Née le 25 avril 1869 à Châteauneuf (Ille-et-Vilaine), massacrée le 23 juin 1944 au Pourrou, commune de Saint-Sixte (Lot-et-Garonne) ; acrobate, chanteuse ambulante, marchande foraine ; Tsigane, victime civile.

Rosalie Landauer était la fille de Jacques Albert Landauer et de Catherine Adolphine Olivier. Son père, d’origine Tsigane Manouche et sa mère née dans le Lot, étaient artistes d’agilité, et voyageaient d’une localité à l’autre avec leurs sept enfants qui exerçaient leurs talents de chanteur, musicien ou acrobate. Rosalie est déclarée elle-même acrobate en 1892, chanteuse en 1898 puis marchande foraine dans les années 1919-1920. Mariée avec un acrobate forain, André Lagrénée ou Weiss selon les sources, elle a six fils (quatre mourront en bas âge) et deux filles nés entre 1890 et 1902. Veuve depuis 1924, elle voyageait en roulotte avec les familles de son fils Paul Weiss (ou Vaise) et de sa fille Adolphine Weiss, mariée avec Pierre Winterstein (Wenderstein, Vanderstein). Arrivés le 22 juin au soir près du village de Saint-Sixte, c’était leur dernière halte avant la foire de Valence-d’Agen (Tarn-et-Garonne) où ils devaient se rendre.
Se rendant à Dunes pour des représailles à la suite d’une dénonciation, une section de la Division Das Reich, unité n°29955 commandée par le capitaine Hermann et le lieutenant Dwuret, arrive à Saint-Sixte vers 5 heures du matin.
Guy Penaud, historien, relate cet épisode tragique : « Les chevaux et les mulets paissaient en liberté. Le feu de campement allumé la veille pour le repas du soir fumait encore. Dix-sept personnes, hommes, femmes et enfants des familles Vaise, Landauer et Wenderstein, dormaient dans ces deux modestes véhicules. En un rien de temps, les portes des roulottes volèrent en éclat sous les coups de crosse et toutes les personnes présentes furent jetées dehors. Les voitures furent fouillées, et les pauvres hardes ou humbles objets ménagers furent éparpillés sur le chemin. Les soldats ne découvrirent que quelques carabines et pistolets à air comprimé. Ces jouets ne projetaient que des bouchons et servaient à la petite baraque de tir que ces forains exploitaient dans les fêtes locales. „Terroristes, terroristes !“ hurlèrent les SS à la vue de ces armes. Les cinq hommes, les six femmes et les six enfants (...) furent alors poussés dans un pré voisin. Deux hommes furent tués les premiers, puis six femmes furent abattues à coups de mitraillettes. Six autres cadavres gisaient bientôt auprès d’elles : ceux d’enfants de 14 ans à 19 jours. Miraculeusement, il y eut trois survivants, deux hommes et une femme, dont Marie Vaise (Marie Bouillon) et Fernand Landauer (né en 1905 à Bacqueville-en-Caux (Seine-Maritîme), neveu de Rosalie Landauer, et certainement Pierre Winterstein le mari de Adolphine Weiss), qui tombés les premiers à terre, avaient été recouverts et en quelque sorte protégés par les corps de leurs parents. Bien que blessés au bras, à la cuisse et à la tête, ils simulèrent la mort et échappèrent ainsi au massacre.
Les soldats se présentèrent ensuite à la mairie. Là, le commandant de l’unité déclara que les forains possédaient des armes à feu, ce qui justifiaient à ses yeux la mort de quatorze personnes. (…) Aussitôt les Allemands partis, le maire fit conduire les trois forains blessés à l’école publique où ils furent soignés par le docteur Escudier, de Lamagistère. Une ambulance de la Croix Rouge vint ensuite prendre ces blessés à 11 heures pour les conduire à l’hôpital d’Agen. D’autre part, le maire de Saint-Sixte réquisitionna des charpentiers pour faire des cercueils ainsi que des hommes pour creuser des fosses dans le cimetière. L’inhumation des quatorze victimes eut lieu le même jour, à 20 heures.
 »
Rosalie Landauer avait 75 ans.
Son nom est inscrit sur la stèle commémorative de Saint-Sixte érigée en hommage aux Tsiganes massacrés le 23 juin 1944 et inaugurée le 16 juillet 2016.
Sources

SOURCES : Article du blog La résistance en Tarn-et-Garonne . — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, [pp. 449-450, p. 545]. — Arch. départ. en ligne. — Généanet. — Commission Départementale de l’Information Historique pour la Paix, Contre l’oubli, Plaques et stèles de la Résistance et de la Déportation en Tarn-et-Garonne, 2000. — Mémorial GenWeb.

Patrick Bec

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