Né le 22 mai 1922 à Tulle (Corrèze), fusillé le 26 février 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; étudiant ; résistant communiste ; organisateur de l’OS en Côte-d’Or puis des FTPF en Gironde.

Arch. PPo
Tombe au cimetière de Dijon, dans le "carré des Fusillés".
Lucien Breuil était le fils naturel de Marguerite Breuil, domestique. Il fut reconnu par le mariage de sa mère avec Gaston Dupont en 1930. Il passa son enfance chez ses grands-parents maternels à Saint-Solve en Corrèze puis chez ses parents à Dijon. Après son certificat d’études primaires, il prépara l’École normale mais, tombé malade le jour de l’examen, il dut aller se reposer en Corrèze chez ses grands-parents.
Il militait avant guerre aux Jeunesses communistes et dès août 1939 participa à la distribution de tracts à Saint-Solve (Corrèze). Arrêté une première fois, interné quelques semaines, il fut condamné en novembre 1939 à un an de prison avec sursis par la cour d’appel de Limoges (Haute-Vienne) pour non respect du décret du 24 juin 1939. A sa sortie de prison il revint en Corrèze et travailla dans les vignes de ses grands-parents à Gevrey-Chambertin, puis gagna la Côte-d’Or en juin 1940. Il reprit aussitôt contact avec les Jeunesses communistes et fit l’objet, le 27 octobre 1941, d’un mandat d’arrêt du parquet de Dijon pour une condamnation par contumace à 10 ans de travaux forcés. Il quitta alors la Côte-d’Or pour Troyes où il fut actif sous l’identité de Marcel Joséphine. En décembre 1941, il revint à Dijon et avec un militant italien, Armand Tosin, surnommé Riqui (ou Riquy) il mit sur pied l’Organisation spéciale. Les deux hommes abattirent un officier allemand rue Victor-Hugo à Dijon le 28 décembre 1941 puis, le 10 janvier 1942, lancèrent un engin explosif dans le local de la Soldatenheim place du Théâtre de Dijon. Il passa alors en Saône-et-Loire où il réalisa un attentat contre un officier allemand le 27 janvier 1942 et fut arrêté, le 29 janvier 1942, en gare de Montchanin par les Allemands. Il était armé d’un pistolet automatique qu’il réussit à cacher. Pendant son transfert, il blessa son gardien ; lui-même fut blessé mais réussit à s’enfuir. L’avis de recherche qui fut lancé contre lui à la suite de cette action mentionnait qu’il était aussi l’auteur présumé d’un attentat à Dijon en janvier 1942 et qu’il avait comme pseudonymes Gros et Joséphine. Réfugié quelques jours à Montceau-les-Mines, il repartit à Troyes et attendit les ordres du Parti. Il passa aussi quelques mois en 1942 dans la Marne, c’est là qu’il fit la connaissance de Marcelle Bastien, son agent de liaison, avec qui il eut une fille, Christiane, née en avril 1943 (il mourut en sachant qu’il avait un enfant). Début mars 1942, il fut convoqué à Paris où il reçut l’ordre de se rendre à Bordeaux pour organiser des groupes FTP, où ils étaient jusqu’alors inexistants. Accueilli par Georgette Lacabanne, il constitua avec bien des difficultés deux groupes. Le premier, dirigé par Vicente Gonzalès, réussit en avril à s’emparer d’un stock de vingt kilogrammes d’explosifs dans les carrières de Burie en Charente-Maritime et multiplia les incendies de paille autour de l’agglomération bordelaise. Le second endommagea dans la nuit du 1er au 2 mai un garage allemand à Bordeaux. L’arrivée de Lucien Dupont contribua également à relancer la propagande communiste dans la région bordelaise. Mais devant la crainte de ses hommes à s’engager dans la lutte armée, il prit lui-même les choses en main fin mai en réalisant un attentat à Bordeaux contre deux membres de l’armée d’occupation. Dès lors, la SRAJOP, en liaison étroite avec les services de la Sipo-SD nouvellement nommée, procéda à un important ratissage dans les milieux communistes : près de 200 militants furent interpellés en Gironde et en Charente-Maritime, parmi lesquels figurent les principaux adjoints de Dupont ; de nombreuses armes et plusieurs milliers de tracts sont saisis. Début juillet, le PCF envoya en Gironde Armand Duvivier (alias Ducelier), délégué du comité central et responsable national des FTP pour la région Sud, pour comprendre les faiblesses de l’organisation et les difficultés du recrutement dans la région bordelaise. Il était appelé à succéder à Lucien Dupont, et un rendez-vous fut fixé le 7 juillet à Bordeaux, à la barrière de Toulouse. Mais Duvivier fut interpellé par Poinsot tandis que Dupont réussit in extremis à éviter l’arrestation. Le lendemain, sa fiancée, Marcelle Bastien, Gérard Blot, responsable de l’organisation pour la Charente-Maritime, ainsi que quatre autres militants furent appréhendés par les policiers des Renseignements généraux et de la SRAJOP. L’organisation communiste en Gironde et dans les Charentes était une nouvelle fois décimée. Quant à Dupont, grillé, il regagna Paris où il fut quelque temps isolé et mis hors circuit.
Le 10 septembre 1942, il fut mis en contact, par Perron, commissaire politique de la région nord de Paris des FTP, avec Gabriel Rabot. En compagnie de ce dernier, il participa à l’attentat manqué du 19 septembre 1942 contre un autobus transportant des soldats allemands de la Lutwaffe qui se rendaient à la base aérienne du Bourget, place de la Villette, puis à celui du 5 octobre, avenue Jean-Jaurès à Aubervilliers, qui se solda par un blessé. Les 6 et 7 octobre, il distribua des tracts à l’entrée des usines Hotchkiss et Satam (La Courneuve). Probablement dénoncé, alors qu’il devait réaliser l’attaque d’un encaisseur du Crédit Lyonnais à Paris pour s’emparer de la sacoche qui contenait de l’argent, il fut arrêté avec Marcel Berthelot le 16 octobre 1942. Porteur de faux papiers au nom de Georges de Villeneuve, demeurant rue du Moutier à Aubervilliers, il venait d’être nommé lieutenant par l’état-major national des FTP. Condamné à mort, il a été fusillé au Mont-Valérien avec tous les résistants arrêtés dans la même affaire.
Le rapport des Renseignements généraux relatant l’arrestation de Lucien Dupont résumait fort bien l’activité clandestine de ce résistant. Ce rapport signalait : « Dupont est ce que l’on peut appeler un mobile, chaque fois que le parti a eu besoin d’un homme de choc pour ranimer les volontés défaillantes il a fait appel à Dupont. Celui-ci en effet a eu durant ces derniers mois une vie assez mouvementée. »
Une rue porte son nom à Marsannay-la-Côte.
Lucien Dupont à laissé trois dernières lettre : une à ses parents, une à Célia, une à René et Jeanne.
Lettre à ses parents
"Fresnes le 26 février 1943
Ma maman bien aimée, mon papa chéri,
 
C’est aujourd’hui le 26 février. Il va être bientôt midi. Seul avec moi-même, dans une cellule, je vous écrit. C’est une bien mauvaise nouvelle pour nous que je vais vous apprendre. Depuis 4 mois et demi je suis en prison, avec toujours la même confiance en moi. Il y a une vingtaine de jours, le 8, je crois, je t’écrivais encore ma chère maman et je te disais d’avoir encore confiance, Aujourd’hui je vais te répéter d’avoir confiance, mais dans l’avenir, pour toi-même et pour notre petite famille. Pour moi, la question se pose plus . Courage maman, courage papa ! Soyez forts en ces moments critiques. Montrez-vous dignes de vous-mêmes et de moi, moi votre fils que vous avez tant aimé et pour qui vous avez tant souffert. En vous rappelant de moi, ayez la force de regarder le destin en face. Chacun avec votre foi, toi, maman chérie avec ta foi religieuse, ta foi en la justice outre tombe, toi, papa avec ta foi de travailleurs honnête et courageux, apprenez cette pénible nouvelle sans faiblir et, après m’avoir pleuré, continuez la vie, votre vie, et celle de mon cher petit frère, mon diable mais affectueux petit Maurice. Soyez forts, aussi pour consoler tout ceux qui m’aiment et d’abord ma bonne mémé.
 
Il y a une heure on est venu m’apprendre que mon recours en grâce était rejeté, que la condamnation à mort était donc maintenue et que la sentence allait être exécutée cet après-midi, à 4 heures. J’ai donc encore un peu de vie devant moi et je l’emploie à vous écrire, à écrire aussi à Jeanne et René et à ma compagne.
Moi, je suis calme, très calme et si mon écriture a quelques défauts cela est dû à ma plume qui n’est plus neuve. Il ne peut pas en être autrement d’ailleurs car, depuis longtemps, j’ai regardé la mort en face et je me suis préparé à la subir. Mon coeur est donc tranquille comme aux plus beaux jours de ma vie et mon esprit est aussi clair que d’habitude, comme si j’allais à un rendez-vous avec toute la vie devant moi. Et, en vérité, j’ai bien toute la vie devant moi. La vie continue malgré tout et j’ai marqué mon passage. J’aime la vie, j’aime ma vie et je suis fier d’avoir travaillé à la rendre meilleure. Donc, c’est encore et toujours en pensant à la vie que je vais la quitter. Il faut bien mourir un jour, n’est ce pas et c’est un bonheur que de pouvoir mourir tranquille, calme, avec fierté et je dirai presque avec joie. J’ai fait et refait mon examen de conscience. Si j’ai commis des fautes , si j’ai eu des faiblesses, cela est dû à ma jeunesse, à mon inexpérience, du fait que je ne suis qu’un homme. Mais je ne me reproche rien car je n’ai jamais eu aucune mauvaise pensée. Mon coeur a toujours été bon et mon esprit a toujours été rempli par le sentiment du devoir. Soyez donc assurés que c’est sans souffrir, mais fièrement que, dans quelques instants, je vais mourir.
Parent chéris, en vous demandant pardon des peines que je vous ai causées et surtout de la souffrance actuelle, en vous remerciant profondément de votre grande, douce et continuelle affection, je vous quitte. Soyez bien assurés que je n’ai eu pour vous qu’un grand amour, toujours. Donnez mon adieu à ma chère mémé, à toute ma famille et à tous mes amis. Que mon souvenir permette à tous de vivre plus facilement et avec plus de courage. Je dépose ici mon dernier baiser. De tout mon coeur, de toute mon âme, je vous embrasse et vous dit : adieu.
Je meurs en pensant à vous et à la vie.
Lucien Dupont
Votre Lulu chéri de toujours."
Fresnes, 26 février 1943
Célia chérie,
C’est la dernière fois que je te communique ma pensée. Pendant quelques mois, nous avons traversé la vie ensemble, les mauvais et les bons moments. Aujourd’hui, c’est le dernier mauvais moment. En effet, dans une heure, à 4 heures de l’après midi, je vais être exécuté. Il me reste peu de temps et j’ai une plume qui est rouillée.mais je passe le dernier moment à t’écrire. Courage ! chère compagne !Courage ma petite !Souviens-toi de moi et reste forte !Tu as toute la vie devant toi et tu as en plus mon plus cher souvenir , mon enfant qui j’espère vivra bien. Je te fais confiance pour l’élever et lui rappeler le souvenir de son papa. Je te fais confiance pour aller voir ma maman un jour et savoir lui parler de moi , et la consoler. Courage, ma petite et merci de tout mon coeur.
Je te demande pardon pour la douleur que je te cause et t’assure que, de tout mon coeur et de toute mon âme, j’ai voulu ton bonheur. je t’envoie ici mon dernier et plus doux baiser.
Tu trouveras chez moi des livres et des souvenirs de moi. Conserve les bien pour mon petit que je te demande d’appeler Lucien. Allez, continue la vie ! Va au devant du bonheur !
Moi, comme tu le comprends, je suis calme et tranquille et je vais mourir heureux avec la vision de l’avenir devant moi. J’ai aimé la vie. Je l’ai goutée. je l’a quitte confiant et fier.
Salue tous mes amis et transmet leur tous mes souhaits et voeux de bonheur et de longue vie.
Encore une fois, courage et confiance ! Sourie à la vie ! Au bas de la page, je dépose mes derniers baisers. je mourrai en pensant à toi, à ton doux souvenir et en t’assurant de mon grand amour. Adieu, ma chérie, ma petite, ma compagne !
Ton Lulu.
Je pars avec ta pochette Lucien Dupont
et le mot "je t’aime" que tu
m’avais écrit un jour.
Lulu
Fresnes, le 26 février 1943
Chers René et Jeannne
Vous me pardonnerez de vous causer une grande peine. mais la vie est faite de bons et de mauvais jours et si les bons se passent vite, il faut bien subir les mauvais et le mieux est de savoir et pouvoir les surmonter avec courage. Depuis 2 heures , je suis fixé sur mon sort. Ayant été condamné à mort, mon recours en grâce a été rejeté et je vais être exécuté à 4 heures à 4 heures de l’après midi c’est à dire dans 3 heures environ. Courage à tous les deux ! Me rappelant votre affection et votre bon souvenir, comment vous avez embelli ma jeunesse, je sais quelle souffrance sera la vôtre à l’annonce de cette nouvelle. je vous fait confiance cependant et avant de mourir, je vais vous demander encore un service. Ce sera d’aller auprès de ma maman de suite et de l’aider à passer les premiers jours après qu’elle aura appris ma mort. je lui écrit en même temps qu’à vous. En ce moment, donc, elle sait la nouvelle ou ne va pas tarder à la connaître. Je suis sûr que vous saurez trouver les mots qu’il faut à une mère dans sa plus grande douleur.Merci, merci mille fois, de tout mon coeur.
Moi, je suis calme et tranquille. mon coeur bat régulièrement. Préparé depuis longtemps pour la mort, je l’affronte sans souffrir et je vais la subir sans faiblesse. La mort est une étape de la vie comme les autres. Elle est seulement la dernière. beaucoup tremblent devant elle. Mais quand on sait la regarder et qu’on sait pourquoi on meurt, alors on peut lui sourire et penser à la vie jusqu’au bout.
Ma vie, bien que courte, a été bien remplie. j’ai vu beaucoup de choses. J’ai beaucoup appris. A 20 ans, j’ai conscience d’être un homme et d’avoir vécu plus que certains qui sont plus âgés. je ne regrette pas la vie en la quittant. J’aime ma vie.
Vous saurez consoler ma pauvre mémé et tous ceux qui m’aiment, famille et amis. A ma mémé, à ma marraine, transmettez mes plus doux baisers en les assurant que j’ai toujours conservé leur bon souvenir . A mes amis, dites leur d’être toujours courageux en face de la vie, de savoir bien vivre et de toujours penser à l’avenir de nos enfants. Il faut toujours essayer de s’améliorer dans la vie et ne pas craindre de faire demi tour, avoir le courage de reconnaitre ses fautes et être toujours prêt à pardonner aux autres. La vie dans l’amour, et pour l’amour est le but qu’il faut atteindre. Que mon souvenir vous donne des forces. je vous souhaite à vous, au petit Ririn, et à tous beaucoup de bonheur et une longue vie. je voudrai pouvoir vous communiquer toute ma force, ma patience, mon espoir et ma confiance. Allons, pas de pleurs, pensez à moi ! le soleil se lève.
Une dernière fois, je vous embrasse de tout mon coeur. Avec votre souvenir, avec le souvenir du temps passé, confiant dans l’avenir, et content, je vous quitte en vous disant adieu, à vous et à toute la famille.
Votre Lulu.
Lucien Dupont

Le Journal de guerre de l’Abbé Stock évoque sa mort.
"Vendredi 26.2.43
10 exécutions
Visites à Fresnes. Y suis prévenu de 10 exécutions. Suis resté pendant le déjeuner. Visité plusieurs dans la 3ème division.
Les noms des 10, pour activités de francs-tireurs, détention d’armes, etc. : Leblanc Georges, Aubervilliers, rejeté (mon assistance).
Lefranc Frédéric, Aubervilliers, ni confessé ni communié, mais ai prié avec lui au poteau, belle mort.
Gargam Marcel, Aubervilliers, s’est confessé, a communié son frère est prêtre. Belle mort. Rabot Gabriel, prié au poteau, me donna un peigne et mourut les mains jointes. Femme alsacienne.
Berthelot Marcel, rejeté.
Récouraut ]Recourat Victor, s’est confessé, a communié, belle mort.
Dupont Lucien le chef, beaucoup d’attentats sur la conscience, communiste des pieds à la tête, chanta l’Internationale et dit en allemand : « Ich bin glücklich, für mein Vaterland sterben zu können » (Je suis heureux de pouvoir mourir pour mon pays). Rejet. Il se fichait de la mort, a joué chaque jour avec la vie pendant 14 mois. Était complètement captivé par les idées bolcheviques.
Grosperrin Charles, très calme, s’est confessé, a communié.
Dallais Alexandre, a refusé, habite 34, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, Paris Vème. Bolzer Pierre, de St-Ouen, refusa tout secours spirituel. Avait appris le jour même la naissance de son fils. Né le jour où il fut condamné à mort.
Enterrés tous les dix au cimetière d’Ivry, 47ème division 1ère ligne."
Sources

SOURCES : Arch. PPo, Activités communistes pendant l’Occupation, carton 3, GB 68. – Arch. Dép. Oise, 1232W260. – Arch. Dép. Aube, 300 W 49, 300 W 106-109. – Arch. Dép. Gironde, série continue. – AVCC, Caen. – Biographie de Jean Vigreux dans Dictionnaire historique de la Résistance, R. Laffont, 2006. – Site du ministère de la Défense, SGA, fusillés du Mont-Valérien 1939-1945. – Christiane Dupont-Lauthelier, Lucien Dupont, 20 ans, la trop courte vie d’un homme en Résistance, 2008, deuxième édition en 2017 avec compléments..

Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Philippe Souleau

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