Du 14 au 20 août 1944, une bataille rangée opposa la garnison allemande d’Égletons (Corrèze) aux groupes de résistance des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) et de l’Armée secrète (AS) appuyés par les Alliés (aviation et parachutistes). Secourus le 18 août par des renforts venus de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), la garnison put se replier le 20 en direction de cette ville. Le bilan des combats est difficile à établir avec certitude. Du côté de la Résistance et des parachutistes, les estimations des pertes varient selon les sources entre 15 et 18 morts. Nous avons finalement recensé 17 morts parmi les résistants et les parachutistes ainsi qu’une victime civile. Les pertes allemandes sont estimées entre 27 et 53 morts et 60 blessés.

Un bataillon allemand du 194e régiment de sécurité de la Wehrmacht (300 hommes et une cinquantaine de véhicules) remontant de Sète (Hérault) et se dirigeant vers Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) par la RN 89 fit étape à Égletons (Corrèze) dans la soirée du 3 août 1944 après avoir été harcelé par les maquisards entre Tulle (Corrèze) et Égletons. Elle cantonna dans l’imposant bâtiment de l’Ecole nationale professionnelle (ENP), facile à défendre.
Les FFI (FTP et AS) encerclèrent la ville. Le 13 août, les Allemands rejetèrent une demande de reddition. Les maquisards donnèrent l’assaut dans la matinée du 14 août et tentèrent d’incendier l’ENP. Les FFI demandèrent l’aide d’une mission alliée installée dans une villa à côté du groupe scolaire Albert-Thomas où des officiers parachutistes SAS-FFL largués dans la nuit du 10 au 11 août étaient en contact avec Londres. Dès le 16 août, la Luftwaffe dont les appareils décollaient de la base d’Aulnat (Puy-de-Dôme), proche de Clermont-Ferrand, intervint pour soutenir la garnison, détruisant des habitations et provoquant des incendies. Un nouvel assaut des FFI soutenus par les SAS et des gardes mobiles ralliés échoua le 18 août au petit matin.
Le même jour, à 11h, un fort détachement (2500 hommes et 250 véhicules) de la brigade Jesser de Clermont-Ferrand, appelée en renfort, parvint à Égletons malgré des embuscades pour retarder sa progression et évita la capitulation d’une garnison à bout de forces. Le bombardement de l’ENP par la RAF le 18 août vers 18h et le mitraillage de la zone de combat ne purent infléchir la situation militaire. Le même jour, la Luftwaffe bombarda par erreur ses propres troupes, tuant 21 soldats de la Wehrmacht. Les résistants furent contraints de lever le siège, et les Allemands pillèrent la ville.
Toutefois, la situation militaire au niveau national – l’avance rapide des Alliés vers Paris et le succès du débarquement en Provence - menaçait d’encerclement les troupes allemandes encore présentes dans le Centre et le Sud-Ouest. Le 19 août 1944, l’ordre de retraite générale fut donné à ces troupes. C’est ce qui motiva l’ordre d’évacuation d’Égletons le 20 août du Hauptverbindungsstab (HVS) 588 de Clermont-Ferrand. Le 21, la ville d’Égletons, dévastée, était enfin libérée.

Liste des victimes selon les sources consultées

Seize résistants AS et FTP
AUBRY Ferdinand, Charles
BEN AYAD Bachir
BARDÈCHE Marcel, André
BONNEVAL Charles
BURIN Jean, Roger
CHADEL Adrien
COGAN Adolphe
DUBAR Marcel
FEYSSAGUET Louis
FLEISCHNER Oswald
GIBIAT Jean-Baptiste
LEYRIS Jean, Michel
LHOMMOND Jean
MAZALEYRAT Jean Philippe
NEUVILLE Martial
STROHMANN Erwin

Un parachutiste SAS-FFC
ZEMB Alphonse

Un civil
RATURAT Jacques
Sources

SOURCES : Roger Lescure (Colonel Murat), Compagnon de la Libération, La bataille d’Égletons, Mémorial de la Résistance et de la Déportation en Corrèze, 1939-1945, Brive, Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance en Corrèze, 2015, p. 51. — Maquis de Corrèze, 150 combattants et témoins, Paris, Edition Sociales, 1975, pp. 463-507. — La Bataille d’Égletons, Wikipedia. — MémorialGenWeb. — Mémoire des Hommes.

Dominique Tantin

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