Né le 29 novembre 1908 à Maintenon (Eure-et-Loir), exécuté sommairement le 11 août 1944 à Moutiers (Eure-et-Loir) ; instituteur-secrétaire de mairie ; résistant FTPF.

collection Hervé Nourry
collection Hervé Nourry
Plaque à l'école de Prasville
Plaque à l’école de Prasville
Plaque à la ferme Connay à Moutiers
Plaque à la ferme Connay à Moutiers
Ancienne plaque de l'École normale de Chartres.
Ancienne plaque de l’École normale de Chartres.
Natif de Maintenon (Eure-et-Loir), fils de Victor Alfred Foussard, journalier, et de Laure Renée Pescheux, sans profession, il était, dans cette famille très modeste, le second d’une fratrie de douze enfants et devait s’occuper de deux de ses petites sœurs. C’est l’école publique qui assura sa promotion sociale. Après sa scolarité obligatoire à Maintenon, il fréquenta l’école primaire supérieure annexée au collège de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). Titulaire du brevet supérieur, admis au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Chartres, promotion Anatole-France (1925-1928), il pratiqua les sports d’équipe avec ses camarades et la course à pied au Vélo-Sport Chartrain. Musicien comme plusieurs membres de sa famille, il profita des cours de Georges Palanque, professeur de musique au lycée Marceau et à l’École normale, pour acquérir une formation de chef d’orchestre et de chef de chœur destinée aux instituteurs afin qu’ils assurent l’enseignement musical aux élèves et l’animation des œuvres périscolaires.
Il appartenait à la classe 1928 (recrutement Dreux, matricule 797), et bien que classé « soutien indispensable à la famille » sur avis préfectoral du 20 décembre 1929, il effectua son service militaire d’octobre 1929 à octobre 1930 comme soldat de 2e classe.
Il épousa à Lèves (Eure-et-Loir) le 17 octobre 1931, Geneviève Anna Estillie Girard (1911-1972), sans profession. De leur union naquirent quatre enfants, Mireille (1933-2020), Claude (1935-2007), Jean (1938-1980), et Maryvonne, née le 17 mai 1944 à Prasville (Eure-et-Loir), où il était instituteur-secrétaire de mairie depuis le 1er octobre 1940.
Passé dans la réserve de l’armée active le 15 octobre 1933, il était en position « sans affectation » depuis le 15 mars 1939. Père de trois enfants, il fut mobilisé le 28 janvier 1940 dans la 10e compagnie du 41e régiment régional stationné au Mans (Sarthe), formé des classes de réservistes les plus âgées, et devint caporal-chef le 1er juin 1940. L’offensive allemande entamée le 10 mai 1940 repoussa du nord vers le sud sans discontinuer nos troupes en direction de la Loire. Le 17 juin, le 41e régiment régional monta au front pour protéger Le Mans du côté nord-est. Le 18, les Allemands pénétraient dans le Loir-et-Cher : René Foussard fut capturé ce jour-là à Souday (Loir-et-Cher), ancienne commune aujourd’hui intégrée à la nouvelle commune de Couëtron-au-Perche. Interné au Frontstalag 203 (Le Mans), ex-camp d’Auvours à Yvré-l’Évëque (Sarthe), il fut envoyé en captivité en Autriche, au Stalag XVIII C à Markt Pongau (Sankt-Johann, Land de Salzbourg), matricule n° 6.758. Il y participa aux cours universitaires donnés au camp et dirigea l’orchestre et la chorale du stalag, qui se déplaçaient pour distraire les camarades répartis dans les commandos de travail dispersés entre Salzbourg et le lac de Constance.
Mis en congé de captivité sur sa demande au titre de la relève, démobilisé à Chartres le 10 janvier 1943, il reprit aussitôt son poste d’instituteur-secrétaire de mairie à Prasville.
René Foussard se rapprocha alors de la résistance FTPF du secteur de Voves, déjà structurée et dirigée par Paul Fénin, qui lui confia, à partir de mai 1943, la constitution et la formation du groupe FTPF de Moutiers (dit Moutiers-en-Beauce à cette époque) et Viabon, puis il devint chef du groupe FN-FTPF de Prasville-Moutiers-Viabon-Ymonville, dit « groupe de Prasville », dépendant du secteur de Châteaudun-Est du département de l’Eure-et-Loir dirigé par Maurice Roquet. Son groupe réceptionna du matériel parachuté de nuit, notamment celui du 25 juillet 1944 à Moutiers, prit en charge des parachutistes alliés, assura les liaisons radio. Lui-même sauva personnellement deux aviateurs américains. Puis il s’orienta en avril-mai 1944 sur les opérations de sabotages, sans jamais interrompre sa fonction d’instituteur-secrétaire de mairie. Détail donnant une idée de son implication dans la résistance, c’est seulement le 6 juillet 1944 qu’il trouva le temps de faire un courrier à l’inspecteur d’académie pour lui faire part de la naissance de son quatrième enfant (Maryvonne née le 17 mai 1944), information lui ouvrant pourtant des droits. Après le débarquement, René Foussard assura en juin-juillet l’instruction sur le maniement des armes, pour préparer chacun au combat afin d’intercepter des groupes d’allemands remontant sur l’axe Orléans-Chartres. À partir du 9 août 1944, avec la progression des troupes américaines débutèrent les combats pour la libération de l’Eure-et-Loir, engagés par les interventions des FFI. Les Allemands, harcelés par leurs attaques ponctuelles, devinrent nerveux et multiplièrent les exactions, à la veille de devoir faire retraite. Dès le 8 août apparurent à Prasville des soldats allemands qui se repliaient, isolés ou en petits groupes, d’abord peu motorisés et exigeant ou pillant vélos et charrettes. Puis une compagnie de la Wehrmacht, plus conséquente et mieux armée, remonta progressivement de Beauvilliers en passant par Prasville pour aller faire étape à Moutiers, à 6 km ; elle s’installa à la ferme des Sachets, exploitée par Mme veuve Connay et gérée par son fils Paul, célibataire (31 ans). Une nouvelle prématurée, l’annonce à la radio de Londres de la libération de Chartres, peut-être une intoxication destinée à démoraliser l’ennemi, ou bien une confusion entre Chartres (Eure-et-Loir) et La Chartre-sur-le-Loir (Sarthe), mit en action le PC Est des FTP du secteur de Voves, basé à la ferme de Lansainvilliers, à 2 km de Prasville, et dirigé par Paul Fénin (torturé et fusillé le 17 août 1944 lors du massacre de Cormainville). Selon les FTP, René Foussard reçut du PC le 11 août 1944 l’ordre d’attaquer les convois allemands [description des évènements plus détaillée dans la notice de Claude Loiseau. Il réunit une dizaine de résistants, installa son PC à la gare de Prasville et déclencha l’offensive en fin de matinée contre un groupe d’allemands stationné près de l’ancienne mare. Après un échange de coups de feu, les résistants se regroupèrent à la gare et enfermèrent dans le silo de la coopérative une dizaine d’allemands qu’ils avaient faits prisonniers. Les Allemands firent rapidement appel à des renforts, équipés de mortiers et mitrailleuses, qui encerclèrent les résistants et renversèrent la situation à leur profit. Le groupe dut décrocher et se dispersa, mais quatre d’entre eux furent rattrapés et emmenés à Moutiers derrière un chariot attelé à un cheval : René Foussard et Marcel Brigot, tous deux blessés au bras, Georges Lejars et Claude Loiseau. En cours de route, les deux blessés furent autorisés à monter dans le chariot. L’équipage fut complété par cinq soldats américains rescapés d’un avion abattu la nuit précédente et quelques ouvriers agricoles. En arrivant à Moutiers, en présence de Paul Connay, qui était l’interlocuteur du capitaine de la compagnie de la Wehrmacht stationnée près de sa ferme, les prisonniers furent enfermés dans un petit bâtiment servant de porcherie, à l’entrée de cette ferme fortifiée beauceronne à portail unique. Les deux blessés furent sommairement pansés par les soldats allemands et le groupe reçut de la nourriture. En milieu d’après-midi, le capitaine allemand interrogea un à un les résistants et les fit aligner face au mur d’une grange, sur la gauche, à l’intérieur de la cour. Ému par les prisonniers mal vêtus, fatigués et visiblement éprouvés par l’attente, Paul Connay obtint du capitaine, un vieux réserviste, l’autorisation de leur fournir un veston. Il le leur remit en leur disant quelques paroles de réconfort et il leur serra la main. Ce geste lui valut d’être traité de « terroriste » et d’être aligné lui aussi, sur ordre du commandant, devant une porte, à l’écart des prisonniers. Après une nouvelle attente pénétra dans la cour un autocar venu de Chartres, bondé de soldats en armes, en descendit en premier l’officier SS Lorenz Kreuzer, chef de la Sipo-SD à Chartres. De l’autre côté de la grande cour, Mme Connay et deux voisins observaient la scène de loin avec une vive inquiétude. Furieux, vociférant et hors de lui, le chef de la police de sûreté allemande, après un bref échange avec le capitaine, se précipita vers les prisonniers et asséna un coup de crosse avec son arme dans le dos du plus proche de lui, Claude Loiseau, qui, surpris, s’écarta brusquement en passant devant ses camarades et se réfugia à l’écart. Puis il abattit d’une balle dans la nuque les trois autres, René Foussard, Marcel Brigot et Georges Lejars. Il interpella Claude Loiseau, le bouscula vers le mur et l’abattit. On fit descendre du car sans ménagements un civil inconnu des témoins, le résistant Georges Houdard, instituteur retraité arrêté le matin même, et le SS l’exécuta sur le corps des autres. Paul Connay ne dut la vie sauve qu’au versement immédiat de 100 000 F.
Sur ordre du SS, les corps des cinq résistants, recouverts d’un linceul individuel, furent enterrés le soir même par Paul Connay et quelques villageois dans une tombe collective provisoire, creusée dans le clos de la ferme, « sans croix ni fleurs, toute visite étant interdite sous peine de représailles », selon les instructions du SS.
Le lendemain à 14 heures, Paul Connay fit la déclaration des décès auprès du maire de Moutiers ; il fut écrit que les cinq résistants étaient morts « à 20 heures » Le lendemain à Chartres, les Allemands étaient sur le départ. Prasville et Moutiers étant libérés le 17 août au matin, la tombe fut aussitôt couverte de fleurs.
Les corps des résistants de Prasville furent relevés le 19 août, puis inhumés le 20 au cimetière de Prasville. René Foussard rejoignit le cimetière de sa ville natale, Maintenon, quelques jours plus tard, avant le 31 août 1944.
Son acte de décès fut complété le 25 février 1945 par la mention additive : « Sous-lieutenant Mort pour la France ».
Le nom de René Foussard est inscrit sur le monument aux Morts de Prasville, sur celui de Maintenon, sur la plaque commémorative apposée à Moutiers sur le lieu l’exécution le 15 août 1945, sur celle apposée dans sa classe à l’école de Prasville, et, à Chartres, sur celle des instituteurs et institutrices d’Eure-et-Loir tombés en 39-45. Pour commémorer le drame du 11 août 1944 a lieu chaque année, alternativement à Prasville ou à Moutiers, une cérémonie au cours de laquelle le nom de Georges Foussard est cité.
Georges Foussard fut reconnu par les FTPF comme un des leurs pour la période du 10 janvier 1943 au 11 août 1944, avec le grade de sergent-chef. Il fut homologué FFI, secteur de Voves en Eure-et-Loir, au titre du mouvement FTPF pour la période du 24 juin 1944 au 11 août 1944, nommé le 1er février 1946 au grade d’assimilation de sous-lieutenant, prise de rang du 6 juin 1944. Certificat d’appartenance FFI signé du général commandant la 1ère région militaire en date du 23 novembre 1949. Il fut homologué Interné de la Résistance par décision ministérielle n° 071 DIR pour la période du 10 au 11 août 1944, décédé le 11 août 1944, carte n° 120120040. Certificat de validation des services, campagnes et blessures des déportés et internés de la résistance n° 55 535 en date du 9 septembre 1963.
Il fut cité à l’ordre de la division à titre posthume (extrait de l’ordre général n° 012 du général Delmas commandant la 5e région militaire en date du 15 février 1945) : « Foussard René, groupe d’Eure-et-Loir, chef du groupe de Prasville, qui s’est particulièrement distingué, tant dans les opérations de sabotages, qu’au cours d’attaques de convois allemands. Le 5 [en réalité le 11] août 1944, au cours d’un engagement, après avoir tué de nombreux ennemis et fait une dizaine de prisonniers, a refusé de se replier, acceptant la lutte contre un groupe très supérieur en nombre. Blessé au bras et ne pouvant plus combattre, a été fait prisonnier et fusillé dans une grange avec trois autres camarades ». Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec étoile d’argent. Il est titulaire du Diplôme décerné par le président des États-Unis pour l’aide apportée aux aviateurs alliés.
Sources

SOURCES : Archives dép. d’Eure-et-Loir, dossier d’instituteur, AD28, 1 T 1018, Fiche matricule . –– SHD Vincennes, dossier de résistant GR 16 P 232032. — Mémoire des Hommes. –– Comité du Souvenir du camp de Voves, Les Villages Vovéens . –– Archives familiales de Jean-Antoine Connay, Moutiers. –– Documentation de Jean Billard, Moutiers. –– Documentation d’Hervé Nourry, Prasville. – Contact avec Sylvie Foussard, petite-fille de René Foussard. – Maurice Roquet (Avant-propos de), La lutte des Francs-Tireurs et Partisans en Eure-et-Loir, Éditeur Association des Anciens FTPF, Chartres, 1945 (ouvrage rare consulté à la Médiathèque «  L’Apostrophe » à Chartres). –– Collectif d’anciens résistants, L’occupation et la Résistance en Eure-et-Loir, t. II, La Résistance en Eure-et-Loir, CDDP de l’Eure-et-Loir, 1982. –– Roger Joly, La libération de Chartres, Paris, Le Cherche-Midi éditeur, 1994. – L’Écho Républicain : 21 septembre 1944, 30 septembre 1944, 11 avril 1944, 27-28 août 1945. –– L’Indépendant d’Eure-et-Loir : 16 septembre 1944, 28 septembre 1944, 26 octobre 1944, 21 et 22 avril 1945, 20 juin 1945. — État civil , Mairies de Moutiers, Prasville, Maintenon.— Clichés des plaques, Marie-Thérèse Grangé.

Marie-Thérèse Grangé

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