistes étaient au courant de la présence du maquis à Camarade. La veille du 17 novembre 1943, deux faux réfractaires vinrent à Camarade où ils demandèrent qu’on leur indiquât la localisation du maquis : en fait, un Allemand de la Sipo-SD et un Français de Saint-Girons (Ariège), membre des groupes d’action collaborationnistes « Justice sociale « et du PPF (Parti populaire français).
L’attaque du maquis de Camarade :
Le 17 novembre 1943, à quatre heures du matin, des Allemands occupèrent Camarade. Au hameau de Lavielle, ils arrêtèrent Camille Gros, né le 18 juin 1886 à Camarade. Cultivateur, aubergiste, débitant de boissons et cordonnier né en 1886, Gros avait été naïvement trop bavard .Ils s’emparèrent de son fils Jean-Marie Gros et de son valet de ferme le jeune réfugié républicain espagnol Alberto Fajardo. Accompagnés de ces deux otages, ils investirent la ferme de Ponce. Ils y arrivèrent sans encombre car la sentinelle, Michel Grankowski, s’était endormie sous ses couvertures, sur lesquelles étaient tombés 5 cm de neige pendant la nuit. Ce dernier, seul témoin survivant de la scène put réchapper du massacre qui allait suivre. Deux soldats entrèrent dans la grange, mitraillette au poing et tirèrent aussitôt. Il est probable qu’ils tuèrent Moïse Sigler à ce moment-là, car son cadavre fut le seul que l’on retrouva près de la porte d’entrée. Son corps fut le seul qui ne fut brûlé que sur le dos dans l’incendie qui suivit, provoqué par des tirs d’armes automatiques et surtout de grandes incendiaires qui enflammèrent rapidement la paille et les réserves de bois entreposées dans l’édifice. On pense que Sigler a pu : soit être alerté par le bruit des Allemands, soit surpris par l’entre inopinée des Allemands alors qu’il s’apprêtait à relever de son tour de garde Michel Grankowski. Les autres cadavres, entièrement consumés, se trouvaient au nombre de six dont cinq furent identifiés. André Chaubet, Alberto Fajardo Luís, Jean Géraud, Jean-Marie Gros, Roger Thévenin. La découverte d’un sixième cadavre, celui d’un inconnu, fut confirmé par Gaston Escaich, secrétaire de mairie de Camarade qui procéda à l’inhumation des cadavres dans le cimetière communal du hameau de Lavielle, lieu où ils reposent toujours. Jean-Marie Guillon a révélé son nom. C’était très vraisemblablement le communiste clandestin Laurent Ferrer qui, depuis Avignon (Vaucluse), avait rejoint le maquis de Camarade. Le frère de ce dernier, Mathieu (1921-1943) qui avait gagné de son côté un maquis de l’Ardèche fut tué au combat à Thines (Ardèche), le 4 août 1943. Camille Gros, père de Jean-Marie, fut arrêté et déporté à Buchenwald.
Par la suite, Camarade et ses environs continuèrent d’abriter des réfractaires et d’accueillir, au moins temporairement, des maquisards. Le 21 juillet 1944, le maquis de la Crouzette des FTPF (Voir Plaisant René ; Sánchez Herrero Bruno
), après avoir affronté les forces allemandes et vichystes dans le massif de l’Arize, put se replier à Camarade. Cette présence momentanée accrut les soupçons des Allemands. Le 10 août 1944, sûrs de trouver des maquisards à Camarade, les Allemands prirent des otages au moulin de la Bergère et abattirent le jeune Juan Arenas Lopez qu’ils prenaient pour un « terroriste »
Stèle et cérémonie :
À Camarade, au pied de l’église, une stèle a été érigée et une plaque apposée afin de perpétuer le massacre du 17 novembre 1943. Six noms y furent gravés. La victime inconnue dont nous connaissons maintenant le nom, Laurent Ferrer, n’y est pas mentionnée. Chaque année, une cérémonie est célébrée en mémoire des FTPF morts à Camarade.
Tués ou massacrés à Camarade le 17 novembre 1943 :
Maquisards :
André CHAUBET
Laurent FERRER
Jean GÉRAUD
Moïse SIGLER
Robert THÉVENIN
Victimes civiles :
Alberto FAJARDO LUÍS
Jean-Marie GROS
Sources

SOURCES : Sources particulières de chacune des biographies des fusillés.— Arch. Dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla, dossier Sigler Moïse et autres fiches issues du ministère des Anciens combattants. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, p. 57, p. 429. — Le Petit journal, édition de l’Ariège, hebdomadaire, 15 novembre 2017. — Site camarade.arize-lèze.fr consulté le 29 octobre 2018. — Site histariège, consulté le 30 octobre 2018.

André Balent

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