Ce sont 33 hommes, 20 résistants et 13 bûcherons qui furent exécutés le 10 juin 1944 par les troupes allemandes sur le plateau du Revard dans le massif des Bauges surplombant Aix-les-Bains (Savoie).

Au lendemain de l’annonce du débarquement de Normandie, un grand nombre de volontaires rejoignirent le massif des Bauges. Ils répondaient à l’appel lancé par le commandant de l’Armée secrète (AS) du secteur, le capitaine Héritier (dit Blanchard). À partir du 7 juin 1944, souvent sous une pluie battante, plusieurs groupes partis d’Aix-les-Bains (Savoie) et de ses environs, grimpèrent jusqu’au plateau du Revard. Le premier d’entre eux, comprenant 16 hommes, dont 14 étaient membres des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), atteignit dans la matinée La Féclaz (commune des Déserts, Savoie), où se trouvait le lieu de rendez-vous et le poste de commandement (PC) de l’AS. Tout au long des deux journées suivantes, l’effectif des volontaires se renforça.
Au 9 juin 1944, Johannès Pallière estime entre 260 et 280 leur nombre entre le Revard et la Féclaz. Environ 160 d’entre-eux étaient installés sur le Revard, à environ six kilomètres du PC.
Le capitaine Héritier se trouvait dès lors devant une situation difficile à gérer. Cet afflux de volontaires, bien supérieur à celui escompté, posait deux problèmes majeurs : celui de l’encadrement et celui de l’armement. En dehors du capitaine Héritier, on ne comptait que deux autres officiers de carrière (Jean Casalta et Pierre Cazenavette), deux officiers de réserve (Louis Chambon et Serge Dormy) et quelques sous-officiers. Or la plupart des hommes venus n’avaient aucune formation militaire. L’armement était lui aussi largement insuffisant et beaucoup d’hommes ne pouvaient disposer d’une arme même après qu’un certain nombre de volontaires furent retournés chez eux.
Ainsi le dispositif de surveillance des accès au plateau du Revard fut-il confié à des groupes inexpérimentés et peu armés.
L’afflux d’hommes sur le plateau surplombant la ville d’Aix-les-Bains ne put passer inaperçu aux yeux de l’occupant. La ville thermale était un important centre hospitalier pour les troupes d’occupation, accueillant près de 1200 blessés ou malades. Elle était le lieu de cantonnement d’une troupe d’élite, le bataillon 98/II de chasseurs alpins, comptant près de 500 hommes, auxquels s’adjoignaient des forces de police militaire et de la Sipo. Il n’était pas tolérable pour les Allemands de laisser se former une concentration de « partisans » à proximité de cette garnison.
Dans la nuit du 9 au 10 juin 1944, sous de violentes averses de pluie et dans un brouillard épais, plusieurs sections du 98/II lancèrent une opération de nettoyage du plateau au cours de laquelle il n’y eut pas, semble-t-il, de véritables affrontements, à une exception près. Les Allemands pénétrèrent sur le plateau sans qu’aucune résistance ne puisse leur être opposée. Ils encerclèrent, aux premières heures du 10 juin 1944, la petite station du Revard où étaient cantonnés dans divers chalets et un hôtel les volontaires de l’AS. C’est là qu’eut lieu le premier massacre de résistants. Un rapport de police du 13 juin 1944 signale la découverte le long d’un sentier, situé près de l’hôtel du P.L.M., de 8 corps. Il s’agissait de Sylvain Dardick, Serge Dormy, Robert Fortin, Charles Glatz, Jean-Marie De La Tullaye, Claudius Mermoz et Pierre Try, tous membres de l’AS. Le huitième était M. Prunier, jardinier de l’hôtel. Toutes les victimes portaient, en plus de diverses blessures par balles, des traces de coup de feu tirés à bout portant à la tête. Selon toute vraisemblance, les jeunes hommes furent capturés, rassemblés, mitraillés et enfin reçurent le coup de grâce.
Certains de leurs compagnons parvinrent à échapper à l’ennemi en se dissimulant dans les cheminées de l’hôtel. Deux autres jeunes résistants furent abattus dans le même secteur, Michel Morel et Marius Lansard.
A partir de là, les soldats allemands procédèrent à la fouille minutieuse des chalets du plateau, bénéficiant dans leur opération d’un fort brouillard. Ils prirent dans leur sommeil une équipe de 13 bûcherons qu’ils exécutèrent après les avoir emmenés au lieu dit « ferme Petit ». Le plus jeune d’entre eux, Hyacinthe Bermond, venait d’avoir 17 ans. Non loin de là, vers quatre heures du matin, un groupe de résistants fut à son tour surpris. Ses membres parvinrent toutefois à s’échapper sous le feu ennemi, à l’exception de l’un d’eux, Marcel Guidoz, touché par des éclats de grenade et qui mourut de ses blessures au pied des rochers du Pertuiset. Quelques kilomètres plus au sud, isolé dans un creux du relief, au Pas-du-Croc, un groupe, venu d’Aix, n’avait rien entendu des fusillades. La présence de ce groupe reste intrigante pour l’historien. Ces 7 hommes étaient en effet sous la direction de Maurice Setti, FTP aixois et vraisemblablement appartenaient-ils tous aux FTP. Avec Maurice Setti, se trouvaient ses deux frères, David Setti et Charles setti, Louis Chiotti, Maxime Lacrosaz, Marcel Nicoud et Julien Portier. Peut-être avaient-ils le projet de rejoindre le maquis FTP de Bornette ? Ou plus simplement a-t-on là un exemple de la « perméabilité » des organisations à leurs bases et Maurice Setti et ses compagnons ont répondu spontanément à l’appel de mobilisation avec les autres résistants aixois. Il est intéressant de signaler que quatre de ces hommes travaillaient à La Société savoisienne de construction électrique, qui fut le vivier le plus important de la résistance aixoise et qu’ils étaient en contact avec de nombreux membres de l’AS.
Les fortes pluies, le brouillard, permirent aux Gebirgsjägers de les approcher et de les capturer sans coup férir, d’autant plus aisément que les maquisards n’étaient pas tous armés et ne disposaient d’aucune arme automatique. Les descriptions des P.V. du commissariat de police de Chambéry (Savoie) ne laissent aucun doute sur le mode opératoire allemand, identique à ce qui s’était passé deux heures plus tôt à proximité de l’hôtel P.L.M. Six hommes furent rassemblés et mitraillés à proximité de leur chalet. Charles Setti fut lui abattu non loin de là, près d’un chalet où il était allé au ravitaillement.
A peu près dans le même temps se déroula, selon le récit de Johannès Pallière, le seul combat véritable entre résistants et Allemands. Le groupe des FUJP, évoqué plus haut, opposa une résistance farouche à la colonne allemande qui s’approchait du PC de la Féclaz, couvrant la retraite du capitaine Héritier et de ses hommes. Lors du décrochage de cette équipe de protection, Eugène Lanoz fut malheureusement fauché par une balle ennemie.
La dernière victime des chasseurs-alpins allemands fut le docteur Vernier. Ce médecin chambérien avait rejoint le PC afin d’y créer un service de santé. Il fut abattu sur le plateau de la Féclaz, alors qu’il se trouvait isolé.
A l’issue de l’attaque allemande 33 hommes étaient morts : 20 résistants et 13 bûcherons que le hasard avait placés là. On peut ajouter une 34e victime, Roger Dupasquier, jeune résistant qui se tua en tombant d’une barre rocheuse en tentant de redescendre dans la nuit sur Aix-les Bains.
Des hommes qui étaient parvenus à s’échapper, un gros contingent de 120 à 130 hommes partit dans l’intérieur du massif. Mais il y eut de nombreux individus isolés ou des petits groupes qui suivirent les chemins qu’ils purent trouver et eurent des destins très variés.
Un regroupement eut lieu à Saint-François où le capitaine Héritier choisit de renvoyer dans leurs foyers une soixantaine d’hommes. Ensuite les volontaires pour poursuivre l’action se scindèrent en plusieurs groupes : la compagnie Cazenavette, dite cie Cathala, se basa aux Écuries, au dessus du Châtelard (Savoie), non loin du maquis FTP du col de Bornette, la cie Watrin choisit le Mont Margériaz (commune des Déserts et d’Aillon-le-Jeune, Savoie), enfin le P.C. fut installé dans une ferme isolée, sur la commune de Bellecombe-en-Bauges (Savoie). Quelques semaines plus tard, le 4 juillet 1944, pour être précis, une nouvelle offensive allait être lancée par les Allemands, sur l’ensemble du massif cette fois.
Sources

SOURCES : : Johannès Pallière, La campagne des Bauges : les combats du Revard, 1944, Cabédita, 1997. – Bulletins de l’AS, 1949. — Archives du mémorial de la Résistance, Musée savoisien.

Michel Aguettaz

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