Des civils de haute vallée du Salat (Couserans) se rendant au marché à Saint-Girons furent mitraillés par un groupe de maquisards du col de la Crouzette. Quinze d’entre eux furent blessés ; cinq d’entre eux périrent des suites de leurs blessures

La 3102e compagnie des FTPF de l’Ariège et le maquis du col de la Crouzette :
Le 8 juin 1944 au soir, René Plaisant un cadre communiste clandestin de Saint-Girons (Ariège) rejoignit avec une dizaine de Couseranais le maquis de Betchat (Ariège), la 3104e compagnie de FTPF (théoriquement de l’Ariège, de fait de la Haute-Garonne) commandée par Jean Blasco alias "Max" âgé seulement de vingt ans. Ils y furent incorporés le lendemain à 7 heures 30. Le maquis de Betchat fut attaqué le 10 juin par des éléments de la division SS Das Reich. Si le maquis put préserver ses forces en se dispersant, les Waffen SS massacrèrent vingt-sept habitants du petit village de Marsoulas (Haute-Garonne). Le 12 juin, René Plaisant se trouvait du col de la Crouzette, (1244 m) dans le massif pré-pyrénéen de l’Arize où se trouvait un maquis espagnol de la troisième compagnie de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles) et des FTPF de la région. Plaisant prit alors la direction, en tant que commissaire aux opérations, de la 3102e compagnie des FTPF de l’Ariège baptisée « camp Georges-Lassalle », créée le 9 juin, un jour avant le drame de Marsoulas et la dispersion des FTPF de Betchat. Il en devint le chef charismatique. Le maquis des FTPF couseranais devint bientôt le plus puissant des maquis de l’Ariège : il compta 123 combattants homologués et disposait de l’électricité et du téléphone. Il créa même son propre journal, Libération. De concert avec les guérilleros de l’AGE. De son nid d’aigle du massif de l’Arize, dominant trois vallées principales (Arize, Rivérenert, Massat), il multiplia les coups de mains contre les forces d’occupation et les collaborationnistes. Celui du 10 juillet 1944 fut une tragique bavure.
La « bavure » de Kercabanac (10 juillet 1944) :
Un autobus quitta Seix, bourg de la haute vallée couseranaise du Salat ayant à son bord des habitants de la localité et des villages voisins qui se rendaient au marché de Saint-Girons, sous-préfecture de l’Ariège et capitale du Couserans. Le véhicule qui tractait une remorque tomba dans une embuscade tendue par un groupe de FTPF , les Lorrains qui s’étaient rattachés au maquis de la Crouzette : implanté à Gabre village du versant nord du Plantaurel un groupe de Lorrains et d’Alsaciens réfugiés avaient créé un petit maquis rattaché à l’ORA commandé Mitscheller, un Lorrrain et Hentz. Menacé par la Milice le 5 juillet 1944 des Alsaciens-Lorrains quittèrent Gabre et intégrèrent les FTPF à la Crouzette . On leur confia bientôt des missions. Le 10 juillet, ces résistants confondirent l’autobus qui se rendait à Saint-Girons avec un convoi allemand dont ils connaissaient le passage imminent au lieu-dit des Trois Arches du Kercabanac, dans les gorges de la Ribaouto [ou Ribaute], où la route passe sous un tunnel (commune de Soueix-Rogalle) et marque l’entrée dans la haute vallée du Salat. Ils blessèrent quatorze passagers, trois hommes et deux femmes qui périrent des suites de leurs blessures.
Dans ses notes manuscrites Claude Delpla, historien de la Résistance ariégeoise a donné les noms de quatre des victimes de l’embuscade de Kercabanac. Il a donné une version des faits qui est reprise dans son ouvrage posthume (op. cit., 2019, p. 125) qui montre bien qu’il s’agit d’une méprise qui fit confondre le camion allemand avec l’autobus de ligne. Mais dans les notes de Delpla que nous avons eu entre les mains, il n’est pas indiqué sur quelles sources il fonde un récit qui se veut précis et que nous faisons nôtre, sauf pour quelques points que nous signalons.
Ce fait est rarement évoqué dans les autres récits des activités du maquis de la Crouzette. Il en entache en effet la réputation. Quand il l’a été, il le fut selon une version qui évite de mettre en cause directement les maquisards. Cette version a été reprise sur Wikipédia (entrée « Gorges de la Ribaute ») dont l’article repend aussi le texte de Depla publié en 2019. Cette version signale que le 10 juillet 1944, un camion allemand transportant des soldats auquel était également attelée une remorque quitta Seix. C’était lui que les maquisards auraient dû attaquer au Kercabanac. Comme l’autobus était tombé en panne au même moment à Seix, les Allemands auraient proposé aux passagers de prendre place dans le camion. Après l’embuscade, ils auraient abandonné les morts et une blessée qui aurait survécu. Cette version nous paraît invraisemblable (nombre de places réduit sur un camion militaire transportant aussi des hommes en armes ; aucune victime allemande)
Claude Delpla a lui aussi écrit qu’il y eut quatre tués dans l’embuscade, deux hommes et deux femmes. De fait ces quatre personnes sont mortes le jour même des suites de leurs blessures à l’hôpital de Saint-Girons comme le montrent leurs actes de décès à l’état civil de cette ville. Il ne savait qu’un cinquième blessé, Georges André un jeune de Salau (commune de Couflens) devaient mourir plus tard des suites de ses blessures. Annie Rieu, originaire de Couflens et historienne (avec Claude Delpla et une historienne catalane du Pallars, Noemí Riudor) d’une filière de passeurs du Couserans, nous a signalé son cas.
Les victimes :
Trois d’entre elles sont issues du monde agricole montagnard de cette vallée du Couserans : Georges André, Marie Peyronne, Siméon Rieu. Les deux autres sont ; un femme de douanier originaire de l’Ariège, comme son mari (mais pas du Couserans), Denise Carretié et un cinéaste, Henri Chauvel.
Si André et Chauvel qui résidaient respectivement à Salau un hameau de la commune de Couflens proche de la frontière espagnole et à Engomer, une commune de la vallée voisine du Lez, les trois autres résidaient à Seix, le « bourg » central de la vallée du haut Salat. Mais Chauvel semble avoir eu des liens avec ce village puisque son nom fut inscrit sur son monument aux morts. Chauvel , né à Rennes (Ille-et-Vilaine), s’était établi dans le Couserans (un refuge pendant la guerre ?). Ce fut la seule des cinq victimes dont l’activité clandestine permit la constitution d’un dossier de combattant volontaire de la Résistance, au titre des « isolés ». Mais sa mort des suites tragiques de l’embuscade de Kerbanac justifient dele considérer comme « victime civile » car il ne fut pas tué du fait de ses activités résistantes.
L’âge des victimes s’échelonne entre 1886 (Siméon Rieu) et 1927 (Georges André).
Morts à l’hôpital de Saint-Girons des suites de leurs blessures le 10 juillet 1944 :
CARRETIÉ Denise, épouse SOULA
CHAUVEL Henri
PEYRONNE Marie, épouse LUC
RIEU Siméon
Mort à son domicile des suites de ses blessures (Salau, Ariège) le 22 juillet 1944 :
ANDRÉ Georges
Sources

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 4 E 6468, état civil de Saint-Girons, registre des décès, 1944 acte de décès dee quatre des cinq victimes de Kercabanac [Quercabanac] à l’hôpital de la ville ; 64 J 23, fonds Claude Delpla. — Claude Delpla, La Libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’Oiseau, 2019, 514 p. [P. 111, p. 125, p. 436, p. 444]. — Wikipédia, article « Gorges de la Ribaute » consulté le 9 décembre 2020. — Sources particulières aux notices de chacune des victimes. — Informations orales et courriels d’Annie Rieu (Toulouse et Couflens, Ariège).

André Balent

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