Né le 13 septembre 1913 à Mallemort (Bouches-du-Rhône), mort le 12 août 1944 à Fresnes (Seine, Val-de-Marne) ; responsable national du Parti communiste (PCF) pour les émissions radio clandestines sous l’Occupation.


Fils d’un charpentier, Fernand Pauriol fut admis à l’École primaire supérieure de garçons d’Aix-en-Provence. Il voulait devenir capitaine au long cours, mais interrompit sa formation d’élève officier navigant à Marseille à cause du coût des études. Il fut un moment comptable pointeur à la Compagnie de navigation Fraissinet avant de reprendre en 1930-1931 des études à l’École nationale maritime de Marseille. Il obtint le brevet de matelot télégraphiste en 1931. Il fut radiotélégraphiste quelques mois à l’administration des Eaux et Forêts puis matelot radiotélégraphiste côtier de 1932 à 1935 à la Compagnie Paquet. Il effectua alors son service national dans la marine à Toulon. Mais il ne fut pas repris chez Paquet à sa libération, sans doute à cause de ses options politiques. Il avait adhéré en effet en 1930 aux Jeunesses communistes (JC) à Marseille et l’année suivante au PCF sous l’influence de son père qui avait quitté la SFIO pour le PC en 1921 et qui représentait le PC aux élections cantonales d’octobre 1934. Fernand Pauriol fut d’octobre 1931 à octobre 1934 le secrétaire du rayon de Mallemort bien que navigant. Il travaillait aussi à la commission coloniale du parti, distribuant des tracts aux escales en Afrique du Nord. Membre du comité directeur du Secours rouge international (SRI), il en devint l’un de ses principaux dirigeants au congrès de Limoges. Il fut appelé au début de 1936 à donner une nouvelle orientation au SRI de la région marseillaise. Il en fut l’« instructeur » pour le Sud-Est (les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes). Il écrivit de nombreux articles dans son organe, La Défense. Il commença à écrire aussi dans l’hebdomadaire du PC, Rouge-Midi, dont il devint, grâce à François Billoux*, le rédacteur en chef en 1937, ce qui lui valut d’être condamné la même année pour délit de presse. Il s’y intéressait en particulier aux problèmes de la région, à sa culture (il avait une chronique en provençal) et à son histoire. En février 1936, dans une série d’articles, peut-être publiés d’abord dans La Défense, il avait fait découvrir à ses lecteurs, en même temps qu’il la découvrait lui-même, l’insurrection varoise contre le coup d’État du 2 décembre 1851, insurrection interclassiste qui illustrait à point nommé la ligne de Front populaire. Membre du Bureau régional du PC février 1937 et du bureau de la Maison de la Culture de Marseille, Fernand Pauriol fut tête de liste aux élections municipales complémentaires de février 1939 contre Simon Sabiani dans le 3e secteur de Marseille. Il se retira au 2e tour en faveur de la SFIO. Marié en 1937, il eut un enfant en 1938. Sa femme, membre du Parti communiste, était sténodactylo à l’UD-CGT à Marseille.
En 1938, la commission des cadres signala et souligna dans deux évaluations sa qualité de radiotélégraphiste. Il est possible qu’il ait commencé alors à travailler de cette époque pour Tréand et pour le Komintern. Lors du Pacte germano-soviétique, il publia le 25 août 1939 un éditorial approuvant la politique de l’URSS.
Mobilisé dans le service de détection des émissions radio, Pauriol, sitôt libéré, passa dans la clandestinité au service de la direction du PCF clandestin. Il prit le pseudonyme de Duval. Le PC le mit à la disposition du réseau de Léopold Trepper qui avait un besoin urgent d’émetteurs radios en France. Il encadra avec son épouse Hélène l’unité radio de Trepper, soit une douzaine d’opérateurs français et espagnol. Pauriol fabriqua lui-même en février 1942 un appareil émetteur suffisamment puissant pour diffuser jusqu’à Londres et, de là, par le relais de l’ambassade soviétique, pour communiquer avec Moscou. Peu après, il installa un autre émetteur dans la région parisienne. Ainsi Fernand Pauriol se trouva être le seul lien entre l’Orchestre rouge de Trepper et la direction nationale clandestine du PCF, c’est-à-dire Jacques Duclos dont il connaissait la résidence secrète et à qui il transmettait les messages reçus d’URSS par Trepper. En mars 1942, il devint le responsable national du Parti communiste pour les émissions clandestines et dirigeait une vingtaine de membres permanents. Il installa des stations et forma des radios.
Traqué, il finit par être arrêté le 13 août 1943 à Pierrefitte (Seine-et-Oise), piégé par des éléments retournés de son service par le Sonderkommando Rote Kapelle. Pauriol feignit de passer pour un agent subalterne mais fut identifié. Les Allemands découvrirent six lieux de stockage dans des appartements ou des garages de la banlieue parisienne (Chelles, Raincy et surtout Longjumeau dans une maison isolée où se trouvait une vingtaine de postes en voie achèvement). Interrogé, torturé, il fut incarcéré à Fresnes. Condamné à mort le 19 janvier 1944 par un tribunal de la Luftwaffe, il a été fusillé à Fresnes le 12 août 1944 et enterré anonymement au cimetière de Bagneux aux côtés de Suzanne Spaak. Son corps fut identifié le 14 novembre 1944 par sa femme Hélène.
Il est parfois présenté comme mort au Mont-Valérien, notamment par la famille. Son nom ne figure pas dans la publication de Serge Klarsfeld et Léon Tsévrey, Les 1007 fusillés du Mont-Valérien. Leur liste chronologique s’arrête au 2 juin 1944.
Son nom fut donné à une rue de sa commune natale, Mallemort, et, par une délibération du 23 juillet 1945, à une rue à Marseille dans le 5e arrondissement.
Sources

SOURCES : RGASPI 495 270 2777 : autobiographie du 22 octobre 1937, autobiographie du 10 mai 1938. – Notice par A. Olivesi, R. Lemarquis, DBMOF, t. 44. — presse locale (Rouge Midi) — Adrien Blès, Dictionnaire historique des rues de Marseille, Marseille, Éd. Jeanne Laffitte, rééd. 2001. — Guillaume Bourgeois, La Véritable histoire de l’Orchestre rouge, Nouveau Monde, 2015. — Roger Faligot, Rémi Kaufer, Service B, p. 86.  Serge Klarsfeld, Léon Tsévery, Les 1007 fusillés du Mont-Valérien parmi lesquels 174 juifs, Édité et publié par l’association "Les fils et filles des déportés juifs de France", 2010 (les listes ne comprennent par le nom de Pauriol. Leur liste s’arrête à Jean-Baptiste Morvan, fusillé le 15 juin 1944, mais en fait celui-ci a été fusillé au stand de tir du ministère de l’Air, le dernier nom de leur liste est donc Jean Calvet). — Antoine Olivesi, « Le PCF à Marseille …. », colloque Le PCF de la fin 1939 à la fin de 1941 » . — Gilles Perrault, L’Orchestre rouge, op. cit. — Notes Jean-Marie Guillon.

René Lemarquis, Claude Pennetier, Jean-Marie Guillon

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