Né le 4 juin 1906 à Mannheim (grand-duché de Bade, Empire allemand ; aujourd’hui land de Bade-Wurtemberg, République fédérale d’Allemagne), mort le 11 novembre 1940 au Vernet-d’Ariège (Ariège) ; tourneur sur fer ; militant du KPD (Parti communiste d’Allemagne) ; volontaire des Brigades internationales ; abattu par un garde mobile du camp du Vernet-d’Ariège

Leonhard Dallinger (1906-1940)
Source : Brigitte, Gerhard Brândle (op. cit., 2016, p. 43)
Le Vernet-d’Ariège (Ariège), tombe de Léo Dallinger (1906-1940)
Métallurgiste, Leo Dallinger était marié et père d’un enfant. D’après Bruno Frei (op. cit.), tous deux vivaient toujours à Mannheim en 1940. Avant 1933, il militait dans les rangs du KPD. En 1928, dans une réunion publique, il porta la contradiction à Adolf Hitler et, après l’avoir interpellé, fut rossé par des SA. Il adhéra, après cette mésaventure, à la Ligue de combat anti-fasciste. Entré dans l’illégalité en 1933, il fut arrêté en 1935 et passa deux ans dans les prisons de Mannheim et de Karlsruhe, jusqu’en 1937.
Il gagna ensuite l’Espagne républicaine à une date indéterminée et, volontaire des Brigades internationales, il combattit d’abord dans les rangs du bataillon Edgar André puis, en février 1937, il entra dans leur service médical et devint chauffeur d’automobiles et camions. Bruno Frei (op. cit., p. 183) relata un de ses faits d’armes qu’il situe ne mai 1938 mais qui débuta en fait le 8 mars 1938, lorsque les franquistes percèrent les lignes républicaines du front d’Aragon à Belchite (province de Sarragosse) : « En mai 1938, quand les fascistes percèrent le front et que les Internationaux, à Belchite, furent contraints à la retraite dans des conditions difficiles, beaucoup d’hommes grièvement blessés restèrent étendus devant les lignes ; il était amer de les abandonner. C’est alors que Dallinger, à quatre reprises, alla dans le terrain avancé qui se trouvait sous le feu des mitrailleuses ennemies et sauva d’une mort certaine des camarades sérieusement atteints ». Lors de la Retirada, il rentra en France en février 1939 et fut interné au camp de Gurs (Basses-Pyrénées/ Pyrénées-Atlantiques). Il fut ensuite transféré au camp disciplinaire du Vernet-d’Ariège (Ariège).
Le 11 novembre 1940, vers 19 heures, Leo Dallinger périt dans une tentative d’évasion. Il fut abattu sommairement alors qu’il avait au préalable été blessé. Les gendarmes qui gardaient le camp avaient l’ordre de tirer sur tous ceux qui tenteraient de quitter le camp et de s’enfuir.. Il fut abattu près de la clôture séparant le camp de la RN 20, à la limite entre les quartiers B et C. Dans sa baraque, Bruno Frei, journaliste communiste autrichien entendit distinctement des coups de feu tirés rapidement, suivis de trois autres coups de feu tirés à intervalles plus longs. Il se déplaça, comme beaucoup d’autres internés afin de s’enquérir des événements qui venaient de se produire. Son récit (op. cit.) permet de reconstituer les circonstances de sa mort et des événements qui l’accompagnèrent. Le corps de Leo Dallinger gisait, après les coups de feu, les jambes dans le périmètre du camp, la tête et la poitrine dans les barbelés de la clôture. Blessé après la première salve, il ne pouvait plus fuir. Il fut achevé par les trois coups de feu suivants tirés à bout portant par le gendarme qui l’avait déjà blessé. Ses poumons furent déchiquetés. Alors que des internés approchaient et qu’une civière fut amenée près de Dillinger qui n’était pas encore mort, des gendarmes empêchèrent de lui porter secours. Il se vida de son sang. Le médecin du camp ne put, vers 21 heures, que constater son décès. On peut donc affirmer qu’il fut délibérément assassiné. Plus tard, son camarade de Mannheim, Josef Wieland — né à Rorchach, Suisse, en 1912 ; travailla en Allemagne à Lörrach (Pays de Bade) près de la frontière avec son pays natal dans une entreprise textile ; militant du SPD, puis des DAS (Deutscher Anarcho-Syndicalisten) ; de retour en Suisse en 1934 ; engagé en décembre 1936, dans la colonne Durruti sur le front d’Aragon ; détenu un moment à la prison Modèle de Barcelone après les affrontements de Barcelone de mai 1937 entre miltants du PSUC et d’Estat català d’une part et des miltants de la CNT, de la FAI et du POUM, d’autre part) — donna (Brigitte et Gehrard Brändle, op. cit., p. 43) une version de sa mort qui ne contredit pas, sauf sur des points de détail, celle que relata Bruno Frei : « Avec mon ami Ludwig Cornelius [militant communiste né à Mannheim, volontaire des Brigades internationales interné au Vernet], je me tenais près de la clôture de l’îlot voisin ; Nous avons discuté avec nos camarades. Tout d’un coup, cette conversation a été interrompue par un coup de fusil et nous avions couru vers le coup de feu. Nous n’avions rien à dire, chacun d’entre nous pensait la même chose : c’était Léo. Nous n’avions pas besoin de marcher loin, à environ 100 mètres de notre emplacement précédent, Léo était immobile sous les barbelés. Il avait réussi à couper trois fils quand la balle l’a atteint à une distance de moins de deux mètres. Un garde l’avait tiré de son côté. Léo a dû mourir sur le coup, car la balle s’était directement fichée entre le cou et la poitrine juste sous la tête. Le tireur « héroïque » se tenait là, le fusil braqué, comme s’il voulait aussi nous tirer dessus ».
Son corps fut amené à la morgue du camp. Douze « chefs de baraques » suivirent la civière pendant que les internés saluèrent le poing fermé. Le lendemain, une délégation d’internés se rendit auprès du colonel commandant le camp qui expliqua que le gendarme avait agi par peur. Si l’ordre d’utiliser une arme à feu lors d’une tentative de fuite, avait été donné aux gardiens, ils ne devaient en aucun cas les tuer délibérément. Ce furent précisément les trois derniers tirs qui blessèrent mortellement Dallinger. Le colonel finit par l’admettre. Il ordonna que seule une délégation de sa baraque serait autorisée à participer à l’enterrement dans le cimetière du camp.
Leo Dallinger fut enterré le surlendemain de sa mort tragique. Son corps fut hissé sur un camion entouré par de nombreux gendarmes qui fut suivi par une douzaine d’internés. La cloche de l’église du camp sonnait le glas. De l’autre côté du grillage, les détenus volontaires des Brigades internationales défilèrent au pas et rendirent à leur camarade les honneurs militaires devant les autres internés immobiles. Sa tombe du cimetière du Vernet porte le n° 49.
Sources

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla, listes manuscrites de fusillés et morts en action. — Bruno [Benedikt] Frei, Les hommes du Vernet, traduction et introduction de Georges Dimon, Amicale des anciens internés et résistants du camp de concentration du Vernet-d’Ariège, s. l., s. d. [1975 ?], 215 p. [pp. 182-185] (1e édition allemande : Die Männer von Vernet, Berlin, Ein Tatsachsenberich, 1950). — Brigitte und Gerhard Brändle, Adelante liberdad : Spanienfreiwillige aus Baden 1936-1939, Karlsruhe, Druckcoooperative, 2016, 80 p. [p. 43].

André Balent

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