Des militaires allemands exécutèrent sommairement trois employés de la gare de La Loupe à la date estimée du 13 août 1944. Ces trois gardes-voies étaient des réfugiés de la ville du Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime).

La Loupe (Eure-et-Loir) est une ville de l’est du Perche, à la limite entre l’Eure-et-Loir et l’Orne dotée d’une gare de triage sur la ligne Paris-Le Mans. Le 13 août 1944, la ville se situait sur le trajet des troupes allemandes en retraite, chassées vers l’est, en direction de Chartres, par les Alliés durant la bataille de Normandie.
Pour le contexte, La Loupe était en ce mois d’août une ville ravagée.
Deux mois auparavant le 17 juin 1944, le centre-ville fut bombardé à tort par sept bombardiers alliés qui manquèrent la cible prévue, un dépôt d’essence allemand. Un bilan très lourd : 73 personnes tuées, dont le maire de l’époque, plus de 100 blessés, 92 immeubles détruits, 83 devenus inhabitables et environ 250 furent endommagés. Le 11 août 1944, Nogent-le-Rotrou, la capitale du Perche, était libérée des occupants allemands. Dans les jours qui suivirent, La Loupe et les communes voisines furent libérées par les Américains et les résistants du maquis de Plainville.
La libération de La Loupe ne se déroula pas dans la joie. Un article de L’Écho Républicain du 14 juin 1979 relate :
Le 14 août 1944, les Américains approchaient de La Loupe et deux d’entre eux furent tués au Champs-Seigneur. Cette même journée, trois Allemands furent tués aux Murgers et quatre à Fontaine-Simon. À une heure du matin, les Allemands fusillent trois garde-voies sur le pont du Gros Chêne. À 6 heures, ils font sauter ce pont, et à 21 heures le pont de l’équarrissage à Vaupillon. C’était le début de la libération. Mais à quel prix ! Une cité détruite, des familles anéanties, disséminées, déchirées, des personnes blessées, traumatisées. Les Américains n’ont pas reçu à La Loupe l’accueil qu’ils espéraient, l’accueil chaleureux auquel ils étaient habitués sur leur passage. La Loupe pleurait ses morts, dénombrait et soignait ses blessés.
La présence de Havrais à l’intérieur de la France occupée s’explique par l’exposition du Havre à de fréquents bombardements alliés visant le mur de l’Atlantique. Aussi dès 1940 la ville comportait de nombreux réfugiés envoyés "à l’arrière", en Seine-Inférieure, mais aussi dans divers départements parfois éloignés du Havre. Les trois gardes-voies du Havre n’ont pas été répertoriés comme résistants organisés. Leurs corps mitraillés furent découverts trois jours après les faits, le 16 août 1944.
CANUEL Bernard
SCHMIT François
JOUEN André
Sources

SOURCES : Hommage aux fusillés et aux massacrés de la Résistance en Seine-Maritime. 1940-1944, Édité par l’Association Départementale des familles de fusillés de la Résistance de Seine-Maritime, 1994. – Louis Eudier, Notre combat de classe et de Patriotes (1934-1945), Duboc, Le Havre. — Mémorial Genweb. — Bureau résistance SHD, Vincennes. — AMH 2 EC 302 / Acte 452, mairie-annexe de Graville. —registres d’État-Civil pour l’année 1944. transcriptions des Havrais massacrés dans le commune de La Loupe (Eure-et-Loir), ( AMH 1 EC 1104 / Acte n° 993/2 ), note de Stéphane Lobruto.

Jean-Paul Nicolas

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